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Manga, tout un art ! Un voyage dans la bande dessinée japonaise au musée Guimet

Par Akira OIKAWA 8 novembre 2025 
Tout le monde lit du manga, c'est, en volume, plus de 50% du marché de la BD en France. Aujourd’hui, l'Hexagone est, en nombre de titres disponibles du moins, le deuxième plus grand consommateur de mangas dans le monde avec, selon GfK, plus de 36 millions d’exemplaires vendus en 2024. Mais finalement, que sait-on vraiment du manga, de ses origines, de son histoire ? Pour beaucoup, ils sont apparus dans le petit écran du Club Dorothée. Mais tout ça, c’était il y a près de 40 ans ! Depuis, répartis en genres, les shônen, shôjo, et autres seinen, le secteur s'est considérablement développé (+ 90% depuis 2019) une petite mise à jour ne serait pas de trop ! À partir du 19 novembre 2025 jusqu'au 9 mars 2026, le musée des Arts asiatiques Emile Guimet invitera le public à découvrir la plus grande exposition jamais consacrée au manga à Paris. Un must, et c'est pour dans deux semaines !

En fait, ce n’est pas une mais trois expositions différentes au même endroit qui exploreront l’art et l’univers des mangas : une première intitulée Avant les mangas qui montrera comment dans l’art ancien japonais, les premiers indices de l’art de la bande dessinée, et donc des mangas, sont déjà présents ; la seconde est un parcours historique et thématique sur l’histoire des mangas, de ses balbutiements jusqu’à son accession en phénomène de Pop Culture ; la troisième est consacrée à l’icône du Musée Guimet, la fameuse Vague d’Hokusaï, un « meme » qui a impressionné plus d’un auteur de bande dessinée franco-belge comme le montrera l’expo. Voyons donc plus en détail ce que promet « Manga, tout un art ! », dont l’affiche a été réalisée par le man Reno Lemaire.

Manga, tout un art ! Un voyage dans la bande dessinée japonaise au musée Guimet
Le Japan Punch de Charles Wirgman.
© Musée Guimet

Tout d’abord, commençons par l’exposition principale. Elle revisitera l’histoire des mangas. Les mangas, on le découvrira, ne commencent pas avec Hokusaï qui permit au mot, grâce aux frères Goncourt, à entrer pour la première fois dans la langue française. Les mangas en fait, au sens de « bande dessinée » c’est la thèse de l’exposition, résultent d’une rencontre entre deux traditions graphiques, celle du Japon et celle de l’Occident.

Sa « préhistoire » commence avec les publications de l’Anglais Charles Wirgman (Japan Punch, 1862) et le Français Georges Ferdinand Bigot (Tobaé, 1887) que l’on pourra découvrir dans l’expo. Avec Rakuten Kitazawa, le dessinateur le plus important du début du XXe siècle, le manga entre dans sa définition moderne. L’industrie naît dans l’entre-deux-guerres en même temps que les dessins animés et notamment à travers les kamishibaï, ces théâtres de papier où ont débuté quelques-uns des plus grands noms de la bande dessinée d’après-guerre (Shigeru Mizuki, Shirato Sanpeï...) , aux mangas modernes, en passant par le mouvement Gekiga, né dans les années 1950, tout y est ! Sans bien évidement oublier le dieu des mangas, Osamu Tezuka, ou encore le mouvement SF des années 1980 nés dans la presse de l’époque dont les tirages atteignirent jusqu’à 6 millions d’exemplaires par semaine ! L’exposition créera un lien entre passé et présent, mettant face à face des artefacts anciens tirés des collections du musée face aux planches ou imprimés originaux de mangas, dont un renard à neuf queues (les lecteurs de Naruto savent de quoi on parle) du 19e siècle ou une véritable « Dragon Ball » et pas n’importe laquelle : celle offerte par le Shogun à Napoléon III ! Quelques beaux moments comme la confrontation des originaux de Mizuki avec les yokaï qui l’ont inspiré ou encore ceux de Shirato Sanpeï (Kamui Den) face à des fascicules du révolutionnaire journal Garo, creuset du manga contemporain, et à des lames et des costumes de samouraï.

De véritables trésors seront exposés, dont cette planche d’Astroboy par Osamu Tezuka
© Musée Guimet / Tezuka Productions
Le magazine Garo, pilier du manga des années 1960.
© Musée Guimet / Garo - Shirato Sanpei / Okamoto Tetsuji
Le Kyûbi de Naruto sera mis en face de ce Renard à neuf queues, statue en bois sculpté, 19e siècle, musée d’Ennery
© Musée Guimet, Paris (distr. GrandPalaisRmn) / photo Thierry Ollivier.

Et ce n’est que le début. En effet, les commissaires de l’exposition, la conservatrice des collections Japon Estelle Bauer, et l’historien de la bande dessinée Didier Pasamonik (que nos lecteurs connaissent bien), ont pu rassembler des dizaines de planches originales et de celluloïds uniques où l’on retrouvera quelques-uns des plus grands auteurs de Gekiga, des autrices de Shojo et de ce moment des années 1970 où une industrie nationale devient une machine à promouvoir la pop culture japonaise : de la revue Garo au Shonen Jump, de Fairy Tail, à Gen aux Pieds nus, à L’Attaque des Titans ! Le bouquet final, évoquant l’art du Cosplay, sera l’exposition d’une collection de robes de haute couture inspirées par les mangas. Tant de choses à voir !

Le gekiga est un mouvement-clé dans l’histoire du manga, bien plus sombre et dramatique. Nous en avons un exemple dens cette planche d’Hiroshi Hirata (1937-2021) dans Partition pour la chute d’un château (1965)
© Musée Guimet / Hiroshi Hirata

Le deuxième étage du musée, quant à lui, sera consacré à une seconde exposition explorant la généalogie du manga, à travers notamment les œuvres d’artistes que l’on pourrait appeler les précurseurs des mangakas : Kyôsai, Hokusai, ou encore Utamaro ! Des terrifiants monstres Yôkai aux absurdes batailles de pets (si, si, on vous assure que c’est vrai, on les retrouve quelque peu dans Dragon Ball !), les visiteurs découvriront des procédés propres à la bande dessinée nés avant l’existence des mangas : par exemple des suites d’images et de dialogues pour raconter des histoires, des effets de mouvement, des personnages et des univers fantastiques, de l’humour et même des bulles ! On sera surpris de découvrir à quel point l’édition japonaise est, dès le 18e siècle, un commerce florissant avec des pratiques de fidélisation des lecteurs, des romans illustrés sérialisés et même des « dérivés » comme des adaptations en pièces de théâtre ou des reproductions sur des estampes.

On vous avait bien dit que vous verriez un concours de pets !
© Musée Guimet

Enfin, la troisième exposition mettra en avant un joyau de la collection Guimet. En effet, le musée possède deux exemplaires rarissimes de La Grande Vague de Kanagawa, par Katsushika Hokusai. La vague sera mise à l’honneur dans cette exposition, face à des planches originales par Moebius, Manara, David Etien, ou Coco, chacun revisitant la vague à sa manière, dans le cadre d’une expérience immersive sons et lumières qui permettra de se laisser bercer par la vague. Un tel trésor ne se voit pas tous les jours !

La Grande Vague de Kanagawa d’Hokusaï, une des "36 Vues du Mont Fuji", toujours aussi impressionnante...
© Hokusai Katsushika (1760-1849) © GrandPalaisRmn (MNAAG, Paris) / Harry Bréjat

Mais ce n’est pas tout ! Pour accompagner l’exposition de novembre à fin février de l’année prochaine, le musée Guimet organisera plusieurs activités, dont un concours de cosplays le 22 novembre organisé par nos amis de Maison Otaku, une démonstration d’arts martiaux le 13 décembre menée par Yan Allegret, et même un atelier de doublage le 25 janvier, offert par la voix de Son Goku, Brigitte Lecordier ! La plupart des ces événements annexes sont gratuits, mais attention, il faudra réserver ! Faites vite, toutes les infos sont sur le site du musée Guimet !

Venez incarner vos héros préférés lors du concours de cosplays le 22 novembre !
Photo : Musée Guimet / DR

L’exposition « Manga, tout un art ! » proposera ainsi aux fans de manga de découvrir l’envers du décor de leurs œuvres préférées. Désormais, lorsque vous lirez Dragon Ball, vous aurez également en tête qu’il est inspiré par les rouleaux du classique de la littérature La Pérégrination vers l’Ouest, tandis que les amateurs des cultures asiatiques prendront toute la mesure de l’art des mangas, partie intégrante du 9e des Beaux-Arts. Une exposition pour petits et grands, pour néophytes et pour experts, et surtout pour toute la famille !

Le catalogue de l’exposition. Coédition Glénat et Musée Guimet. La couverture est d’Osamu Tezuka.

Un catalogue publié par Glénat est d’ores et déjà en vente. Il est dirigé par Estelle Bauer et Didier Pasamonik recueillant de nombreux articles réunissant de nombreux experts internationaux du manga et de l’art japonais comme Christophe Marquet, Jacqueline Berndt, Marianne Simon-Oikawa, Oikawa Shigeru, Julien Bouvard, Sharalyn Orbaugh, Ronald Stewart, Paul Gravett, Matthieu Pinon, Claude Leblanc, Dalma Kalovics, Bounthavy Suvilay, Marco Pellitteri, Delphine Mulard, Magali Bugne, Matteo Watzky, Valentin Paquot, Aurélie Samuel et Alix Bléchet. Voilà qui devrait figurer dans toute bonne bibliothèque !

Voir en ligne : Réservez vos billets !

Par Akira OIKAWA

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Code EAN : 9782344072370
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