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Excellent
7 juillet 2026
À la fin des années 2010, à l’orée des années 2020, Yang Yang, étudiante, quitte Taïwan pour le Japon, et plus précisément Okinawa, dans le cadre d’un échange universitaire, afin d’échapper à la douleur d’un deuil et à un amour à sens unique. Sur place, les choses se déroulent bien : entre les résidents de sa pension et les étudiants de sa promotion, le courant passe rapidement. Mais Yang Yang ne peut s’empêcher de penser à ce qu’elle a laissé à Taïwan, et en particulier à la situation politique qu’elle suit de près.
Comme dans The Song about Green, le récit s’ouvre sur un décès, mais de nature très différente ici : la grand-mère de Yang Yang, qui l’a élevée, décède suite à une longue maladie. Un événement qui coïncide avec la confirmation de son échange universitaire. Considérant que plus rien ne la retient à Taïwan, ayant de surcroît de mauvais souvenirs de son adolescence, Yang Yang décide donc de partir à l’étranger.
Mais du Japon, il est finalement peu question dans ces deux premiers tomes. Après l’introduction de quelques personnages locaux, le récit se concentre sur les souvenirs taïwanais de Yang Yang. Et lorsqu’un chapitre s’attarde sur le présent, c’est pour conter la rencontre avec un étudiant chinois, avec une altercation sur le statut de Taiwan, ou pour suivre le référendum sur le mariage homosexuel organisé dans le pays.
Ainsi, si Yang Yang apparaît de prime abord comme effacée et souffrant d’un vague à l’âme, elle se révèle rapidement extrêmement politisée. À son entrée à l’université, au contact d’un garçon membre d’une association prônant la paix et la liberté d’expression, elle découvre le militantisme politique progressiste ainsi que la question de l’indépendance de Taiwan : une cause qui ne la quittera plus.
Cependant, Yang Yang n’est pas engagée à proprement parler et vit cette politisation par procuration, culpabilisant de ne pas être capable d’en faire plus. Le récit de Gao Yan explore la naissance d’une conscience citoyenne et les premiers engagements politiques, vécus avec l’intensité et le romantisme de la jeunesse. Yang Yang a soif de justice, mais aussi beaucoup de colère en elle, née en partie de sa situation familiale et du harcèlement qu’elle a subi, sans savoir encore comment la canaliser.
Avec la sensibilité qui la caractérise, Gao Yan signe une belle histoire à fleur de peau, nous plongeant dans les doutes et les interrogations d’une étudiante qui cherche sa place, ne pouvant se résoudre à une vie ordinaire. C’est également une exploration de l’histoire politique contemporaine de Taiwan, à travers la présentation des grands mouvements qui ont traversé le pays depuis les années 1980. Un manga singulier et tout à fait passionnant.
Par Guillaume BOUTET
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Sukima T.1 & T.2. Par Gao Yan. Traduction : Alexandre Fournier. Casterman, collection Sakka. Sorties le 29 avril 2026 & le 1er juillet 2026. 256 pages & 288 pages. 14,50 euros.
The Song about Green sur ActuaBD :
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