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Les Éditions Grenier ont vu le jour en 2021 à Ouagadougou, au Burkina Faso. La maison est aujourd’hui solidement implantée à Ouagadougou tout en développant des collaborations artistiques et éditoriales à l’échelle du continent africain. Elles ont été créées par Bourahima Zongo (nom de plume Ib Zongo). Germanophone et expert en coopération au développement, il a sillonné l’Afrique et l’Europe dans le cadre de ses missions professionnelles. C’est lors d’un séjour en Allemagne qu’il franchit une étape importante dans son parcours d’auteur en publiant, en 2017, sa première histoire en français, Sur la route de Bengue aux éditions en ligne Epubli.
Par la suite, Bourahima Zongo a décidé de revenir dans son pays, le Burkina Faso, au début des années 2020 afin de monter sa propre maison d’édition. Le fait - pour la diaspora - d’implanter une structure éditoriale sur le continent est une démarche de plus en plus fréquente dans le milieu du 9e art d’Afrique. C’est le cas, par exemple, de Dagan (Bénin), qui a déménagé ses activités depuis la France vers Porto-Novo en 2015 ou de Bayard Afrique, implanté à Ouagadougou depuis 2009, qui y a lancé le magazine pour les enfants Planète J’aime lire et maintenu Planète enfants, dans une totale autonomie vis-à-vis du siège central parisien.
Le catalogue des éditions Grenier reste modeste à ce jour avec un peu moins d’une dizaine de titres physiques disponibles : Les aventures de Mayo (T1–T3), Sur la route de Bengue (T1–T2), Djibo, Les enfants du Faso, Boukary Koutou, le prince moaga, Bienvenue au PK 12, etc.
La philosophie et le but des éditions Grenier sont bien résumés dans cet article récent paru sur le site de RFI : Toutes les maisons d’édition que je rencontrais, que ce soit en Côte d’Ivoire ou au Burkina où je vivais, personne n’était vraiment spécialisé dans la bande dessinée qui pouvait nous accompagner. C’était vraiment complexe. J’ai même eu des réactions de maisons : "Mais écris plutôt un roman ou écris plutôt une pièce de théâtre ! Ça fait beaucoup plus sérieux !" Donc, moi, l’idée que j’ai eue après, c’est vraiment d’offrir ce canal de bande dessinée pour raconter vraiment des histoires authentiques de chez nous qui ont déjà été racontées sous différentes formes, mais qui n’avaient pas vraiment toujours atteint le public cible. » Il poursuit : « Ça, c’est vraiment ma perspective, parce qu’il y a des histoires que j’ai découverte plus tard où je me suis dit : "Mince, si elles étaient produites en bande dessinée ou en dessin animé, je les aurais sûrement mieux comprises ou mieux cernées." [1]
Les éditions Grenier se veulent panafricaines et les thématiques abordées par les différents albums édités le démontrent :
Sur la route de Bengue raconte l’odyssée de deux jeunes rêvant d’une vie en Europe et essayant par tous les moyens d’atteindre l’eldorado [2].
Les enfants du Faso évoque l’histoire de Serge, victime d’une bavure des forces de l’ordre lors d’une grève estudiantine. Djibo raconte la capture d’une jeune terroriste par les forces de l’ordre et son interrogatoire qui dévoile un profond malaise social dans le pays.
Deux autres albums ont comme héros le jeune étudiant Mayo et son souhait de retrouver la statuette de la fécondité Mami dans un pays en crise économique où ses amis connaissent des destins divers.
Bienvenue au PK 12 [3] se déroule à Bangui et aborde le sujet – très sensible sur le continent - des enfants de la rue et de leur situation dans la société.
Dans Boukary Koutou, le prince moaga, Boukary Koutou, un jeune prince moaga rêve de succéder à son père à la tête du puissant royaume mossi [4]. Son ambition le conduit à une quête personnelle marquée par destin, épreuves et révélations, entre traditions et pouvoir.
Les tirages papier varient en fonction des titres. En moyenne, ils sont imprimés à environ 1 000 exemplaires par ouvrage, à l’exception des deux premiers essais en littérature jeunesse, pour lesquels les tirages ont été volontairement ajustés à 500 exemplaires par titre.
La décision de développer un axe Webtoon a été motivée par des considérations essentiellement stratégiques et communicationnelles. Selon Ib Zongo, « le format épisodique permet de mettre rapidement en lumière les productions, de toucher un public plus large grâce au numérique, puis d’orienter les lectrices et lecteurs vers le livre papier » [5].
Certaines séries ou histoires publiées sous format Webtoon sont des adaptations de titres déjà publiés en format papier, tandis que d’autres sont conçues directement comme des Webtoons originaux, tels que Djibo 2, Battle of Melan ou encore Korbo, actuellement en cours de production. Néanmoins, le livre physique demeure, à ce stade, la priorité éditoriale des Éditions Grenier.
Les Webtoons sont conçus avant tout comme un outil promotionnel et sont accessibles gratuitement aux lectrices et lecteurs. À ce jour, toutes les histoires publiées en Webtoon restent volontairement inachevées, à l’exception de Djibo et Boukary Koutou, qui ont été intégralement adaptés au format Webtoon. L’éditeur compte environ 18 000 abonnés sur son réseau social principal Facebook, qui sont orientés vers leur site web (encore en cours de construction) [6] et la librairie [7].
Panafricaine, la maison d’édition Grenier privilégie la diversité dans les origines des auteurs. De fait, celles-ci et ceux-ci sont issus de plusieurs horizons : Julio (Côte d’Ivoire), IB Zongo (Burkina Faso), Alfred A. (Cameroun), Florent Kassai (Centrafrique) [8], Paulin Kausa (République démocratique du Congo), Marjama Kourouma (France), Ousseni Nikiema (Burkina Faso).
À la différence des autres exemples qui seront abordés dans cette série d’enquêtes sur le Webtoon sur le continent, les éditions Grenier ne positionnent pas le webtoon comme un produit à part entière, commercialisable et autonome par rapport à la production physique. En effet, à l’exception d’une tentative isolée (une collaboration avec Zébra Comics pour Djibo), les webtoons sont, jusqu’à ce jour, présentés comme des produits d’appel, une sorte de teasing des publications commercialisées par ailleurs ou un avant-goût d’histoires à venir. Je voudrais souligner que nous ne sommes pas une plateforme de distribution de webtoon classique. L’éditeur ne s’en cache d’ailleurs pas : « Nous utilisons notre plateforme à titre de com et de marketing… le jour où nous aurons plus de contenus, on développera une plateforme plus indiquée ou mieux on consolidera nos partenariats avec des plateformes comme Zébra Comics ou Gara. » [9]
À l’image d’autres éditeurs africains - physiques ou de Webtoon – les éditions Grenier font le choix stratégique de ne pas s’engouffrer trop vite dans la brèche ouverte par l’arrivée du Webtoon sur le continent depuis une dizaine d’années.
Comme quoi, même dans les pays sans culture marquée de l’édition, le papier attire toujours.
Article rédigé sans l’aide de l’IA.
Christophe Cassiau-Haurie
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
[1] Cf. https://www.rfi.fr/fr/afrique/20260127-centrafrique-avec-sa-nouvelle-bd-florent-kassai-dessine-le-quotidien-difficile-d-enfants-%C3%A0-bangui
[2] « Bengue » est un terme signifiant Europe dans plusieurs pays du continent.
[3] PK12 (Point kilométrique 12) est un quartier à la sortie nord de Bangui, capitale de la République centrafricaine. PK-12 est plus qu’un simple croisement : c’est un lieu de vente animé où les commerçants ambulants offrent leurs produits aux voyageurs. Ce carrefour est devenu, de facto, un marché incontournable.
[4] Les royaumes mossi désignent plusieurs royaumes africains qui se sont succédé dans l’actuel Burkina Faso du XIe siècle et XVIe siècle.
[5] Message à l’auteur de cet article du 14 janvier 2026.
[7] Le site enregistre en moyenne environ 200 visiteurs par mois.
[8] Florent Kassaï est déjà l’auteur de deux albums publiés chez L’harmattan Bd en 2022 (Moi, antibalaka) et 2023 (Destination, le Tchad). Avec son frère (Didier), il se fait témoin des violences subies par le peuple centrafricain depuis près de 15 ans.
[9] Message à l’auteur de cet article, daté du 16 janvier 2026.