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Moyen
24 juin 2025
Originellement publié en 1976 par le dieu du manga Osamu Tezuka, Unico est l’une des nombreuses séries du maître, annulées après seulement deux volumes. En 2024, le scénariste Samuel Sattin et le collectif d’illustratrices japonais Gurihiru se sont associés pour réaliser un « reboot » de la série, dont le premier tome, Unico, l’éveil, est paru chez Graphix de Scholastic, en collaboration avec Tezuka Productions. Remake, mais aussi réinterprétation de l’œuvre originale, cette nouvelle série est prévue en quatre volumes. Alors, simple remake paresseux et opportuniste ou véritable plus-value et réinterprétation pertinente d’une série annulée trop tôt ?
Unico, c’est l’histoire de son héros éponyme, une licorne intrépide et aventurière. Vivant dans le royaume des dieux, le protagoniste se retrouve par hasard dans le jardin de la belle Psyché, si belle que les mortels la préfèrent à la déesse Vénus. Cette dernière, folle de jalousie, va alors tenter d’éliminer Unico. Vénus pense en effet que la licorne, symbole de bonheur éternel, est responsable de la beauté et de la grâce de Psyché. La déesse ordonne alors à Zéphyr, incarnation du vent, d’éliminer la licorne. Zéphyr, incapable de s’exécuter, va alors cacher Unico à travers le temps et l’espace, afin de trouver une solution et de sauver la jeune licorne des griffes de Vénus. Cependant, là où l’on aurait pu imaginer une épopée extraordinaire, la série originale a été annulée après seulement deux albums. Osamu Tezuka était en effet connu pour avoir commencé nombre de séries sans jamais les achever. Sattin et Gurihiru se montreront-ils à la hauteur pour reprendre le flambeau ?
La première chose que l’on remarque en lisant Unico, l’éveil, c’est la différence assez radicale dans les designs entre l’original et le remake. Vénus, par exemple, passe d’une jeune femme belle et fière à une créature fantastique humanoïde aux motifs floraux. La petite licorne Unico elle-même change de design, passant d’une bouille toute ronde à un corps plus élancé, qui se rapproche des chevaux de My Little Pony. Ce qui est logique, étant donné que les illustratrices de Gurihiru ont travaillé sur Equestria Girls et les comics Avatar : The Last Airbender. Ces décisions donnent immédiatement un style plus comics, plus américain à l’œuvre. Cela est d’autant plus renforcé par les décors, plus typiques d’une ville américaine que du monde fantastique des licornes.
Ce style presque réaliste et terre-à-terre crée alors un contraste assez étrange avec certains éléments du récit. Par exemple, au tout début du récit, la petite licorne est heurtée par une voiture et se fait projeter dans le fleuve. Mais là où le style presque comics pourrait faire croire que le personnage est gravement blessé, Unico rebondit comme une balle en mousse. Cette action très manga, typique de Tezuka, semble ne pas coller avec le style graphique. En soi, le choix du style n’est ni bon ni mauvais. Cependant, il faut se demander si le style choisi est bien celui qui convient le mieux à l’œuvre de Tezuka.
Deuxième point important du livre : le récit a beaucoup changé entre l’œuvre originale et le remake. Unico, l’éveil abandonne le format en chapitres clairement séparés de Tezuka et mélange plusieurs histoires pour former un récit continu. L’histoire de la chatte Chloé, du chasseur Byron ou du sphinx se rejoignent pour former un seul récit. Une autre décision qui donne à l’histoire une dimension plus occidentale, ce qui dépaysera sûrement les lecteurs de la série originale.
Ainsi, Unico, l’éveil peine à convaincre totalement, surtout les lecteurs du manga original. Entre son style graphique très américanisé et son récit qui s’éloigne de la structure originale, le charme de Tezuka semble parfois dilué. Le livre saura faire découvrir le personnage et l’univers aux nouveaux lecteurs qui n’ont pas connu le Unico des années 1970, mais sans plus. On se demande même pourquoi Tezuka est crédité sur la couverture, alors qu’il n’a évidemment rien écrit de cette nouvelle histoire et que ni le récit ni le style ne reflètent son travail. Le livre aurait probablement plus convaincu avec la mention « d’après l’œuvre d’Osamu Tezuka ». Si l’effort de modernisation est évident, on peut se demander si cette réinvention ne dénature pas par moments l’âme d’Unico.
Par Akira OIKAWA
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Unico, par Tezuka, Samuel Sattin et Gurihiru, 2025.
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