Avec Dakota 1880, Appollo & Brüno revisitent avec talent et originalité l’univers de Lucky Luke

Par Dominique ERNST 11 novembre 2025 
Après Bonhomme ou Blutch, la collection Un Hommage à Lucky Luke, d’après Morris s’enrichit d’un album de belle qualité avec ce Dakota 1880 signé Appollo et Brüno. Au fil de sept courts récits, les deux auteurs mettent en scène un Lucky Luke au début de sa vie d’adulte, chargé d’assurer la sécurité d’une diligence traversant les États-Unis. Le cow-boy solitaire va croiser des personnages très divers, dans des situations classiques de l’histoire du Far West. Dans cet album, Appollo et Brüno se sont aussi amusés à glisser des informations inédites sur L’homme qui tire plus vite que son ombre : l’origine de son nom, l’intégralité des paroles de la célèbre chanson qui conclue ses aventures, voire son existence réelle au cœur du Far West…

La collection Un Hommage à Lucky Luke, d’après Morris est assez hétéroclite, avec du très bon – Blutch et Bonhomme (2 albums) – mais aussi du très moyen, tels les albums de Bouzard et de l’auteur allemand Mawil (qui n’apparaissent d’ailleurs même pas dans la page de cette collection sur le site internet de Dargaud). Avec Dakota 1880, Appollo et Brüno font assurément partie de la première catégorie et livrent un album très réussi, tant sur le fond que sur la forme. Le titre déjà, Dakota 1880, rend un discret hommage à la toute première aventure de Lucky Luke, Arizona 1880, publiée par Morris en 1946 dans l’Almanach Spirou. La structure de l’ouvrage est aussi bâtie sur le modèle d’un album de Morris et Goscinny publié en 1974, 7 Histoires de Lucky Luke, des récits parus dans l’éphémère mensuel dédié au cow-boy solitaire.

Avec Dakota 1880, Appollo & Brüno revisitent avec talent et originalité l'univers de Lucky Luke

Pour ces sept courts récits, Appollo et Brüno proposent leur version du personnage créé par Morris. Ils le mettent en scène au début de sa vie d’adulte, d’où l’absence des figures emblématiques de la série, comme Jolly Jumper ou les Dalton. Recruté comme shotgun chargé d’assurer la sécurité d’une diligence traversant les États-Unis, Lucky Luke va croiser des personnages très divers : des indiens, une femme qui rejoint son futur mari militaire qu’elle n’a encore jamais vu, deux poètes bagarreurs, un instituteur métis, une gamine qui tire presque aussi bien que lui, un photographe annonçant la fin prochaine du Far West ou une grand-mère et son petit-fils, Baldwin, sorte de fil rouge de cet album…

S’il se trouve parfois dans une situation difficile – étendu inconscient dans la neige ou pendu à un arbre, avant qu’une prêtresse vaudoue ne le ramène dans le monde des vivants –, le Lucky Luke de cet album annonce le héros que l’on connaît, soucieux de protéger la veuve et l’orphelin et de défendre les minorités. Mélancolique ou impitoyable sur certains récits (le crépuscule du Far West ou l’exécution par le feu d’un proxénète), cet ouvrage met aussi en scène des personnages de femmes fortes et lance quelques clins d’œil aux fans de la prodigieuse période Morris-Goscinny (« Encore des patates et du lard, j’en peux plus »).

Appollo signe un scénario de belle qualité où les sept récits s’inspirent souvent de faits classiques de l’histoire du Far West. Il dévoile aussi l’origine du patronyme de Lucky Luke (Luke le chanceux) et donne l’intégralité des paroles de la célèbre chanson qui conclut traditionnellement les aventures de L’homme qui tire plus vite que son ombre… Côté graphisme, Brüno livre comme à l’habitude un travail très réussi dans son style unique, magnifié par les couleurs de Laurence Croix.

En fin d’album, un court dossier signé Gustav Frankenbaum révèle que Lucky Luke n’est pas un personnage de fiction, mais qu’il a bel et bien été une figure historique du Far West, à l’instar de Billy the Kid, Calamity Jane ou Buffalo Bill. L’histoire du cowboy solitaire aurait été rendu célèbre par la publication de Western dime novels, ces petits romans populaires à deux sous publiés à la fin du XIXe siècle aux États-Unis. Mais cet article étayé par de nombreux arguments prend franchement l’eau lorsque le lecteur curieux découvre que Gustav Frankenbaum n’est autre que le nom de l’anthropologue qui se bat en duel au fleuret avec le tueur Nebraska Kid dans Les Collines noires, album de Lucky Luke signé Morris et Goscinny, publié en 1963… Décidément, Appollo aime bien jouer avec ses lecteurs…

Par Dominique ERNST

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Code EAN : 9782884715072

Dakota 1880 – Appollo & Brüno – Lucky Comics - Dargaud

Lucky Luke Dargaud Lucky Comics ✍ Appollo ✏️ Bruno Western France
 
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7 Messages :
  • Quoi ? Le Lucky Luke de Bouzzard est moyen ? Moi qui croyais naïvement que c’était l’un des albums les plus drôles que j’avais lu.
    Heureusement que la police du bon goût m’indique quoi penser.
    (non, franchement, vive Bouzzard, et pis c’est tout).

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    • Répondu par denis le 11 novembre 2025 à  15:00 :

      Bouzzard a fait des bons albums mais je trouve également son LL très moyen. Le Blutch est mon préféré parce que c’est aussi un fin connaisseur de LL et Morris

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  • pour le coup, j’étais très intéressé quand j’ai appris que Brüno faisait un album de Lucky Luke. Quel dessinateur talentueux !
    Mais je suis redescendu quand j’ai appris que c’était Appollo au scénario. Un scnériqte extrêmement médiocre qui ne compte pas un seul bon album dans sa bibliographie.
    Dialogues pourris et pompeux, récits grandiloquents bigger than life et empreints de philosophie de bazar ... Il échoue dans le sillage de Vehlmann (là où ce dernier excelle souvent).
    Appollo a merdouillé un album avec Trondheim, déjà un autre avec Brüno et pas mal de choses encore.
    Et là rien qu’à voir les quelques planches visibles sur cette page on retrouve directement toute sa patte. Et ce n’est pas un compliment.
    Quels dialogues ras de pâquerettes !

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    • Répondu par Appollo le 18 novembre 2025 à  07:20 :

      Me voilà habillé pour l’hiver (qui, heureusement, n’est pas très rigoureux à La Réunion).

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  • Le Lucky Luke de Bouzard est l’une des BD les plus drôles que j’aie jamais lues.

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    • Répondu le 12 novembre 2025 à  22:00 :

      Exact. Merci Bouzard, qui nous console de ces pauvres arnaques mercantiles

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      • Répondu le 13 novembre 2025 à  08:23 :

        Tous les albums de BD de presque tous les éditeurs sont des objets mercantiles. Ça s’appelle le commerce. La différence, c’est quand des artistes de talent, Blutch, Bouzard et les autres cités ici, s’emparent des contraintes mercantiles pour en faire quelque chose de nouveau ou de plus personnel.

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