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Très bon
17 septembre 2024
Eyes without a face est d’abord une chanson de Billy Idol et du guitariste Steve Stevens, en 1984. Son titre fait référence, selon Wikipedia, aux Yeux sans visage (1959), de Georges Franju, dans lequel un chirurgien tente de reconstituer le visage de sa fille défigurée suite à un accident dont il est responsable. Ce film est adapté du roman éponyme de Jean Redon. Pedro Almodovar (dans La Piel que habito soit la peau que j’habite) quelques décennies plus tard, explorera également cette idée...
Cette histoire grinçante a pour « héros », Sylvain Fardot au nom prédestiné. Sylvain est acteur. Enfin, était. Car voilà, les scénaristes de la série « Un si beau bonheur » dans laquelle il jouait ont décidé de tué son personnage dans un crash d’avion dans le triangle des Bermudes.
Il faut se méfier des triangles en général : ils ont parfois l’indélicatesse de vous propulser dans un cercle type roue de hamster. Et celui des Bermudes plus particulièrement, tant il peut être apprécié de scénaristes pressés.
Depuis cette sortie brutale de la série et des plateaux, Sylvain, malgré la prise régulière de comprimés homéopathiques -dont la marque est citée dans la BD- remonte assez peu la pente. Il mange des céréales au chocolat dans un bol à son prénom, couché dans son lit en regardant des vidéos sur son ordinateur. Là haut sur la montagne, dans la maison familiale. Il devient un poids pour ceux qui croisent sa route.
« Stéphanie, tu sais très bien que depuis mon burnout d’il y a deux ans, j’ai des séquelles. Je suis dans l’incapacité motrice de faire le ménage. » (page 20).
Dans cette comédie humaine, Sylvain se recentre sur le noyau familial : ses parents, qui l’hébergent ainsi que Stéphanie, sa sœur. Ses contacts avec le monde extérieur sont peu concluants, que ce soit au bar Le Balto ou au supermarché.
Dépité de ne pas être reconnu, Sylvain échange son manteau en fourrure pour un blouson en cuir, garde ses lunette de vedette opaques, se perce l’oreille pour y accrocher une croix et se teint les cheveux en blond. La coquille reste vide : Billy Idol n’est pas dans ce corps. Assez pathétique, le personnage en devient touchant dans sa tentative de faire de sa vie, un rôle. La réussite ne sera toutefois pas au rendez-vous.
Il imagine alors écrire une autobiographie. L’inspiration lui manque assez vite ; sans doute que la vacuité de ses journées y est pour quelque chose.
« et moi, j’ai mon chat de quand j’étais enfant qui a vécu une expérience de mort imminente assez dingue. Après Caramel, il était changé quoi… » (page 31). Pas sûr que ce soit un argument convaincant pour ressusciter son personnage dans la série.
Les parents du héros, Sylvie et Patou (sans oublier le toutou, un bichon maltais) passent leurs journées et vivent devant la télé : une « vie par procuration » comme le dit une autre chanson. C’est pratique le petit écran ; routine confortable qui évite de se parler. Pourtant cette fuite masque peut-être une lassitude ou une incapacité à surmonter les coups durs ou seulement la peur de souffrir. A chaque lecteur de faire son interprétation.
« Sylvain, c’est môman Ouvre la porte Si ça se trouve il fait une connerie » (page 58).
« Je comprends votre désarroi mais la télé est un peu plus forte chaque jour Ça fera pas revenir Sylvain, hein On s’entend plus penser » (page 97)
L’histoire fonctionne autour de Sylvain et de Stéphanie. Elle tente de gérer son bébé, Nolan, le service dans une station du même nom et la fameuse charge mentale des tâches quotidiennes (ménage,…). Seul personnage ancré dans le réel et qui n’est pas dupe de l’hypocrisie et de l’égotisme de son frère.
Les réparties touchent justes. Les années 80 viennent percutées la superficialité et les engagements de façade du personnage et sans doute, pour une part, de l’époque actuelle. Quant au retour du héros à la célébrité, ce sera à l’image du personnage et à découvrir dans cet album dont on ne saurait trop recommander la lecture.
Le lecteur verra une absence curieuse, celle du point, à la fin des phrases. Différents signes de ponctuation : points d’interrogation, d’exclamation, de suspension et même quelques virgules (égarées ?) mais pas de point dans les phylactères (bulles). Mais ne pinaillons point trop.
"I’m all out of hope (J’ai perdu tout espoir),
One more bad break (Encore une mauvaise rupture)
Could bring a fall (Qui pourrait me faire souffrir)" Billy Idol
Par Christian GRANGE
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