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Ça va aller, mademoiselle - Par Blandine Denis - Ed. Lapin

Par Damien BOONE Excellent 23 octobre 2025 
Ça va aller, mademoiselle : l'expression, répétée, est un tantinet condescendante voire infantilisante. Surtout que pour Blandine, baladée depuis des années au gré des diagnostics, ça ne va pas forcément mieux : la voici désormais internée en psychiatrie. C'est de là qu'elle livre son témoignage.

Autiste, HPI, schizophrène, bipolaire, ou même « simple » chieuse : on a tout dit à Blandine, jeune femme d’une vingtaine d’années. Depuis longtemps, elle manifeste des comportements qui lui pourrissent la vie : TOC, obsessions, addictions, ruminations, colères, crises d’angoisse, épisodes de dépression... Pour s’en évader, elle se réfugie dans la fête et l’alcool. De temps à autre, un traitement lui donne l’illusion, durant quelques jours, que tout va mieux et qu’elle est « guérie », mais, inlassablement, les symptômes persistent. Elle se rend donc volontairement aux urgences psychiatriques. Après un bref entretien avec une infirmière et une longue attente dans les couloirs, elle est admise en HP (hôpital psychiatrique).

Une vie en vase clos commence alors, dans une institution aux règles très cadrées (repas collectifs, prise en charge par le personnel de tout objet pouvant favoriser un suicide, prise de médicaments à heures précises, entretiens réguliers avec des psys...). Mais au-delà de cette organisation se développe aussi une vie collective, où l’on se compare les uns aux autres : celui-ci parle tout seul, celle-là est totalement renfermée, lui a l’air « normal » et elle est complètement folle... Pourquoi sont-ils là ? Et puisque chacun est à nu dans l’institution, sans filtres, c’est aussi l’occasion de développer de profonds liens avec d’autres internés, qui agissent comme un miroir de ses propres problèmes.

Le récit de l’hospitalisation (d’une dizaine de jours) est découpé au jour le jour, tel un journal personnel. De nombreuses problématiques sont abordées, à commencer par la difficulté de poser un diagnostic précis, et donc d’y apporter la réponse adéquate, sur des symptômes à la lisière de plusieurs pathologies. Blandine est « borderline », une catégorie dont certaines des manifestations se retrouvent ailleurs. Ces difficultés sont la principale explication de son errance médicale. Parfois, à défaut de diagnostic probant, les séjours s’enchaînent sans amélioration. Et ceux-ci se résument alors souvent à des cures de sommeil : Valium et Lexomil sont distribués « à dose de cheval », comme l’écrit l’autrice. Cette dimension, parfois perçue comme problématique, n’est d’ailleurs pas soulevée par l’autrice, qu’on sent globalement reconnaissante envers l’institution psychiatrique.

Le travail de Blandine Denis évoque aussi le regard des gens qui sont « à l’extérieur », à travers la figure de son compagnon, ce qui lui permet de déconstruire quelques préjugés sur ses troubles et leur prise en charge. Ces graves questions sont souvent abordées avec humour, avec un trait assez minimaliste, fait quasiment à main levée, mais très expressif et vivant : ressort ainsi la palette d’émotions que peut traverser Blandine en très peu de temps. La représentation, en une ombre menaçante (son « monstre »), de ce qu’elle cherche à fuir est particulièrement réussie. En s’immergeant avec compréhension chez ceux qu’on nomme facilement les « fous », Blandine Denis interroge aussi les frontières de la rationalité et ce que ce stigmate révèle des maux du monde moderne.

Par Damien BOONE

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Code EAN : 9782377541928
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