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Cab (Hiver nucléaire) : « Je suis douloureusement montréalaise » [INTERVIEW]

Par Akira OIKAWA 10 décembre 2025 
Dans un Montréal enseveli sous la neige suite à un accident nucléaire, la jeune Flavie livre bagels, boissons et médicaments dans toute la ville. En dépit de la catastrophe, des mutations, et de la neige perpétuelle, la jeune femme refuse de partir. Montréal, c'est toute sa vie. Dans Hiver nucléaire, la bédéiste québécoise Cab emmène le lecteur dans un futur peut-être pas si irréaliste que ça, où la ville est constamment enneigée. ActuaBD a pu rencontrer l'autrice, qui nous a montré l'envers du décor.

Bonjour Cab, alors, qui êtes-vous ?

Cab : Bonjour. Je suis bédéiste québécoise depuis 2012. J’ai publié les trois tomes d’Hiver nucléaire, de 2012 à 2018. J’ai aussi publié un livre qui s’appelle Utown, sorti en 2022. J’ai fait aussi des couvertures et des illustrations pour des romans jeunesse. Puis, entre tout ça, je travaille sur mes projets personnels.

Cab (Hiver nucléaire) : « Je suis douloureusement montréalaise » [INTERVIEW]
Cab
Photo DR
Dessiner, dessiner, et toujours dessiner
© Cab - Front Froid

Et quel est votre parcours ?

Cab : Je dessine depuis que je suis ado, et j’ai décidé d’étudier en graphisme. C’était entre le graphisme et le dessin animé. Il y avait un programme de dessin animé qui venait de commencer au collège où j’ai étudié. Puis après ça, je n’ai juste jamais arrêté de dessiner finalement.

Les décors qui deviendront le théâtre de l’intrigue
© Cab - Front Froid

Et ça raconte quoi, Hiver nucléaire ?

Cab : Hiver nucléaire, c’est une comédie de science-fiction qui suit Flavie, qui est livreuse à motoneige dans un Montréal perpétuellement enneigé à la suite d’un accident dans une centrale nucléaire fictive. Il se trouve que la neige est radioactive, mutagène. Et Flavie va rencontrer toutes sortes de clients pour toutes sortes de commandes. Puis, ça suit un peu son parcours dans ce sympathique univers postapocalyptique.

Flavie, livreuse à motoneige, dans un Montréal piégé dans un hiver perpétuel
© Cab - Front Froid

Comment est née l’histoire d’Hiver nucléaire ?

Cab : C’est vraiment né d’une observation après un hiver typique montréalais. Ça devait être au mois de mars où je marchais sur la rue. Il y a toujours une période à Montréal, entre la fin de la fonte des neiges et l’arrivée du vrai printemps, où les rues sont vraiment sales de toute l’accumulation de l’hiver. Les poubelles pas ramassées, l’abrasif qu’on met sur les trottoirs, c’est vraiment moche. Je me disais, c’est tellement laid après un hiver. Je me suis demandé à quoi ça ressemblerait après un hiver qui dure comme dix ans, ou un hiver qui dure toujours. Je me suis demandé, bon, qu’est-ce qui pourrait causer un hiver perpétuel ? Puis là, j’ai fait le lien entre un hiver nucléaire, dans le vrai sens du terme. J’avais un concept, ça a pris quelques semaines avant de trouver des protagonistes. Puis c’est difficile, il y a une intrigue autour de ça, mais le concept s’est manifesté super vite. Là, c’était comme, vraiment, c’est un éclair.

Et c’est comme ça que ça commence...
© Cab - Front Froid

Au moment où on se parle, il fait -15 degrés à Montréal. Est-ce que Hiver nucléaire pourrait être une réalité un jour ?

Cab : Non, pas vraiment. Je pense qu’il ne faut pas prendre ça trop au premier degré. C’est, ni une fable écologiste, ni de la science-fiction d’anticipation. Même depuis 2012, on n’a plus les mêmes hivers qu’on avait quand j’ai commencé la BD, ça a changé vraiment vite. C’est un hiver nucléaire, qui aurait pu être causé par une comète, un volcan. Mais pas dans ce que moi je fais dans la BD, qui est une défaillance dans une centrale fictive.

Il ne faut pas prendre ça comme de l’anticipation. Je pense que la chose qui est la plus « science-fiction » qui est arrivée pour de vrai dans Hiver nucléaire, c’est l’arrivée de services de livraison qui livrent tout. Quand j’ai commencé à écrire en 2011, il n’y avait pas de UberEats, tu ne pouvais pas te faire livrer tout ce que tu voulais à tout moment du jour. C’était même très, très farfelu. Maintenant, c’est possible de se faire livrer une canette de Coca ! Je pense que j’ai réussi à mettre le doigt sur quelque chose qui me semblait de la science-fiction en 2012, mais qui n’a rien à voir avec la météo. Dans le cas de Hiver nucléaire, je me basais sur les courriers à vélo qui livrent des documents dans le centre-ville. Mais jamais je n’aurais pensé que nos villes seraient envahies de livreurs surmenés et mal payés... Est-ce que j’ai inventé UberEats ?

Le travail, le travail !
© Cab - Front Froid

Hiver nucléaire est d’abord sorti en 3 volumes, avant d’être compilé dans une intégrale. Comment ça s’est fait ?

Cab : C’est un projet qui était ambitieux pour moi à l’époque. Je voulais faire un webcomic à la base. 2014, c’était un peu l’âge d’or du webcomic, il y avait des modèles de monétisation qui étaient robustes. Moi, j’ai décidé de faire un webcomic parce que je n’avais pas de connaissances sur le monde de l’édition au Québec. Ce n’était pas du tout mon milieu littéraire ou artistique.

L’histoire d’Hiver nucléaire est tellement simple et concentrée autour d’un seul personnage que j’ai miraculeusement réussi à pas trop me tirer dans le pied. Après ça, une fois que j’ai eu un éditeur, je me sentais plus encadrée, j’avais accès à d’autres bédéistes avec qui je pouvais partager des trucs de scénario. Je ne savais pas vraiment ce que je faisais au début, je n’ai pas de formation en écriture, je n’avais jamais écrit d’histoire longue comme ça, et je suis un peu étonnée que ça ait fonctionné.

Hiver nucléaire a commencé en webcomic, puis en trois tomes, puis en intégrale. Ci-dessus, la couverture du tome 2
© Cab - Front Froid

Comment êtes vous justement arrivée chez Front Froid ?

Cab : Front Froid, à l’époque, publiait uniquement des BD en noir et blanc, puis ils ont lancé la collection Anticyclone, qui était leur première collection de romans graphiques. Moi, ça faisait trois, quatre mois que je publiais Hiver nucléaire en ligne. C’est mon amie Boum qui m’a présentée à Gautier Langevin et Olivier Carpentier, les fondateurs de Front Froid. Gautier a vu le travail que j’avais fait sur Hiver nucléaire, et il m’a gentiment poussée à soumettre le projet pour Anticyclone. C’était le premier livre que Front Froid faisait en couleur, c’était un gros risque financier, parce que Front Froid était un organisme à but non lucratif à l’époque. Ce n’était clairement pas une grosse maison d’édition. Ils prenaient un gros risque en faisant de la couleur, avec des coûts de production qui étaient vraiment plus élevés, mais je pense que ça a payé à long terme.

Contre le froid, on n’est jamais assez équipé !
© Cab - Front Froid

Cette œuvre se passe à Montréal, au Québec. Considérez-vous que c’est une œuvre québécoise ?

Cab : J’ai vraiment assumé le côté très local. Je suis douloureusement montréalaise, ça fait vraiment partie de ma personnalité. Je voulais illustrer la relation amour-haine qu’on a avec l’hiver ici. Flavie est très à l’aise en extérieur, Marco, lui, est très casanier, il est en déni total de l’hiver, il sort mal habillé puis il se plaint du froid, il se fait tout livrer. J’aimais ça, peupler les rues avec des gens qui avaient des habits un peu particuliers, les mutants aussi, qui sont un écho aux sans-abris pendant l’hiver. Les thématiques sont très québécoises : les appartements mal isolés, et une espèce de jeunesse qui habite à Montréal l’hiver et qui attend juste l’été.

Marco ne sort pas de chez lui et préfère accueillir les autres
© Cab - Front Froid

On reconnaît aussi plusieurs lieux emblématiques de la ville, le panneau des Farines Five Roses, la rue Saint-Denis avec le restaurant Schwartz’s…

Cab : Je voulais vraiment que Flavie passe par des lieux iconiques, parce qu’on est tous un peu chauvins. Quand je vois Montréal dans un film, je suis comme « oh, je reconnais ça ! » Quand les gens se reconnaissent dans des œuvres, ils sont plus investis. Moi, ça faisait longtemps que je dessinais des décors. J’aime presque plus dessiner des décors que des personnages ! J’aimais dessiner des immeubles de Montréal dans le futur, à quoi ils ressembleraient sous les assauts de la neige. Un vieux triplex qui a 100 ans, avec 10 ans de neige par-dessus, c’est ça qui m’intéressait.

Des lieux iconiques de Montréal !
© Cab - Front Froid

Et maintenant, cette histoire québécoise est en France, n’est-ce pas ? Comment ça s’est passé ?

Cab : Chez Steinkis, ils ont été très diplomates en me disant : « si on veut le sortir en France, on va adapter le langage ». Le texte d’Hiver nucléaire a tellement été adapté du webcomic jusqu’à l’intégrale. À chaque fois qu’on faisait une nouvelle itération, on changeait le texte. Quand est arrivé le temps d’éditer le texte pour la France, j’ai modifié la syntaxe pour que ça soit comme un petit peu plus accessible. Le parler québécois, on peut le garder sans le dénaturer. Mon éditeur m’a envoyé une liste de modifications que j’approuvais, que je modifiais ou que je rejetais, et j’ai toujours eu le droit de veto. Il n’y a pas eu de modification sans mon consentement.

Le parler québécois qui donne toute sa texture à la langue
© Cab - Front Froid

Et après Hiver nucléaire en webcomic, en trois tomes, puis en intégrale, quels sont vos prochains projets ?

Cab : Là, je travaille sur une BD de science-fiction avec Gautier Langevin et Jeik Dion, qui s’appelle Pupilles. C’est un livre de science-fiction, de robots géants, et de jeux vidéo. Ce sont vraiment des thèmes qui nous sont très chers. Si tout va bien, il sort en automne 2026.

Par Akira OIKAWA

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Code EAN : 9782368469286

Hiver nucléaire, par Cab, éditions Front Froid (Québec), éditions Steinkis (France), paru le 16 octobre 2025. 24 €.

Nos remerciements à Cab pour avoir répondu à nos questions.

Steinkis Front Froid - Nouvelle Adresse ✏️ Cab - Caroline Breault Vie quotidienne Post-apocalyptique Québec (Canada) Québec
 
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