Chagrin : Rodolphe et Griffo adaptent Balzac

Par Benoit MARCHON Très bon 18 mars 2026 
L’adaptation de chefs-d’œuvre littéraires a le vent en poupe chez les éditeurs de BD. En voici une, très réussie et libre, de La Peau de chagrin, le célèbre roman fantastique d’Honoré de Balzac paru en 1831, un classique parmi les classiques, ici revisité par le talentueux tandem de vieux routiers de la BD, j’ai nommé Rodolphe et Griffo, qui ont déjà travaillé à quatre mains sur six autres albums.

On ne présente plus Rodolphe (de son vrai nom Rodolphe Jacquette, né en 1948), le scénariste qui écrit plus vite que son ombre. Il a des centaines d’albums à son actif, certains plus réussis que d’autres, et dans tous les genres. Mais sa très grande culture littéraire le porte naturellement vers des œuvres en hommage ou en clin d’œil à des géants de la littérature. Il a ainsi signé des dizaines de scénarios pour la BD littéraire du magazine Je Bouquine. Il est donc particulièrement à l’aise ici pour adapter Balzac à sa sauce.

De même, on ne présente plus Griffo (de son vrai nom Werner Goelen, né en 1949). Lui aussi a des dizaines d’albums à son actif, en majorité dans le genre historique, mais aussi contemporain et futuriste, voire érotique. Son style réaliste est d’une grande justesse et d’une redoutable efficacité. Mais dans ce roman graphique de 125 pages en couleurs, il a visiblement eu envie d’utiliser un trait plus enlevé. Et de se donner une liberté que s’est donnée Rodolphe dans son scénario. Il a pris un malin plaisir à nous promener dans le Paris d’avant le baron Haussmann, avec ses monuments emblématiques et ses ruelles sombres, sans éviter parfois quelques vues panoramiques fantaisistes ou anachroniques (ainsi, page 98, le célèbre Pont de l’Europe, immortalisé par le peintre Caillebotte, n’a été construit qu’en 1863… et malheureusement démoli en 1931) !

Nous sommes dans la première moitié du XIXe siècle et notre héros, Raphaël de Valentin, jeune marquis provincial, fils unique dont les parents décédés ont été ruinés, erre dans les rues d’un Paris nocturne et pluvieux. Pour gagner quelque argent, il se met en tête d’écrire un roman autobiographique, agrémenté de quelques aventures inventées (à la Dumas). Il en a déjà trouvé le
titre : « Chagrin ». C’est un cuir qui vient de la peau d’un âne mais cela désigne aussi le spleen, « ce suave suintement du malheur ».

Nous découvrons donc Raphaël dans ses tentatives, plus ou moins fructueuses, pour faire partie de la haute société parisienne, ses différents revers de fortune, sa passion malheureuse pour la comtesse de Foedora, son amitié avec l’ambitieux Eugène de Rastignac.

Arrive enfin le fatidique épisode où un vieux brocanteur lui vend une peau de chagrin qui, lui dit-il, va lui permettre de réaliser toutes ses volontés, mais en diminuant à chaque fois qu’elles s’accomplissent. Hélas, sa possession lui amènera davantage de malheurs que de bonheurs et l’issue sera fatale. Son livre Chagrin sera, au bout du compte, édité à titre posthume, et il tombera entre les mains de… Mais je ne vous en dis pas plus. Lisez cette BD jusqu’à la dernière page et vous aurez la réponse !

Dans la postface de l’album, Rodolphe resitue ce roman dans le contexte de la littérature de l’époque, très friande de récits fantastiques empreints de réflexions philosophiques et morales sur la vie et sur la mort. Le plus célèbre d’entre eux étant le Faust de Goethe, mais il cite plusieurs autres titres de cette même veine.

PS : la couverture ne reflète malheureusement pas la qualité de l’album. Cette scène de rue pluvieuse, dans des camaïeux de violet, ne donne pas forcément envie d’ouvrir l’album, ni de l’acheter ! Dommage…

Par Benoit MARCHON

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Code EAN : 9782344068458
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