Bon
18 septembre 2024
L’histoire de Hitomi commence par une tragédie : la jeune héroïne voit toute sa famille assassinée par un samouraï "à la peau couleur betterave". Décidée à venger ses proches, elle parcourt les routes du Japon pour devenir samouraï à son tour. Le hasard du destin fait qu’elle tombe sur celui qu’elle cherchait à tuer, le célèbre samurai noir, Yasuke. Vieilli et en quête de paix, le guerrier la prend sous son aile afin de lui enseigner l’art du sabre, sans connaître ses véritables intentions, créant ainsi un duo à la Lone wolf and cub...
Le personnage de Yasuke, inspiré d’un véritable esclave africain devenu samouraï, a gagné depuis quelque temps une certaine renommé avec quelques adaptation au 9e art et une série animée sur Netflix de gros budget. Arrivé au Japon après avoir été enlevé de sa terre natale et vendu comme esclave, Yasuke est entré au service du Seigneur Nobunaga. Son érudition et sa maîtrise des langues, acquises auprès des jésuites, lui ont permis d’échapper à un destin tragique et de s’élever au rang de samouraï, un titre rarissime pour un étranger dans le Japon de l’époque.
L’album imagine la suite de la vie de Yasuke, après la mort de son maître, là où les archives historiques se taisent. Le scénariste HS Tak explore la question de ce qu’il est devenu après la chute de Nobunaga. A-t-il suivi la tradition des samouraïs en se faisant hara-kiri, ou a-t-il cherché à survivre et à trouver la paix dans un monde violent ?
Le cœur du récit réside dans la relation entre Hitomi et Yasuke. Alors qu’Hitomi cherche à assouvir sa vengeance, Yasuke aspire au calme et à la rédemption après une vie de combats. Leur complicité évolue lentement, chaque personnage trouvant en l’autre un chemin vers l’apaisement. Mais la vie d’un samouraï devenu rōnin est semée d’embûches et le deuxième acte de l’album fait monter la tension, menant à des affrontements sanglants.
Le point fort de l’album est sans doute son esthétique. La dessinatrice, Isabella Mazzanti, s’emploie dans un registre qui lui est cher et dont elle a découvert les secrets après des études de beaux arts en Chine. Quant à la coloriste, Valentina Napolitano, sa dextérité s’illustre par un chromatisme jouant sur les états d’esprits et le rythme narratif, tout en s’inspirant de l’univers des estampes traditionnelles japonaises. Une maitrise technique sublimée par le découpage de Nicoletta Bea alliant des compositions tanto dynamiques et sinueuses, tanto oniriques ou contemplatives. Dès la première planche, les décors somptueux et des personnages finement stylisés nous transportent dans l’univers familier du japon féodal, avec ses rizières en terrasses et ses montagnes rappelant les ukiyo-e d’Hokusai.
La couverture, marquante, résume à elle seule la symbolique du récit : un imposant samouraï tenant une petite fille, entouré de violence et de mort, dans une palette de couleurs sobres rehaussées de touches de vermillon. Les illustrations, combinées aux couleurs raffinées de Napolitano, donnent à l’album une atmosphère unique, jouant sur l’esthétique traditionnelle nippone et les recours du comic contemporain.
Bien que le récit nous soit familier par son intrigue de vengeance, il se distingue par son approche réaliste et son rythme posé. HS Tak choisit de ne pas se concentrer uniquement sur l’action, en priorisant l’exploration de la complexité psychologique de ses personnages et la la vie d’un rōnin dans le Japon féodal. Ce choix narratif confère à l’œuvre une profondeur inattendue, tout en maintenant l’intérêt du lecteur.
Sans être révolutionnaire, l’album offre une réflexion intéressante sur la vengeance, la rédemption et la survie dans un monde impitoyable, porté par des personnages attachants et un graphisme superbe. Une œuvre à découvrir, que l’on soit amateur de BD ou passionné par le Japon des samouaïs.
Par Jorge SANCHEZ
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Hitomi - Par HS Tak et Isabella Mazzanti. Éditions Urban Comics. 144 pages - 20€.
– La chronique "Lone Wolf & Cub n°1 : En attendant la pluie" par Xavier Mouton-Dubosc