Les deux auteurs mettent d’ailleurs en scène Robert Louis Stevenson lui-même au début de ce récit. Nous sommes en 1892 et il rentre d’Honolulu sur un bateau vapeur. Sur le pont, alors qu’il observe le magnifique paysage qui défile, l’écrivain fait la connaissance d’un certain Charles Dawson. En discutant, Stevenson se rend compte que Dawson est doté d’une incommensurable richesse. Et lorsqu’il lui demande quelle est la source de cette manne, Dawson lui avoue son terrible secret...
Alors qu’il était au fond du trou quelques années auparavant, un riche propriétaire lui a proposé de lui vendre une main capable d’exaucer tous ses vœux : santé, fortune, amour… Mais chaque médaille a son revers : le nanti l’avertit qu’il devra absolument revendre la main à un prix inférieur à celui qu’il a lui-même consenti pour l’acquérir. S’il n’y parvient pas, il est alors condamné à donner son âme au diable.
À l’époque, Dawson accepte cet étrange contrat en se disant qu’il sera facile de revendre la main, et que dans sa situation, il n’a plus rien à perdre. Il achète donc la main au prix de 49$, le maigre reliquat de sa fortune. Une fois en possession de la main du diable, la chance lui sourit : le voilà bien habillé, riche et prêt à vivre une nouvelle vie. Même l’amour lui ouvre les bras, mais peut-il expliquer à celle qu’il aime la source de ses bienfaits ? Et que se passera-t-il s’il vend la main et qu’il le regrette par la suite ? Décidément, le Diable ne se cache pas toujours dans les détails...
La Main du diable est un one-shot qui tient toutes ses promesses. D’abord car l’histoire de Rodolphe est aussi poignante qu’universelle. Qui n’a jamais rêvé de se débarrasser de ses ennuis, quitte à postposer les problèmes, le temps d’une bulle dorée ? De plus, tout l’art du scénariste est de nous embarquer dans un récit que l’on croit connaître et qui, ponctué de quelques surprises, nous tient finalement en haleine de bout en bout ! On apprécie, on tremble, on rit, on s’attache, bref on en redemande !
Une bonne part de cette réussite tient à l’alchimie entre ces deux co-auteurs qui se connaissent si bien. Tout en menant un scénario bien ficelé, Rodolphe laisse la place à Griffo pour qu’il puisse donner le meilleur de lui-même. Le trait du dessinateur se marie parfaitement au cadre à la fois historique et un poil fantastique de ce XIXe siècle où tout peut arriver, où le sordide pactise avec la richesse des nantis.
Les personnages de Griffo sont autant d’âmes auxquelles l’on s’attache, parce qu’elles paraissent si proches de nous. Mais on apprécie tout autant les magnifiques décors livrés par le dessinateur : des îles paradisiaques aux métropoles grouillantes, des hypnotiques paysages marins aux décors feutrés de la bourgeoisie, tout participe pleinement à l’atmosphère du récit.
L’ensemble est magnifié par les couleurs de Griffo. De la pointe de son pinceau, l’aquarelliste fait naître des mélanges extraordinaires qu’on ne peut retrouver que dans les îles, des lieux qu’il connaît bien car il y réside. C’est donc dans un véritable dépaysement qu’il nous entraîne, pieds et poings liés dans ce récit plein de suspense et de passions humaines. À écouter Griffo, il paraît que les deux auteurs prolongent encore leur collaboration pour nous proposer prochainement un nouveau récit. Que demander de plus ?
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