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Très bon
22 mai 2026
Le fait est que le film « Les Rayons et les ombres » de Xavier Giannoli a un certain succès. Beaucoup l’ont aimé, d’autres ont critiqué le fait que l’on s’appliquait à mettre beaucoup de nuances autour des personnages principaux du film : Jean Luchaire, un collaborateur cynique proche de l’ambassadeur nazi et complice de ses crimes, et le nazi convaincu qu’était Otto Abetz, agent d’Hitler dès les années 1930, employé à compromettre autant qu’il l’a pu la fine fleur de l’intelligentsia française. L’un et l’autre sont pourtant d’authentiques salauds, antisémites et artisans de la spoliation des biens juifs.
Ce qui est intéressant dans cette bande dessinée, c’est que l’homme qui a arrêté Abetz est un Juif allemand arrivé sans papiers avec sa famille en France, fuyant le régime nazi, interné en 1939 comme « ressortissant d’un pays ennemi », engagé dans la Légion étrangère puis enrôlé dans un maquis de la Résistance. Une grande partie de sa famille a disparu dans la Shoah. Il s’agit de Joachim Eisack, dont le nom de résistant est Richard Ezak. Il parle parfaitement l’allemand et son travail a permis de récupérer le trésor de guerre d’Abetz et de ses complices, qui leur servait à financer leur cavale (pièces d’or, œuvres d’art, etc.).
L’autre chose que l’on apprend dans ce livre scénarisé par le petit-fils de Joachim Eizack, c’est qu’Abetz s’en sortira bien, condamné à vingt ans de réclusion et finalement rapidement gracié par le président de la République René Coty. Il est mort sans avoir été spécialement inquiété, tentant même de se faire recruter par la Communauté Européenne, mais dans des conditions suspectes.
Eizack, de son côté, n’a jamais été reconnu par la République et, ayant finalement obtenu la nationalité française pour sa famille, dégoûté par la mansuétude de la France vis-à-vis d’Abetz, ne remit plus jamais les pieds dans l’Hexagone et mourut seul en 1952 à Munich.
C’est grâce à l’enquête de son petit-fils Didier Eisack que l’on a accès à son histoire. Voilà qui éclaire sous un jour un peu plus contrasté les rayons et les ombres d’un divertissement historique un peu désinvolte.
Par Didier PASAMONIK
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Un livre publié en coédition avec la Direction de la mémoire, de la culture et des archives (DMCA) du Ministère des armées.
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