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Dans son édition de ce week-end, Marius Chappuis, journaliste à Libération, qualifiait le FIBD de « Festival de la bande décriée ». Et de résumer la situation : La société 9eArt+ contrôlée par Franck Bondoux qui gère de façon contestée le festival depuis 20 ans, était sur les rangs pour reconduire son mandat. Les financeurs publics du FIBD, les éditeurs, et surtout les auteurs étaient vent debout contre cette reconduction. En conséquence de quoi l’Association du FIBD décida de faire un appel d’offre à des candidats susceptibles de succéder à Franck Bondoux aux manettes depuis plus de 20 ans.
Une équation politique
Pour aboutir à quoi ? On l’apprend par un communiqué publié aujourd’hui : par la demande d’un rapprochement entre 9eArt+ et la Cité, une manœuvre qui ressemble à une tentative de sauvetage, dans une structure commune à l’EPCC de la Cité de la BD, l’Association du FIBD et 9eArt+. Une solution déjà refusée nous dit-on par Vincent Esches, le Directeur Général de la Cité, mais aussi par certains financeurs publics, dont la Ville, représentée par Xavier Bonnefont, Maire d’Angoulême et Président de GrandAngoulême (membre du parti Horizons d’Edouard Philippe), la région présidée par Alain Rousset, Président socialiste de la région Nouvelle-Aquitaine et le département dirigé par Jérôme Sourisseau, Président Modem (centriste) du Département de la Charente, soit une large part du spectre politique de la région. Sans compter par bon nombre d’éditeurs et d’auteurs.
La dimension politique n’est, on le voit, évidemment pas absente de ce jeu de bonneteaux : le président socialiste de la Cité, Patrick Mardikian, fils de Jean Mardikian, l’un des fondateurs du Festival, il connaît donc bien le dossier, est l’adversaire politique du maire de droite Xavier Bonnefont aux prochaines élections municipales qui auront lieu en mars 2026.
Suicide ?
Le quotidien de la région, La Charente Libre, dans un article signé Julie Pasquier titre : « En s’accrochant à Bondoux, le Festival de la BD est-il sur le point de se suicider ? » Il est clair que les membres de l’Association, notoirement incompétents pour gérer un tel événement, sont depuis des années pieds et poings liés sous l’emprise de 9eArt+.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette « appel public d’offre » des candidats, qui n’en est pas un puisque habilement nommé « mise en concurrence » par la présidente de l’Association, s’est passé de façon très opaque. Certains candidats importants n’ont même pas été reçus par le « jury » (dont on ignore la composition) alors qu’ils présentaient des dossiers professionnels solidement argumentés. Seuls 9eArt+ et la Cité ont été reçus. Les décisions de refus, nous dit-on, n’ont pas été substantiellement motivées, se résumant à des formules vagues et lacunaires. Et en tout cas peu respectueuses.
Sur son compte Instagram, la scénariste de bande dessinée et militante Marie Bardiaux-Vaïente tonne : « Sans déconner ! C’est de la prestidigitation ! Â ce niveau, c’est du foutage de gueule ! » et appelle, sororité oblige, au « Girlcott » et au « Boycott ».
La journaliste de L’Humanité, Lucie Servin qui, on s’en souvient, avait mené une enquête tonitruante sur le fonctionnement du FIBD et notamment sur la gestion d’une affaire de viol dont a été victime une de ses employées, écrit sur sa page Facebook : « 9ème Art+ on n’en veut plus ! Et au nom du Girlcott, je voudrais aussi dénoncer l’opération de Pinkwashing envisagée cette année. Qu’entends-je ? Le FIBD envisagerait une exposition toute pourrie, une réparation pour "les autrices oubliées". Quelques panneaux imprimés sur la place de la mairie, devant le Quick, pour mettre à l’honneur des autrices célébrées par le festival. Encore un moyen de recycler des éléments à pas cher à partir d’expositions anciennes pour espérer lustrer son image, tout en occultant Anouk Ricard. Qui pourrait avoir eu une idée aussi nulle ! Au secours, rien ne nous sera épargné ! » Un hashtag #Nofibd2026 est en train de courir sur les réseaux sociaux.
Voilà où nous en sommes, alors que l’on ne sait pas encore quel est le bilan de la dernière édition du FIBD. La profession (les éditeurs, les auteurs,…) redoute des pertes qui s’accumuleraient à celles déclarées l’année dernière. Si 9eArt+ devait faire faillite, alors que l’Association y est associée, qui paierait la facture ? Comme on le voit, la situation est loin d’être simple.
Par Didier PASAMONIK
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En médaillon, dessin de Mab.
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