Angoulême 2026 - Festival 2027, Off+, GirlxCott... : l’après 9eArt+ se précise…

Par Didier PASAMONIK Baptiste LE GAL-DUTHEIL 12 janvier 2026 
L'annulation historique de l'édition 2026 sera, on le sait, ponctuée d’une grande fête composée d’initiatives diverses, afin de compenser le vide laissé par l’annulation du FIBD. Ce qui fait que, finalement, pas mal de monde convergera vers Angoulême fin janvier. En attendant, 2027 se prépare et c’est désormais l'Association pour le développement de la BD à Angoulême (ADBDA), dans une forme révisée qui prend les rênes de l’événement de fin janvier. Nouveau nom, nouvelle organisation, nouvelles dates : Angoulême veut tourner la page d'une crise majeure qui a ébranlé le monde du neuvième art.

On se souvient de la tempête qui s’est levée progressivement contre l’organisateur 9e Art+, accusé par une large partie de la profession de gestion opaque et de dérive commerciale. Auteurs, autrices et éditeurs ont appelé au boycott, dénonçant un festival qui aurait perdu son âme. Mais c’est surtout une affaire bien plus grave qui avait mis le feu aux poudres : le licenciement d’une salariée de 9e Art+ ayant porté plainte en 2024 pour un viol survenu lors du festival. Cette révélation avait cristallisé les tensions et rendu la situation intenable.

Face à cette fronde généralisée, comme nous l’avions annoncé, l’annulation était devenue inévitable, pour nous comme pour le reste de la profession. Le coup d’arrêt de 2026, ponctué par une « Fête de la Libération » est l’occasion de repenser l’événement dans la perspective de l’évolution de la bande dessinée, aujourd’hui marquée par une forte progression des mangas en France et par une révolution numérique qui pointe son nez.

L’ADBDA en Deus ex Machina

C’est désormais l’Association pour le développement de la BD à Angoulême (ADBDA) qui pilote la renaissance du festival. Créée en 2017 pour coordonner les partenaires financiers, elle a modifié ses statuts et prend une dimension inédite : son conseil d’administration sera désormais composé de six représentants des partenaires publics, six représentants des auteurs, six représentants des éditeurs et quatre « personnalités qualifiées ».
Avant, l’ADBDA comptait 14 membres.

Maintenant, ils sont 40, dont voici la nouvelle composition :

Un collège de représentants des pouvoirs publics, qui est minoritaire :
– Etat : le Préfet de la Charente (Jérôme Harnois) ou la DRAC de la Région Nouvelle-Aquitaine (Maylis Descazeaux)
– Région Nouvelle-Aquitaine : Le Président de la Région (Alain Rousset) ou son représentant
– Département de la Charente : Le Président du Département (Jérôme Sourisseau) ou le Conseiller départemental délégué à l’Image (François Nebout)
– Communauté d’Agglomération : le Président (Xavier Bonnefont) ou le Vice-président en charge de la Culture (Gérard Desaphy)
– Ville d’Angoulême : le Maire (Xavier Bonnefont) ou l’Adjoint à la Culture (Gérard Lefèvre)
• Un collège de 12 auteurs et/ou de représentants d’auteurs :
–  Marie Paule Noël – STAA (Syndicat des Travailleur·euses Artistes-Auteur ·ices)
–  Denis Bajram EGBD - Etats Généraux de la Bande Dessinée
–  Thais Guimard – SNAP-CGT (Syndicat National des Artistes Plasticien·nes CGT)
–  Léandre Ackermann – SCAA (Association professionnelle des autrices et auteurs de bande dessinée suisses, la Swiss Comics Artists Association)
–  Frédéric Maupomé - La Ligue des auteurs professionnels
–  Marc Lizano – La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse
• Un collège de 12 membres représentant les éditions :
–  Syndicat National de l’Edition : SNE, Benoit Pollet, Stéphane Aznar, Laura Baron
–  Syndicat des Editeurs Alternatifs : SEA, Jean-Louis Gauthey, Juliette Salique, Olivier Bron
• Un collège de 6 membres externes, hautement qualifiés :
–  La CIBDI
–  Les Chais Magelis
–  David Caméo, président de l’ADBDA
Ainsi, les professionnels sont majoritaires.

On remarque la présence de David Caméo à la présidence de ce nouveau pilotage. Cet ancien haut fonctionnaire conseiller technique chargé de la culture au cabinet du Premier ministre Lionel Jospin [1] avait été maire adjoint à la culture à Angoulême pendant douze ans à la suite de Jean Mardikian. Il avait notamment contribué au sauvetage du FIBD à la suite du naufrage de la période Boucheron et a également collaboré à la création du Centre national de la bande dessinée. Il occupe la présidence de l’ADBDA depuis 2023.

Angoulême 2026 - Festival 2027, Off+, GirlxCott... : l'après 9eArt+ se précise…
David Caméo, président de l’ADBDA, à la manœuvre.

Parmi ces 40 membres, 20 seront membres du Conseil d’Administration, dont :
• 6 membres représentants les pouvoirs publics
• 6 membres représentants les syndicats d’auteurs
• 6 membres représentants les syndicats des maisons d’éditions
• 2 membres autre, hautement qualifiés

Le bureau de l’ADBDA ne peut pas être composé d’un élu ou d’un fonctionnaire de l’État.

L’objectif affiché de l’ADBDA est de soutenir l’organisation de tout projet de la BD sur Angoulême, même si ce n’est pas le FIBD. Si c’est nécessaire, le transfert de l’organisation peut être attribué à un professionnel partenaire. L’ancienne association du FIBD n’en fait pour le moment plus partie.

Lors de la conférence de presse tenue le 9 janvier 2026 à la Maire d’Angoulême, l’ADBDA a réaffirmé son ambition : préserver le rayonnement international d’Angoulême tout en répondant aux attentes éthiques et professionnelles du secteur.

Denis Bajram, représentant des États généraux de la bande dessinée, évoque un climat de « bonne volonté générale » Il se déclare « plutôt rassuré, dans l’ensemble, pour l’avenir ». Mais il reste attentif, et les EGBD vont surveiller l’activité du FIBD et de l’ADBDA.

Laura Baron, représentante du Syndicat National de l’Edition, confirme que le SNE soutiendra le développement et l’expansion du festival à l’International, tout en restant ancré sur le territoire. Mais elle met en garde : « Il ne faut pas que cela se transforme en Comic Con ! »

Gérard Desaphy, adjoint de Xavier Bonnefont au Grand Angoulême, responsable des relations avec 9eArt+ à l’époque Bondoux ; Martine Pinville, conseillère régionale de la Nouvelle-Aquitaine, ancienne secrétaire d’État chargée du Commerce, de l’Artisanat, de la Consommation et de l’Économie sociale et solidaire ; Xavier Bonnefont, maire d’Angoulême ; David Caméo, président de l’ADBDA, et Jérôme Souriceau, président du Département de la Charente.

Un appel à projets pour reconstruire

Le temps presse. Dès mardi 12 janvier 2026, un appel à projets sera officiellement lancé. Les candidats auront jusqu’au 12 mars pour déposer leur dossier, autour d’un cahier des charges allégé mais exigeant. Parmi les priorités : une lutte renforcée contre les violences sexistes et sexuelles, la gratuité maintenue pour les auteurs, et une transparence accrue dans la gestion.

Trois candidats présélectionnés seront auditionnés durant la semaine du 6 avril 2026, et la décision finale sera annoncée la semaine suivante. Un délai extrêmement court mais pas mal de dossiers existent déjà et constituent une base solide, notamment de la part des candidats écartés de l’appel d’offre de l’Association du FIBD, l’été dernier, au profit, on se le rappelle, de 9eArt+. Le prestataire choisi signera un contrat de cinq ans, contre dix auparavant, on suppose sans reconduction tacite léonine, permettant une meilleure adaptation aux évolutions du secteur, dans la transparence et dans le respect de la profession.

Voici précisément le cahier des charges pour les opérateurs qui devrait être validé, confirmé et communiqué cette semaine.

Les critères seraient les suivants :
–  Grande ambition
–  Grande connaissance du monde de la BD
–  Grande connaissance du FIBD
–  Conscience des enjeux et des défis que représente l’organisation du festival
–  Perpétuer et améliorer le développement de l’image du festival à l’international
–  Prendre en compte l’ensemble des acteurs de la BD (auteurs, éditeurs, mais aussi traducteurs, coloristes, bref, tout le monde)
–  Prendre en compte tous les aspects de la BD (sujet revendiqué par les professionnels)
–  Valorisation du public
–  Qualité des expositions
–  Financement privé à + de 50% du financement total
–  Respect RSE et lutte contre les VSS (un engagement ferme doit être prouvé par des missions et des obligations formulées et supervisées par l’ADBDA)

Pour le planning à venir :
Mardi (en principe) : ouverture des dépôts pour l’appel d’offres
12 mars 2026 : date limite des candidatures pour l’appel d’offres
Du 16 mars au 3 avril 2026 : étude et sélection de quelques finalistes (David Caméo a mentionné le chiffre 3 en termes d’exemple, mais il a affirmé que ce sera un groupe très restreint)
Du 6 avril au 10 avril 2026 : auditions finales, avec sessions de présentation et de FAQ
Vers mi-avril : Annonce des lauréats
EXCEPTIONNELLEMENT, pour l’édition 2027, le FIBD pourrait se dérouler entre le mois de janvier et mars 2027. À voir d’autres changements définitifs de date à l’avenir.
Le jury de la sélection n’est pas encore déterminé. Mais il sera composé de plusieurs acteurs de la BD, dont des pouvoirs publics.

Le contrat peut durer jusqu’à cinq ans, mais une année de plus est possible par avenant (pour arriver à 6). Pendant ce temps-là, l’ADBDA pourra étudier la proposition d’autres candidats ayant manifesté leur intérêt pour organiser le FIBD et qui souhaiteraient redéposer une candidature.

Le contrat n’est pas renouvelable. Mais un précédent opérateur peut déposer une nouvelle candidature 5 – 6 ans après la fin de son mandat.

Pour tout autre évènement en lien avec la BD, à dimension internationale : Il sera demandé à l’opérateur de proposer une nouvelle marque (logo, nom). Cette proposition doit être validée par l’ADBDA & l’association du FIBD. L’opérateur aura la liberté de l’utiliser, mais l’association du FIBD garde la propriété de la marque. L’opérateur ne pourra pas inventer d’autres marques, pour l’évènement, ni fabriquer des produits dérivés.

Le maire Xavier Bonnefont. Sera-t-il encore là après les Municipales de mars 2026 ?

Un festival transformé dès 2027

Le nouveau festival ne ressemblera donc pas à l’ancien. Son nom et son logo changeront, symboles d’une rupture assumée. Les dates aussi évolueront : le rendez-vous se tiendra désormais entre janvier et mi-mars, et non plus systématiquement fin janvier. Cette flexibilité devrait permettre une meilleure organisation et peut-être d’éviter les rigueurs de l’hiver charentais.

L’objectif est clair : redonner au festival sa dimension internationale et sa légitimité auprès des professionnels, tout en répondant aux enjeux éthiques, sociaux et économiques actuels du secteur de la bande dessinée.

Le FIBD, pour le moment écarté, reste propriétaire de la marque. Il n’est pas impossible qu’elle revienne dans la boucle de l’organisation du FIBD. De la même façon, 9eArt+ peut candidater.

« Quid en cas de candidature de la Cité de la BD ou du Syndicat National de l’Edition qui étaient potentiellement sur les rangs ? » demande un journaliste. La Cité quitterait l’ADBDA, quant au SNE, il ne sera pas candidat.

Les initiatives de janvier 2026

En attendant la grande renaissance de 2027, Angoulême ne restera pas silencieuse. Mais ce sera « un festival façon puzzle ». La municipalité a prévu de renforcer considérablement le festival "off", qui se déroule habituellement en marge de l’événement officiel. Du 29 janvier au 1er février 2026, 80 éditeurs et 500 auteurs sont attendus pour maintenir vivante la tradition du rendez-vous de janvier. Cette action est ‘touchy » pour le maire en titre qui ne doit pas être accusé d’utiliser cet événement à des fins électorales, le scrutin des municipales ayant lieu au mois de mars. Un peu contre cette opération, l’Association GirlxCott favorisera un événement transnational (France, Belgique, Suisse,…) et régional.

Nous reviendrons dans les prochaines heures sur le détail de ces deux événements.

Par Didier PASAMONIK Baptiste LE GAL-DUTHEIL

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Photos : Baptiste Le Gal-Dutheil

[1] Né en 1953 à Angoulême, Caméo est un haut fonctionnaire passé par les cabinets des ministres de la culture Catherine Trautmann, Catherine Tasca et du Premier ministre Lionel Jospin. Il a aussi été directeur général de la Manufacture nationale de Sèvres, puis des Arts décoratifs.

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