Philippe Morin et les fanzines [PODCAST]

Par Didier PASAMONIK 18 mars 2025 
C’est un truc qui a disparu (ou presque) depuis que l’Internet a mis la connaissance de la BD à la disposition de tous : les fanzines, les magazines faits par des fans de BD. Ils ont surgi dans les années 1960, à une époque où les techniques d’impression commençaient à se mettre à la portée des gens modestes. Une sacrée histoire qui a fait récemment l’objet d’expositions à Blois comme à Angoulême. Un prix est même attribué à ces publications de petit tirage devenues avec le temps des collectors, à Angoulême depuis plusieurs décennies : le Prix fanzine devenu « Fauve BD alternative ». Un jury lui est dédié, cornaqué par un vieux routier du secteur et membre permanent de ce prix : Philippe Morin. Nous l’avons rencontré pour vous.

Son parcours ressemble à celui de bien des contemporains : sorti de l’école, ce fan de BD crée un petit fascicule, un « fanzine » (mot formé à partir de « magazine » et « fan »), un organe de liaison pour amateurs de bande dessinée qui, en quelques années, se structure et propose des critiques, des analyses, et surtout des interviews d’auteurs. Des documents devenus aujourd’hui des références pour les chercheurs.

Les premiers temps, ce sont des collectionneurs qui les achètent. On y trouve plein d’informations sur les auteurs, sur les œuvres, sur les séries… Où se procurer certaines publications ? Comment distinguer les premières éditions ?… Les premières productions sont parfois ronéotypées sur la machine de l’école, comme ce fut le cas pour le premier numéro des Cahiers de la Bande Dessinée de Jacques Glénat, devenu depuis un éditeur fameux.

Mais très vite, ces feuilles se professionnalisent -cela s’appelle alors des « prozines ». Dans les années 1960, ils ont pour noms : Giff Wiff, Phénix, RanTanPlan… On y voit des signatures prestigieuses : Goscinny, Winkler, Morris, Alain Resnais, Umberto Eco, Osamu Tezuka même…

Philippe Morin et les fanzines [PODCAST]
Phénix, pionnier de l’érudition en bande dessinée
Thierrry Martens, dans Spirou, a été le premier à diffuser de l’information sur ces "fanzines"

Souvent, dans ces fanzines, de jeunes auteurs publiaient leurs premiers dessins : de Loisel à JC Menu, d’Yves Chaland à Stanislas… Ils sont, quelque part, le creuset de la bande dessinée d’aujourd’hui.

Émergent dans ces feuilles à la périodicité parfois aléatoire les grands noms de l’histoire de la bande dessinée : les auteurs américains de l’âge d’or d’abord (Winsor McCay, Alex Raymond, Harold Foster, Burne Hogarth,...) puis les grands Belges contemporains : Hergé, Franquin, Jijé, Jacobs, Peyo, Morris, Jean-Michel Charlier... Enfin la "nouvelle vague" française : Forest, Druillet, Moebius, Tardi, Bilal, Gotlib…

Un fanzine oublié, important en son temps : Haga
Les premiers fanzines ont permis à tout un public de connaître les grands auteurs de l’histoire de la BD
PLG, éditeur de fanzines, devenu un éditeur à part entière

Ces feuilles mettent en contact une génération de jeunes écrivaillons avec des auteurs devenus cultes. Les premiers livres sur la BD commencent à sortir. Depuis, ces jeunes plumitifs sont devenus des références, des auteurs aujourd’hui reconnus sinon vénérés et célébrés : Numa Sadoul, Yves Frémion, François Rivière, Thierry Groensteen, Benoît Peeters, Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault…

Ils sont les passeurs et les promoteurs de la bande dessinée classique et les découvreurs des talents de leur époque, ceux qui ont connu bien des maîtres. Philippe Morin, fondateur et animateur des éditions PLG en est issu. Il nous raconte son histoire.

Voir en ligne : LE SITE DES EDITIONS PDG

Par Didier PASAMONIK

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En médaillon. Philippe Morin. Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

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2 Messages :
  • Philippe Morin et les fanzines [PODCAST]
    19 mars 2025 11:39, par Philippe Wurm

    Petite réaction spontanée en forme d’interview de Fanzine des origines : Ouf ! Quelle démonstration érudite et enthousiasmante ! Héhéhé !
    J’ai beaucoup aimé le passage sur la richesse de la bande dessinée produite dans les années 60 (et 70 aussi) où la "Franco-belge" produisait un tel niveau de qualité qu’il était très difficile pour les jeunes d’accéder à la publication tant les exigences des éditeurs étaient élevées. Le fait, comme pour PLG, d’interviewer des grands classiques et de faire apparaitre de futurs auteurs était un mélange unique qui a caractérisé son époque. C’est très bien décrit et je vous remercie pour cette intervention qui résume toute une part vivante de la "seconde littérature".

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    • Répondu par FranckGin le 22 mars 2025 à  12:35 :

      Bravo Philippe pour cette expo et ce podcast très intéressant. Je ne connaissais pas (ou ai-je oublié ?) l’épisode du prix Saucisson Smith. Dingue la loterie.
      ...A quand un bouquin reprenant cette exposition, car on sait que celui d’un autre éditeur n’a pas eu trop (tes) faveurs ;-)

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