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Août 1944 : récits de Libération

Par Didier PASAMONIK 24 août 2024 
Le 25 août 1944 signe la libération de Paris consécutive aux débarquements de Normandie (6 juin) et de Provence (15 août). On célèbre donc cette année ses 80 ans. Les auteurs de BD n’ont pas manqué de célébrer cette étape essentielle de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Avec trois façons de l’aborder : par la fiction, par le documentaire et par le témoignage. Tour d’horizon avec trois nouveautés paraissant ces jours-ci.

La fiction est particulièrement adaptée pour une audience jeunesse pour qui les atrocités de la guerre ne sauraient être contée dans leur traumatisante réalité. Et il faut bien le dire, la série des Enfants de la Résistance de Vincent Dugomier et Benoit Ers dont le tome 9 paraît précisément ces jours-ci est un modèle du genre. Intitulé Les Jours Heureux, ce tome 9 raconte le moment où la France apprend le débarquement des troupes alliées en Normandie, prélude à une fin probable de l’occupation allemande.

Ce nouveau paramètre change beaucoup de choses : le joug allemand pèse d’autant plus et augmente en férocité tandis que les collaborateurs, notamment ceux de la milice, dans la perspective d’un retournement de situation en leur défaveur, se mettent, avec davantage encore de sauvagerie, au service de l’occupant.

Face à eux, la Résistance est revigorée. Elle est surtout plus expérimentée qu’au début du conflit, plus nombreuse, rejointe par les Communistes et par une jeunesse qui a pris le maquis pour fuir le Service du Travail Obligatoire imposé par le régime nazi. Elle est mieux organisée, ravitaillée par les armées alliées et joue un rôle essentiel par leurs actions de sabotage pour entraver les contre-attaques de l’ennemi et favoriser l’avancée des libérateurs dans le pays.

Pour notre équipe de jeunes résistants, c’est aussi un moment de vérité. Le « Lynx », entité fictive qui les désigne, doit bientôt se dévoiler aux contacts de Londres avec lesquels il travaille secrètement depuis de nombreux mois. Mais que vont penser les autorités de la Résistance lorsqu’ils s’apercevront qu’ils ont des enfants comme interlocuteurs ?

Formidablement bien conçue, cette collection d’albums qui permet aux jeunes lecteurs de s’identifier aux enjeux de la période, est à chaque fois accompagnée de dossiers documentaires et de cahiers pédagogiques (que l’on peut télécharger gratuitement sur le site des éditions du Lombard) qui prolongent cette lecture. Cet accompagnement de qualité est sans doute à l’origine de son succès puisque plus de deux millions d’albums ont été vendus. Un travail remarquable.

Août 1944 : récits de Libération
Vincent Dugomier et Benoît Ers. En 9 tomes, leur série a vendu plus de deux millions d’exemplaires.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

L’approche documentaire

Dans leur collection Les Grandes Batailles de l’Histoire, les éditions Plein Vent publient le dernier opus du duo Jean-Francois Vivier et Régis Parenteau-Denoël. Ici, nous sommes comme dans un film documentaire. Le récit suit pas à pas les troupes du général Leclerc entre le Débarquement, où il se trouve sous le commandement des Américains et la libération de Paris. En coulisse, les tractations font rage, les Américains tentant de mettre le Général de Gaulle sur la touche pour imposer leur système de gouvernance de la France libérée. Mais l’homme du 18 juin a vu le coup venir et, avec l’aide de la résistance intérieure et des troupes de la France Libre, il arrive à mettre en place une administration dans les territoires libérés. Il obtient aussi à ce que les Français soient les premiers à entrer dans Paris où la population lui fait un triomphe, au grand dam de la résistance communiste qui aurait préféré garder la main.

Le récit de Vivier et Denoël est dans la ligne classique du roman national. Il a le mérite de rappeler les principaux faits et d’évoquer quelques figures qui ont contribué à la libération de la capitale française sans trop de dégâts. Il a l’intérêt, par son approche historiographique, proprement saint-sulpicienne qui mérite la nuance, de mettre en avant les grands hommes, d’éveiller, façon « Oncle Paul », le jeune lecteur à l’Histoire et de le pousser à creuser un peu plus loin. Ce n’est déjà pas si mal.

La voix du témoin

On ne peut passer à côté de ce qui constitue à la fois un témoignage et un document, l’album Madeleine résistante T. 3 de Madeleine Riffaud, Jean-David Morvan & Dominique Bertail. Nous l’avions annoncé voici quelques jours déjà (cf. Une rentrée résistante pour Jean-David Morvan).

C’est un témoignage exceptionnel car c’est une grand résistante d’obédience communiste, Madeleine Riffaud, qui vient de fêter ses cent ans en est la coautrice. Évidemment qu’à son âge, ce n’est pas elle qui tient la plume. Jean-David Morvan, qui campe littéralement chez elle depuis de nombreux mois, a recueilli son témoignage, a eu accès à de nombreux documents et photos de ses archives. Et mieux encore : comme Madeleine, poétesse, écrivaine, et journaliste de grand talent, a une mémoire précise, elle sait comment raconter l’histoire, jour après jour, pas à pas. Le jour de Libération de Paris, elle était là, les armes à la main. Torturée par la gestapo quelques temps plus tôt, elle a néanmoins réussi à s’arracher des griffes de ses tortionnaires.

Sa mémoire est précise, vive, passionnée. Morvan et Bertail concrétisent ses souvenirs, enquêtant, recoupant, quelquefois sur place, car Paris a changé en 80 ans, pour livrer non pas un documentaire, mais un document. C’est magnifiquement dessiné (ah ! ces camaïeux de bleu !), superbement raconté. Un sommet du genre, une référence, un album marquant, une sorte de « Paris brûle-t-il ?  » de papier.

Par Didier PASAMONIK

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9791034759668
Madeleine, Résistante Les Enfants de la Résistance Dupuis Le Lombard Plein Vent ✏️ Dominique Bertail ✏️ Benoît Ers ✏️ Régis Parenteau-Denoël Histoire Belgique France Paris Londres
 
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11 Messages :
  • Août 1944 : récits de Libération
    25 août 2024 08:05, par Eric B.

    C’est toujours très "amusant" ces artistes qui glorifient éternellement la résistance française alors que l’actualité des ces dernières années a mis en lumière des comportements dignes du camp adverse : les français ne sont ni des gaulois, ni des résistants, ni des sans culottes...

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    • Répondu le 25 août 2024 à  13:38 :

      « Des comportements dignes du camp adverse » ? A ma connaissance, il y a bien eu une épuration violente et de nombreuses femmes violentées, humiliées et tondues, mais la Résistance française n’a pas implanté des camps d’extermination dans toute l’Europe pour y massacrer six millions de juifs, tziganes et homosexuels. A moins que vous ne considériez qu’il ne s’agit que d’un point de détail de l’Histoire ?

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      • Répondu par Lena M le 25 août 2024 à  17:06 :

        Exact !
        De Gaulle a demandé à mettre fin à ces exactions (la femme est toujours la victime de l’homme). De silencieuse, la majorité des Français est devenue colérique, revancharde.
        Tous les soldats allemands n’étaient pas des nazis, il y avait ceux qui fréquentaient les bordels, fermés après-guerre, grâce à un cours de change favorable au mark allemand. Et aussi ceux qui loin de leur pays, nouaient une relation sentimentale avec des Françaises. Assez facile, vu le faible nombre de Français disponibles, beaucoup étaient prisonniers. Elles n’étaient pas forcément collaborationnistes ou pro-nazis !

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        • Répondu par Milles Sabords le 26 août 2024 à  06:32 :

          Malheureusement, la France a beaucoup de mal à regarder les pages les plus sombres de son histoire. Il n’existe pas ou très peu de BD sur la collaboration. Certes, il y a eu Il était une fois en France, mais l’ambiguïté du personnage donne une lecture feuilletonesque de la collaboration.

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          • Répondu le 26 août 2024 à  08:23 :

            Il y a toute la littérature qu’il faut quand on sait regarder. Lisez les aventures de l’Inspecteur Sadorski de Romain Slocombe. Ça ferait une excellente BD, mais il faudrait un ou une excellent artiste pour dessiner car Slocombe s’y connaît et pas qu’un peu…

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          • Répondu par Olga le 26 août 2024 à  08:47 :

            Pas seulement la France, la Belgique aussi !
            Vous vous souvenez sans doute des problèmes arrivés à Hergé et à Jijé à la Libération ?

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            • Répondu par Gina Vanilla le 26 août 2024 à  17:07 :

              Quoi, Hergé et Jijé ont eu des problèmes à la Libération ?
              Je croyais que c’étaient de grands humanistes sympas !
              Plus de détails, please !

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              • Répondu par RDevelder le 26 août 2024 à  22:04 :

                Hergé a publié dans un journal collabo, mais Jijé , lui, a été lavé de tout soupçon (il avait été dénoncé de façon fallacieuse, et il a continué à dessiner ses pages pendant sa courte détention).

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              • Répondu le 26 août 2024 à  23:02 :

                L’un a été tondu, mais l’autre pas. C’est ce qui a inspiré la BD Tif et Tondu. (Vous n’êtes pas très cool si vous censurez ce gag-là.)

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        • Répondu par RDevelder le 26 août 2024 à  22:02 :

          (la femme est toujours la victime de l’homme).

          Il y a victime et victime : les hommes étaient fusillés quand les femmes étaient tondues.

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          • Répondu le 27 août 2024 à  09:58 :

            Peut-être parce que leur "faute" était moins grave ? Ce serait peut-être bien sur ces sujets d’étudier un peu l’Histoire avant de repartir dans les chamailleries sexistes de part et d’autre.

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