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Excellent
27 juillet 2024
Lors d’un après-midi d’été dans une station balnéaire, trois ados attaquent un vendeur de glaces à l’acide. C’est le déclencheur immédiat de la trame qui nous attire vers le monde tridimensionnel de pixels d’EMG, et fait baisser la garde aux lecteurs peu attirés par son esthétique.
Deux des suspects, dont l’un gravement blessé, sont retrouvés dans une piscine vide. Le troisième, Julien, reste introuvable. Dans cet avenir uchronique, l’hôpital et la police ont fusionné, et ce sera donc la mission de l’inspectrice-oncologue Lili Stuf, et son assistante, de dévoiler toute la vérité autour de l’incident. Notamment en soumettant les suspects à des examens médicaux et des tests psychologiques pour reconstituer les événements. L’enquête s’avère bien compliquée de par la ressemblance troublante entre les deux adolescents appréhendés, un garçon et une fille, si bien que leurs caractères sont diamétralement opposés.
Pendant que l’investigation progresse, avec de moult rebondissements, la disparition de Julien ajoute une couche de mystère. Et ce sera la tâche des lecteurs, tout comme celle des enquêteurs, d’assembler les pièces du puzzle pour établir la vérité.
Iconique et étonnant, le style elliptique et tridimensionnel d’EMG, nous livre une histoire intrigante, oscillant entre thriller hitchcockien et réflexion sur la justice, avec un bon nombre d’artifices formels et graphiques pour maintenir les yeux, et le cerveau, des lecteurs engagés du début jusqu’à la fin de l’album.
Entrer dans Grandes Kitty Z97, c’est comme suivre les personnages principaux à travers un labyrinthe de formes géométriques, révélant d’autres réalités possibles dans les interstices des volumes.
Les mathématiciens, les adeptes des polars et les accros aux casse-têtes, auront sans doute leurs comptes avec ce récit, pourtant teinté d’humour du début jusqu’à la fin. Après avoir captivé son lectorat en 2020 avec La Vague gelée, EMG poursuit sa technique BDtronique inaugurée en 2012 avec Tremblez enfance Z46. Son style unique, où des créatures humanoïdes semblables à des figures de jeu d’enfant évoluent dans des architectures colorées et surréalistes, n’a rien perdu de son charme insolite.
Dans ce nouvel opus, les héros sont confrontés à une administration oppressante, voire plus “carrée” qu’eux mêmes, et doivent naviguer entre la crainte de l’oppression et leur instinct de survie.
EMG ne guide pas son lecteur. Il préfère plutôt faire comme dans la Marelle de Cortazar : l’encourager à faire usage de sa propre créativité pour déchiffrer un récit où progression et recul sont nécessaires pour en comprendre la trame.
La pagination -non chronologique- ajoute un défi supplémentaire au lecteur, mais révèle la rigueur sous-jacente de l’auteur. Grandes Kitty Z97 s’inscrit brillamment dans la série des « Z », des œuvres employant un code de lecture pour initiés, alliant modernité et hommage aux arts visuels et narratifs.
Avec ce dernier album, EMG nous confirme son talent pour créer des récits immersifs et exigeants, où chaque détail compte et chaque lecteur est invité à devenir détective de sa propre lecture. À déguster au bord de la piscine en été…
Voir en ligne : Grandes Kitty Z97
Par Jorge SANCHEZ
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Grandes Kitty Z97- Par EMG. Éditions Tanibis. 104 pages en quadrichromie - 19€.
– La chronique "Tremblez enfance Z46" par Morgan Di Salvia
– La chronique "Lecture en confinement #40 : "La Vague gelée"