Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html

Swingin’ Dragon & Tiger Boogie, T. 2 & T. 3 - Par Koukou Haida - Ed. Mangetsu

Par Gaëlle BEDIS 11 juillet 2026 
Après un premier volume coup de cœur, la suite des aventures du groupe de jazz de Tora dans le Japon de l'après-guerre s'avère être comme son héroïne : chaotique, dispersée, un peu brouillonne mais attachante. Dans les tomes 2 et 3 de "Swingin' Dragon & Tiger Boogie", Koukou Haida semble tâtonner à la recherche des intrigues qu'il veut développer. Si son exploration maintient la curiosité pour la série qui se terminera en six volumes, elle engendre également une certaine frustration.

Après des débuts maladroits, la jeune Oto, surnommée Tora, est devenue la chanteuse officielle de l’ensemble de jazz dans lequel joue le contrebassiste Odajima, qu’elle soupçonne d’avoir été l’amant de sa sœur. Celui-ci semble cependant toujours souffrir d’une sévère amnésie, bien qu’il ait conservé toute sa virtuosité de musicien.

Swingin' Dragon & Tiger Boogie, T. 2 & T. 3 - Par Koukou Haida - Ed. Mangetsu
Swingin’ Dragon & Tiger Boogie, T. 3 - Extrait 1
© Koukou Haida

Le groupe, mené par l’énergique jeune femme et désormais baptisé Swingin’ Tiger Boogie, se produit devant les militaires américains du Camp Drake, mais son avenir n’en est pas assuré pour autant. Ses membres donnent tout pour accéder à la très convoitée « catégorie A spéciale », celle des musiciens à succès qui leur permettrait enfin de vivre de leur art.

Les places sont rares, la concurrence féroce et les obstacles nombreux. Entre la tentative d’enlèvement de Tora, orchestrée par son oncle qui veut la marier de force, et la résiliation brutale de leur contrat, sans préavis, à la suite d’un changement de commandement au Camp Drake, la situation se dégrade rapidement et les tensions montent au sein du groupe. Face à cette débâcle, le leader autoproclamé Maruyama revoit entièrement sa stratégie et décide de faire de Tora une véritable vedette. C’est alors que l’ensemble croise la route d’une autre « Tora », au talent plus que prometteur.

Ce n’est pas que l’on s’ennuie dans les tomes 2 et 3 de Swingin’ Dragon & Tiger Boogie, bien au contraire. Comme dans le tome 1, le récit reste dynamique, les personnages sont attachants et les scènes s’enchaînent avec fluidité. Le tout est servi par un dessin toujours un peu naïf, parfois inégal, mais qui traduit efficacement l’énergie et la spontanéité de Tora, ainsi que les tourments d’Odajima, de Maruyama ou encore de Shima, la timide pianiste de génie qui noue un lien particulier avec le contrebassiste.

En revanche, la profusion des intrigues et leur traitement — ou parfois leur absence de traitement — par Koukou Haida se révèlent assez contre-productifs. Entre celles qui tournent en rond, celles qui partent dans toutes les directions, celles qui s’interrompent brutalement et celles qui sont abandonnées en cours de route, le lecteur finit par ne plus savoir où donner de la tête, ni même si l’auteur sait précisément où il souhaite conduire son récit, alors que la série a déjà atteint sa moitié.

Swingin’ Dragon & Tiger Boogie, T. 3 - Extrait 2
Quand Tora rencontre Tora
© Koukou Haida

Ainsi, la quête initiale de Tora, qui consistait à faire retrouver la mémoire à Odajima afin qu’il se souvienne de sa sœur, est presque reléguée au second plan dans ces deux volumes, davantage centrés sur la carrière du groupe et sur les manœuvres de Maruyama pour assurer sa stabilité financière.

L’épisode de la tentative d’enlèvement de Tora se conclut de manière expéditive — certains diraient même bâclée — alors qu’il s’annonçait particulièrement prometteur et aurait permis de mieux comprendre pourquoi la jeune fille tient tant à fuir sa famille malgré son jeune âge.

La séquence consacrée à Someka, prostituée au grand cœur, dotée d’une forte personnalité et amie de Tora, ne fait guère progresser l’intrigue. Elle semble surtout avoir pour fonction de montrer les coulisses de la réalité sociale d’un Japon vaincu, en pleine reconstruction. Plusieurs passages souffrent ainsi d’un traitement parfois un peu simple, voire simpliste, voire manichéen.

Swingin’ Dragon & Tiger Boogie, T. 3
© Koukou Haida

Cependant, Koukou Haida parvient à maintenir un cadre historique cohérent et confère à chacun de ses personnages une personnalité suffisamment affirmée pour le rendre identifiable. Tous ne sont pas attachants, loin s’en faut, et c’est particulièrement vrai des personnages masculins, qui subissent souvent les événements et passent davantage de temps à se plaindre qu’à agir. Odajima apparaît ainsi comme un personnage assez antipathique, en raison de sa froideur et de son attitude ambiguë, mais ses fragilités émotionnelles le rendent également fascinant : il ne souhaite pas être sauvé, malgré la souffrance qui l’habite. De son côté, Maruyama dissimule une peur panique de l’avenir derrière ses fanfaronnades et son autoritarisme.

Ce sont finalement les femmes, Tora en tête, qui font véritablement avancer le récit. C’est par Tora, Someka ou Shima que les événements se mettent en mouvement. La rivalité naissante entre les deux Tora, qui conclut le troisième volume, s’annonce particulièrement prometteuse, et l’on espère que Koukou Haida saura l’exploiter pleinement dans le quatrième tome, paru tout récemment.

Par Gaëlle BEDIS

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Acheter


Code EAN : 9782382813249

Swingin’ Dragon & Tiger Boogie, T. 2 - Paru le 20/08/2025
Swingin’ Dragon & Tiger Boogie, T. 3 - Paru le 18/03/2026

Swingin’ Dragon & Tiger Boogie Mangetsu ✏️ Koukou Haida Histoire Drame Musique Japon
 
CONTENUS SPONSORISÉS  
PAR Gaëlle BEDIS  
A LIRE AUSSI  
BD d’Asie