Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Dans la banlieue de Marseille, Toine, modeste ouvrier bossu, est secrètement amoureux de la jolie Naïs. C’est la fille du fermier Micoulin, personnage rustre, autoritaire et violent, qui contrôle chacun de ses faits et gestes, bien décidé à « se la garder » à son service. Ainsi veille-t-il à ce qu’aucun homme ne cherche à la séduire, assumant totalement — jusqu’à la folie ? — cette vision patriarcale de la vie domestique.
Ces trois protagonistes sont au service de la famille Rostaing, dont ils gèrent la propriété à travers de nombreux travaux, charges et corvées. Frédéric, le fils « des maîtres », se destine à la profession d’avocat et revient passer l’été dans la demeure familiale. Beau, riche et charmant, il ne tarde pas à séduire Naïs, son amie d’enfance devenue une jeune femme. L’amour des deux jeunes gens se heurte très vite à une double jalousie : celle du père de Naïs, qui sombre dans une haine meurtrière, et celle, plus intime, dissimulée, réprimée et pathétique, du pauvre Toine.
Cela fait plusieurs années que les éditions Bamboo ont entrepris d’adapter l’œuvre de Marcel Pagnol. La collection compte aujourd’hui plus d’une vingtaine d’albums. Si cette entreprise permet de revisiter ces grands classiques (Manon des Sources, la trilogie Marius, Fanny et César…), elle offre également l’occasion de découvrir certains titres moins connus de l’académicien provençal. Après Merlusse, Jazz ou Cigalon, c’est le cas avec cet album dont la trame est inspirée d’un récit d’Émile Zola.
Sous la houlette d’Eric Stoffel, Nicolas Pagnol et Serge Scotto, ce projet éditorial colossal réunit plusieurs dessinateurs qui, chacun dans son style, restituent avec brio, et dans une belle unité, les couleurs et les ambiances provençales de l’écrivain-cinéaste.
Après Jack Manini, Samuel Wambre, Eric Hubsch, Sébastien Morice et bien d’autres, c’est au tour de David Ratte de s’atteler à la mise en images de ce nouvel opus de la collection. La précision et le réalisme dont fait preuve le dessinateur, aussi bien dans les décors que dans le traitement des personnages, séduisent dès les premières pages. Un réalisme mesuré et souple qui permet de donner à voir des individus typés, éloignés des caricatures ou des clichés trop faciles parfois attachés à un certain folklore méridional.
Ici, personnages et intrigues sont attachants, parfois bouleversants jusque dans leur outrance, notamment à travers les figures de Toine et du père Micoulin. Ajoutons enfin que la mise en couleurs, réalisée par le dessinateur avec Atomix, baigne les décors de cette histoire à la fois sombre et solaire d’une très belle lumière.
Une belle réussite à savourer pendant les longues soirées d’été, au son des grillons… mais pas seulement !
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.