Trente ans après la mort d’Hugo Pratt, son œuvre et son nom rayonnent toujours au firmament de la bande dessinée. Ce succès posthume, que certains auteurs célèbres du 9e art au XXe siècle n’ont pas connu, le créateur de Corto Maltese le doit à Patrizia Zanotti, qui fut sa coloriste et sa collaboratrice de confiance dès 1979. Légatrice universelle de l’œuvre du Maestro décédé en 1995, elle gère d’une main de maîtresse ce riche héritage, qui reste aujourd’hui bien présent dans l’actualité de la BD avec de superbes expositions en France (Centre Pompidou, Musée des Confluences, etc.) et en Europe, mais aussi grâce à la poursuite des aventures de Corto Maltese, réalisées par des auteurs de talent.
À la tête de la société Cong (créée en 1983 par Pratt pour gérer les droits de ses séries), Patrizia Zanotti a su, en collaboration avec les éditions Casterman, mettre le destin du célèbre marin romantique en de bonnes mains, à savoir celles du scénariste Juan Diaz Canales et du dessinateur Rubén Pellejero. Auteurs de cinq albums depuis 2015, ces artistes espagnols ont été rejoints en 2021 par Martin Quenehen et Bastien Vivès, pour une transposition plutôt surprenante, mais réussie, des aventures de Corto Maltese à notre époque.
Avec Le Jour d’avant, leur troisième opus de Corto version XXIe siècle, les deux auteurs signent un album de belle facture, avec un scénario en phase avec l’actualité (montée des eaux dues au réchauffement climatique, droits des minorités, implantation chinoise dans le Pacifique...), qui reprend avec habileté les traits de caractère du marin vénitien au tempérament anarchiste. Quant au dessin de Vivès, il semble fait pour mettre en valeur la silhouette élégante de Corto, comme souvent entouré de femmes belles et fortes, comme l’avocate Teana, la guerrière Piper ou la militante écologiste Lan-Shi.
Dans cette aventure contemporaine, Corto Maltese est de passage à Sydney, en 2022, pour aider un ami à la dérive, Marcus. Quoi de mieux qu’une bonne aventure pour rebooster le moral de l’ex-pirate, dont l’hydravion servira à aller délivrer une ecowarrior emprisonnée sur les îles Tuvalu, en plein Océan Pacifique. Comme à l’habitude, Corto et ses amis vont rencontrer des personnages singuliers et auront fort à faire pour échapper à leurs ennemis, en l’occurrence des tueurs des triades chinoises. En 164 pages, les auteurs prennent le temps de bien développer leur histoire, ponctuée de dialogues dignes de Pratt et de scènes d’action bien enlevées. À noter qu’une version luxe de l’album est également disponible.
Par Dominique ERNST
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Corto Maltese, Le jour d’avant – Quenehen & Vivès, d’après l’œuvre d’Hugo Pratt – Casterman
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