Pas mal
1er décembre 2025
À la Saint-Jean, le 24 juin, c’est jour de fête nationale au Québec : difficile de croire que c’est le début de l’été lorsque l’on voit Flavie débouler sur son bolide, glissant sur des dizaines de centimètres de neige. Beaucoup de locaux ont quitté la ville après la catastrophe nucléaire, mais tous n’en avaient pas les moyens. Après avoir effectué ses livraisons à domicile — elle est l’une des seules de la ville à avoir la possibilité de se déplacer sur de longues distances — elle aspire à un peu de repos auprès de son « cheum » (dont elle est donc la « blonde »). Mais Fred file bien vite : il est conducteur de chasse-neige… Pour la remercier de lui avoir fait une livraison alors qu’elle était en congé, son amie Léonie l’invite à déguster une poutine. C’est là qu’apparaît Marco, un jeune homme très populaire, qui trouble beaucoup Flavie. Lors d’une nouvelle livraison en dehors de la ville, elle se rend compte qu’elle est arrivée au domicile de Fred et de ses colocataires.
Le récit de ce troisième récit de la collection Aux Confins de Steinkis se centre sur les relations amicales et sentimentales qu’entretient Flavie avec celles et ceux de son âge, à l’entrée dans l’âge adulte : espoirs, confiance, amitié. On ne voit d’ailleurs que des personnages de cette tranche d’âge, comme si les parents et les enfants s’étaient évaporés. Curieusement, le contexte post-nucléaire ne sert que de décor et, hormis des conséquences physiques sur quelques animaux et habitants (certains d’entre eux ressemblent tout de même à des monstres) dont on ne sait rien de plus, il n’est guère question d’écologie, de conflits sociaux engendrés par cette situation catastrophique ou de mise en cause d’ingénieurs ou de personnalités politiques. On s’attend à tout moment à une rupture dans le récit, mais elle ne survient pas. Bien des fils sont tirés, mais peu sont exploités. À l’issue de 250 pages de lecture, plaisante au demeurant, on a le sentiment qu’on aurait pu continuer encore longtemps sans se lasser, mais sans être franchement emballés non plus. Cette impression est probablement liée au format d’origine : d’abord publié comme série à suivre sur le site de l’autrice, Cab, l’histoire a par la suite été publiée en trois fois chez Front Froid, de 2014 à 2018.
En trois chapitres (plus un bonus), correspondant à chacun des précédents tomes, Cab présente un dessin semi-réaliste, expressif et assez attirant. On avait évoqué lors de la présentation de la rentrée de Steinkis les difficultés que pouvaient entraîner l’importation d’une œuvre d’un continent à un autre, et ce même si on reste dans l’espace francophone : est-ce pour cela qu’on est bien en peine de classer ce livre dans tel ou tel style ? Quant au travail de « traduction », il a probablement été fastidieux. Demeurent des expressions québécoises, parfaitement compréhensibles pour un lectorat français, mais qui certifient à 100 % l’origine du produit.
Par Damien BOONE
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