Excellent
19 décembre 2025
Le Premier Empire est un thème inépuisable. On n’aurait pas assez d’une vie entière pour lire tous les livres s’y référant. Il existe plus d’ouvrages sur Napoléon qu’il ne s’est écoulé de jours depuis sa mort. Et si l’on se limite aux bandes dessinées, il y a encore de quoi remplir une belle bibliothèque. On peut encore réduire le choix en ne conservant que les BD qui traitent le sujet avec humour. On se souvient notamment de la série Godaille et Godasse de Raoul Cauvin et Jacques Sandron.
Julien Hervieux, lui, opte pour un humour décalé, faisant allusion à de nombreuses références contemporaines. Par exemple, il compare la grande charge menée par Murat à la tête de 12 000 cavaliers lors de la bataille d’Eylau (1807) à une scène du film Le Seigneur des Anneaux, où les cavaliers du Rohan viennent en aide aux assiégés. Élément de fiction, certes, mais la comparaison est parlante. Elle permet de se représenter ce qu’a pu être cette charge dantesque, accompagnée d’un vacarme épouvantable de cris, de hennissements de chevaux et autres fracas d’armes.
Les dialogues sont résolument modernes afin de contraster avec l’époque. Les actes héroïques d’antan ou certaines décisions militaires nous paraissent ainsi pour le moins déraisonnables. Plusieurs épisodes de l’épopée napoléonienne sont passés en revue, comme l’expédition d’Égypte, des batailles célèbres telles qu’Eylau, Iéna, Auerstaedt ou encore le siège de Saragosse, en puisant dans l’histoire anecdotique.
En dépit de son approche humoristique, l’ensemble est bien documenté. On perçoit une réelle rigueur en matière d’uniformologie. Si l’on veut être pointilleux, il y aurait bien matière à pinailler : les batteries anglaises n’étaient pas du même calibre que le célèbre système Gribeauval français, mais ce n’est pas le propos. Les planches de champs de bataille, comme celle que vous pouvez observer ci-dessus, sont magnifiques et très détaillées. Le graphisme de Camille Prieur et de Vincent Malgras ne cesse de progresser.
On rit beaucoup, mais on s’instruit également grâce aux fiches qui accompagnent chaque chapitre. On ne peut que souhaiter voir la série s’étoffer en explorant davantage ce puits inépuisable d’inspiration qu’est le Premier Empire et sa multitude d’acteurs hors du commun.
Par David SPORCQ
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