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Favori de la rédaction
13 janvier 2026
Nous avions parlé dans les pages d’ActuaBD du tome 1 des Guerres invisibles, par Marina Lisa Komiya. En ce début d’année 2026, l’auteur·ice revient en force avec la deuxième moitié de ce diptyque, toujours chez Casterman, dans la collection Sakka. Et quel final !
Détail intéressant, le livre se lit en miroir du premier. Là où le tome 1, situé au Japon, se lisait comme un manga de droite à gauche, le tome 2 se lit à l’occidentale, de gauche à droite. Un moyen de véritablement marquer la rupture entre les deux volumes, métaphore de la fracture culturelle ressentie par les émigrés japonais.
Si l’on devait résumer l’histoire des Guerres invisibles, on utiliserait sûrement le terme « mélancolie ». Le livre entier est baigné dans une atmosphère douce-amère, profondément humaine. Les personnages ne sont pas en proie à de grands accès de colère ou de joie, mais ils ne sont pas non plus des robots impassibles. Les couples Yoriko-Scott et Haru-Arthur sont d’un réalisme saisissant, qui les rend particulièrement attachants. À plusieurs reprises, le lecteur a l’impression que les personnages parlent d’eux-mêmes, sans qu’il n’y ait de scénariste derrière pour manipuler le récit. L’intrigue va exactement là où elle doit aller, de manière très fluide et naturelle, et aucune ficelle scénaristique n’est visible. Marina Lisa Komiya fait preuve d’une grande maîtrise de la narration, et la traduction d’Anaïs Koechlin a su adapter le texte original avec finesse.
Le livre parvient ainsi à retranscrire l’histoire de ces personnes immigrées, qui ont vécu dans l’ombre de l’Histoire, sans grands héros ni batailles éclatantes pour les mettre sur le devant de la scène. De plus, on abandonne le côté un peu misérabiliste que l’on pouvait retrouver dans le premier volume. Ici, l’accent est moins mis sur la misère des personnages et davantage sur leurs conflits d’identité. Un bon point, qui les rend plus sympathiques et attachants !
Côté récit, on retrouve la narration en chapitres du premier tome, alternant entre les différents personnages. Encore une fois, ce découpage se révèle très efficace et permet d’évoluer dans le temps et l’espace sans souci de fluidité. Ce deuxième volume, cherchant à conclure la saga et à l’amener jusqu’à l’époque moderne, voit le temps passer plus vite entre deux chapitres, mais le rythme instauré par l’auteur·ice rend l’ensemble simple à suivre. Aucune chance de perdre le lecteur en cours de lecture !
Enfin, Marina Lisa Komiya revient avec son style graphique caractéristique, porté par un trait presque rugueux qui fait ressortir les textures des cheveux, des vêtements et des aliments. Il y a un véritable travail sur les noirs et les ombres, qui engloutissent parfois les personnages lorsque ceux-ci sont piégés dans leurs pensées. Pour les lecteurs amateurs de jeux vidéo, le dessin rappellera le jeu « Omori », du studio OMOCAT. Une très belle patte graphique, qui retranscrit parfaitement les émotions complexes des personnages.
Ce second tome des Guerres invisibles s’impose ainsi comme une parfaite continuation et conclusion du premier. On y retrouve tous les éléments qui nous avaient fait aimer le premier volume, encore améliorés. Le récit ayant été conçu comme un diptyque, on ne peut que vous conseiller de lire les deux !
Par Akira OIKAWA
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Les Guerres invisibles, tome 2, par Marina Lisa Komiya, éditions Casterman, collection Sakka. Paru le 21 janvier 2026. 18,00 €.