Favori de la rédaction
22 avril 2025
Fabien Nury, scénariste multi-récompensé et Brüno, au dessin reconnaissable (et reconnu !) entre tous, sont complices de longue date. Ensemble, ils n’en sont pas à leur coup d’essai, ayant déjà réalisé plusieurs coups de maître, dont on retiendra tout particulièrement la série Tyler Cross (2013 à 2018) et L’Homme qui tua Chris Kyle (2020). On est donc plus que ravis de les retrouver pour leur nouveau projet en plusieurs volumes, dont voici le premier : Wilbur.
Wilbur H. Arbogast est (ou plutôt) était un écrivain assez en vogue durant l’entre-deux-guerres, avant que sa carrière ne s’arrête brutalement. C’est dans une librairie de San Francisco, en 1949, que Morris Millman, un agent littéraire, par ailleurs grand fan de Wilbur, le rencontre. L’occasion est trop belle, et Millman est prêt à tout pour relancer la carrière de Wilbur, d’autant que celui-ci lui fait part de son dernier projet littéraire. Jusque-là, rien que de très normal, sauf que le projet va bien au-delà du seul domaine littéraire, Wilbur entendant en faire la base d’une nouvelle religion. Rien de moins !
On n’en dira pas plus, d’autant que l’on ne sait pas encore tout de l’évolution de la série, mais on sent que l’histoire de Ron Hubbard, auteur de science-fiction, mais surtout fondateur de l’Église de scientologie, n’est pas bien loin. Il ne s’agit cependant pas d’une biographie de cet auteur, mais d’un récit de fiction, qui mêle la science-fiction certes, mais aussi le polar, ainsi qu’une belle réflexion sur le pouvoir (démiurgique) de tout auteur. D’où l’idée de suivre un auteur de pulp plutôt qu’un nouveau héros. Nury et Brüno se sont amusés à concocter un récit dans la lignée des journaux pulps des années 30-40, en y instillant une dimension assez jazz (Brüno explique [1] d’ailleurs le titre de cette série comme une référence à Miles Davis, période électrique), dont on ne sait donc trop où tout cela mènera (voire nous perdra !). Les auteurs le savent-ils d’ailleurs, le nombre de volumes n’étant pas déterminé et tout dépendra du succès (très probable) et de leur volonté (démiurgique) ?
Wait and see. D’ores et déjà, on peut se régaler de dialogues ciselés (cf planche ci-dessus), de cliffhangers réguliers et de scènes virtuoses.
Mais, surtout, cet album est un régal pour l’œil. Brüno sait utiliser le noir et une certaine ligne claire comme personne. Il est aussi à l’aise dans les scènes descriptives que dans celles de science-fiction, voire dans celles à caractère historique (on dirait le récit de la conversion de saint Paul tout droit sorti d’une BD catholique des années 50). Les sources auxquelles il puise sont nombreuses, le personnage de Wilbur (chapeau mou, lunettes réfléchissantes) n’étant, par exemple, pas sans évoquer le Julius Corentin Acquefacques de M-A Matthieu. Le choix d’un papier mat et d’une colorisation [2] très réussie, aux couleurs parfois tranchées, nous plonge à merveille dans cet univers de fiction.
On terminera par ce par quoi on aurait pu commencer : cette couverture particulièrement énigmatique et accrocheuse, avec Wilbur, tout petit, poursuivi par un immense chien ("Dog is god", nous dit à nouveau Brüno).
Dire qu’on attend la suite avec impatience relève de l’évidence.
Par Philippe LEBAS
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