Le Voleur d’amour - par Yannick Corboz d’après le roman de Richard Malka - Glénat

Par Akira OIKAWA Excellent 20 mars 2025 
Anna est une jeune ballerine de New York, cherchant, comme beaucoup d’autres étoiles montantes, à briller sous les projecteurs. Mais lorsqu’elle croise la route du mystérieux Adrian van Gott, tout change. Qui est cet étrange millionnaire collectionneur d’arts anciens qui refuse catégoriquement de la toucher ? L’amour qu’éprouve Anna pour Adrian semble étrangement lié au passé de ce dernier…

Par un trait magnifique, Yannick Corboz propose une adaptation du roman de Richard Malka, et une réécriture du mythe intemporel du vampire.

Le Voleur d’amour part d’un postulat simple : et si les vampires ne se nourrissaient pas de sang, mais d’amour ? Dans le roman original de l’avocat Richard Malka, Adrian van Gott naît à Venise en 1769 d’un mariage brisé par le deuil de ses premiers enfants. Isolé, le jeune garçon grandit avec un étrange vide en lui. Mais lorsqu’adolescent, il rencontre la jeune Clélia et l’embrasse, il ressent un bien-être inédit. Il comprend alors que l’amour qu’il est lui-même incapable de ressentir, il devra le prendre aux autres, quitte à provoquer leur mort prématurée. Désormais immortel tant qu’il se nourrit d’amour, Adrian assistera au déroulement de l’histoire humaine, tout en dérobant l’amour de nombre de personnes. Sous différents noms, différents visages, il deviendra un véritable Forrest Gump traversant les époques.

Le Voleur d'amour - par Yannick Corboz d'après le roman de Richard Malka - Glénat
Le Voleur d’amour, p. 6
© Glénat

Le récit est construit de manière rétrospective, alors qu’Adrian commence le livre par écrire sa propre histoire. Le voleur d’amour a en effet déjà fixé la date de son suicide, après avoir fait la rencontre d’Anna sur le pont de Brooklyn. Celle-ci lui rappelle trop son ancienne amante Clélia, morte des siècles plus tôt. Cette écriture en rétrospective permet de créer un élégant parallèle entre la vie d’Adrian au fur et à mesure des époques et l’enquête que mène Anna sur le passé de son amant. En effet, Adrian a laissé un jeu de piste sous la forme d’une liste de nombreuses amantes, la plupart ayant perdu la vie. C’est en remontant cette sinistre piste d’amour qu’Anna découvrira peu à peu la vérité.

Le Voleur d’amour, p. 15
© Glénat

Mais la grande nouveauté de cette adaptation, c’est bien entendu le superbe dessin de Yannick Corboz qui vient illustrer la vie d’Adrian. Empreintes d’une grande sensualité, les pages proposent de magnifiques fresques en aquarelle, où la couleur dépasse des contours pour montrer la puissance des émotions des personnages, qui elles aussi débordent. Le livre n’hésite pas à varier les dominantes de couleur, allant d’un gris clair pour illustrer la tristesse monochrome du pont de Brooklyn, à un rose vif pour le premier baiser d’Adrian. Par le choix des couleurs qui reflètent directement la psychologie du personnage, on comprend très vite l’impact direct qu’il a sur le monde qui l’entoure. Être surnaturel et surpuissant, il domine constamment la scène de son aura, illustrée par les couleurs mêmes de la page qui obéissent à son contrôle.

Le Voleur d’amour, p. 30
© Glénat
Le Voleur d’amour, p. 42
© Glénat

Et bien sûr, il faut parler du superbe travail effectué sur les corps. L’amour et la sexualité étant au centre du récit, Corboz représente souvent la nudité, en la magnifiant comme le ferait une peinture ou une statue grecque. Les corps, masculins comme féminins, sont représentés dans des positions rappelant les peintures d’Ingres ou de Manet. On pourrait crier à l’objectification du corps féminin, ce qui, reconnaissons le, est absolument le cas ici. Cependant, il ne faut pas oublier que l’histoire est racontée par Adrian, qui agit en véritable prédateur d’amour et de sexe. Il est donc naturel que son regard soit beaucoup plus fixé sur les corps de ses victimes. Mais lorsque l’histoire se déroule du point de vue d’Anna, les femmes ne sont pas représentées dans des poses lascives, et Adrian est au contraire monstrueux dans son obsession amoureuse. Le contraste entre ces deux perspectives permet d’ancrer l’aspect monstrueux d’Adrian dans le style graphique lui-même.

Le Voleur d’amour, p. 81
© Glénat

Le Voleur d’amour est ainsi une œuvre superbe, qui propose une réécriture intéressante du mythe du vampire. Elle se démarquera surtout par son style graphique, et son esthétique sublime. Sa couverture texturée, le cordon du marque-page, et les tons dorés du titre, font presque penser à un catalogue d’art. Fans de vampire, d’amour, et de gothique, ce livre est pour vous.

Par Akira OIKAWA

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Code EAN : 9782344052358
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