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Quel genre de relation entretenez-vous avec votre public français ?
Juste après la pandémie de Covid, les difficultés se sont enchaînées, et la situation est devenue si critique qu’il m’était difficile de préserver mon quotidien. C’est à cette époque que j’ai commencé à recevoir des messages de personnes intéressées par les dessins que je réalisais lors de mes streams sur YouTube. J’ai donc ouvert une boutique en ligne afin de mettre mes dessins aux enchères.
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Grâce à mes fans français, qui ont acheté un grand nombre de mes œuvres, j’ai pu surmonter cette période compliquée.
C’est aussi grâce à ce lien que j’ai décidé que la France serait le premier pays que je visiterai après la pandémie. Les quelques fans que j’y ai rencontrés ont recherché, rassemblé et partagé des informations sur d’anciens projets auxquels j’avais participé et dont je ne possède moi-même plus aucune trace. Je leur en suis profondément reconnaissant.
Ressentez-vous une différence entre les pratiques artistiques à l’étranger et celles du Japon, ou bien cette créativité est-elle universelle ?
Je connaissais la bande dessinée française bien avant qu’elle ne soit introduite au Japon. À l’époque, même à Tokyo, il était presque impossible de se procurer ces ouvrages étrangers, sauf dans quelques petites boutiques spécialisées.
Au Japon, j’ai le sentiment que les artistes sont souvent incités à s’adapter aux exigences du marché. En France, le monde de la bande dessinée me semble davantage connecté au monde de l’art et davantage guidé par la vision des auteurs.
Dans mon cas, j’ai continué à connaître des difficultés financières juste après mes débuts. J’ai donc choisi d’accepter tous les travaux qui se présentaient à moi, quels qu’en soient le genre ou le sujet, afin de pouvoir me loger et me nourrir. C’est pourquoi j’éprouve un profond respect pour ceux qui parviennent à concilier une identité artistique forte et des travaux commerciaux.
Quel Pokémon préférez-vous dessiner ?
Comme je l’ai dit tout à l’heure, j’ai choisi le dessin comme profession. Lorsqu’on dessine des œuvres pour lesquelles des gens sont prêts à payer, l’essentiel est de représenter au mieux le sujet qui nous est confié. Si j’y parviens, on me confie ensuite le projet suivant. Afin d’élargir le champ de mon activité et le volume de mon travail, j’ai mis de côté mes goûts personnels, ainsi que mes points forts et mes points faibles.
Il n’y a donc aucun sujet en particulier que je préfère dessiner.
Ma plus grande joie est simplement de voir prendre forme quelque chose qui, auparavant, n’existait que dans mon esprit.
Vous avez aussi participé au développement artistique de l’univers du jeu Culdcept. Pouvez-vous nous en parler ?
C’est un jeu vidéo qui s’apparente à un mélange entre le Monopoly et un jeu de cartes à collectionner. La série compte près de trente ans d’histoire. Le nouvel opus, qui sort cette année, a été développé par une autre équipe et mon travail n’y figure pas. En revanche, j’ai été immédiatement captivé par son univers de High Fantasy, très différent de celui des jeux japonais de l’époque, ainsi que par son gameplay particulièrement original.
Grâce à une mise en relation effectuée lors de mon travail sur le jeu de cartes Shin Megami Tensei : Devil Children, j’ai pris contact avec l’équipe et ai finalement eu l’opportunité de participer au projet. Au total, j’ai réalisé près d’une centaine d’illustrations. Avec le recul, c’est peut-être le seul projet sur lequel j’ai travaillé uniquement par plaisir.
Dans la série Final Fantasy, quels thèmes ou personnages vous inspirent le plus ?
La majeure partie de mon travail sur Final Fantasy a été consacrée au onzième épisode, mais ce qui m’a le plus inspiré, c’est l’univers de Vana’diel lui-même, ainsi que son concepteur, Kenichi Iwao.
À ma connaissance, Kenichi a introduit dans l’industrie japonaise du jeu vidéo des éléments rarement abordés à l’époque dans la antasy d’inspiration occidentale : des armes et des armures inspirées de nombreuses cultures du monde, ainsi que des éléments authentiques issus de l’escrime occidentale.
Il a découvert un ouvrage auquel j’avais collaboré, Arms and Armors : An Illustrated Guide to Weapons and Armor (publié par Shinkigensha), pour lequel j’avais réalisé de nombreuses illustrations au crayon représentant des guerriers et des soldats, de l’Antiquité au Moyen Âge. C’est ce qui l’a conduit à me contacter. Par la suite, il m’a également invité à collaborer avec lui sur les trois films de la trilogie Berserk : L’Âge d’or.
J’ai également entendu dire que ce livre avait servi de source d’inspiration à plusieurs créateurs de jeux et d’autres œuvres, et que M. Miura, l’auteur de Berserk, en possédait lui aussi un exemplaire comme ouvrage de référence.
Vous avez fondé 312STUDIO Inc. Envisagez-vous de le développer davantage et d’y associer d’autres créateurs ?
Les statuts de l’entreprise sont rédigés de manière à ce que ce soit possible mais, pour l’instant, je n’ai aucun projet concret en ce sens.
Par Quentin GUILLIER Akira OIKAWA Kelian NGUYEN Romuald LEFEBVRE
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