Bon
5 février 2026
Fin d’une histoire qui sonne le glas des relations entre les différents protagonistes de cette épopée, mais aussi d’initiatives frappées au coin de la solidarité et d’une certaine forme d’utopie.
Comme le premier tome le laissait entendre, le fils Émile est loin de partager les idées généreuses de son père, fondateur du familistère de Guise. Le face-à-face entre les deux hommes révèle une profonde distance idéologique, en partie aiguisée par la jalousie haineuse d’Émile vis-à-vis de la jeune femme. De retour dans la capitale, Glannes y a créé un lieu destiné à accueillir les exclus et les parias, particulièrement nombreux à cette époque : une version du familistère, entre maison close et refuge pour les rebuts de la société, qualifiée de « palais de la débauche » par le fils Godin. Cette tension aura des conséquences dramatiques pour tous les protagonistes de cette chronique sociale, inspirée par l’une de ces utopies nées à la fin du XIXème siècle. Celles-ci finiront par s’éteindre progressivement, emportant avec elles les espoirs de ceux qui rêvaient d’un monde plus juste et plus humain.
Derrière le destin tragique de Glannes, cette ancienne fille des rues, et de son amant Célestin, modeste malfrat, c’est le portrait original et inattendu de la société de la fin du XIXème siècle qui est proposé dans ce diptyque. Une société écartelée entre les progrès techniques liés à la révolution industrielle et la profonde misère d’un monde ouvrier en proie à la violence, à la pauvreté et aux inégalités. Cette tension se trouve illustrée ici par l’opposition entre les idées généreuses d’ascension sociale et de solidarité d’une bourgeoisie éclairée, représentée par Jean-Baptiste Godin, et le conservatisme ainsi qu’une conception rigide de la morale incarnés par le personnage d’Émile. La faillite de ces tentatives de compensation des inégalités s’explique autant par le poids des mentalités que par les difficultés économiques qui ont bien souvent sacrifié ces expériences communautaires. À cela s’ajoute l’image d’un profond gâchis humain, dont Glannes demeure l’une des figures emblématiques. Derrière ce constat, ce discours assez pessimiste contredit de manière implacable l’image traditionnelle de la Belle Époque, une façon, à travers le romanesque, de faire revivre des aspects souvent méconnus de notre histoire.
Ces albums consacrent l’arrivée de deux nouveaux auteurs chez Grand Angle. Jean-David Morvan (qu’on ne présente plus !), scénariste prolifique récemment primé pour la série Madeleine résistante (avec Dominique Bertail chez Dupuis), dont l’intérêt pour les destins singuliers au cœur de la grande Histoire se trouve illustré ici avec efficacité par Romain Russeaux-Perin, pour qui il s’agit du premier album chez l’éditeur.
Voir en ligne : En savoir plus sur le Familistère de Guise
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.