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La fiction est particulièrement adaptée pour une audience jeunesse pour qui les atrocités de la guerre ne sauraient être contée dans leur traumatisante réalité. Et il faut bien le dire, la série des Enfants de la Résistance de Vincent Dugomier et Benoit Ers dont le tome 9 paraît précisément ces jours-ci est un modèle du genre. Intitulé Les Jours Heureux, ce tome 9 raconte le moment où la France apprend le débarquement des troupes alliées en Normandie, prélude à une fin probable de l’occupation allemande.
Ce nouveau paramètre change beaucoup de choses : le joug allemand pèse d’autant plus et augmente en férocité tandis que les collaborateurs, notamment ceux de la milice, dans la perspective d’un retournement de situation en leur défaveur, se mettent, avec davantage encore de sauvagerie, au service de l’occupant.
Face à eux, la Résistance est revigorée. Elle est surtout plus expérimentée qu’au début du conflit, plus nombreuse, rejointe par les Communistes et par une jeunesse qui a pris le maquis pour fuir le Service du Travail Obligatoire imposé par le régime nazi. Elle est mieux organisée, ravitaillée par les armées alliées et joue un rôle essentiel par leurs actions de sabotage pour entraver les contre-attaques de l’ennemi et favoriser l’avancée des libérateurs dans le pays.
Pour notre équipe de jeunes résistants, c’est aussi un moment de vérité. Le « Lynx », entité fictive qui les désigne, doit bientôt se dévoiler aux contacts de Londres avec lesquels il travaille secrètement depuis de nombreux mois. Mais que vont penser les autorités de la Résistance lorsqu’ils s’apercevront qu’ils ont des enfants comme interlocuteurs ?
Formidablement bien conçue, cette collection d’albums qui permet aux jeunes lecteurs de s’identifier aux enjeux de la période, est à chaque fois accompagnée de dossiers documentaires et de cahiers pédagogiques (que l’on peut télécharger gratuitement sur le site des éditions du Lombard) qui prolongent cette lecture. Cet accompagnement de qualité est sans doute à l’origine de son succès puisque plus de deux millions d’albums ont été vendus. Un travail remarquable.
L’approche documentaire
Dans leur collection Les Grandes Batailles de l’Histoire, les éditions Plein Vent publient le dernier opus du duo Jean-Francois Vivier et Régis Parenteau-Denoël. Ici, nous sommes comme dans un film documentaire. Le récit suit pas à pas les troupes du général Leclerc entre le Débarquement, où il se trouve sous le commandement des Américains et la libération de Paris. En coulisse, les tractations font rage, les Américains tentant de mettre le Général de Gaulle sur la touche pour imposer leur système de gouvernance de la France libérée. Mais l’homme du 18 juin a vu le coup venir et, avec l’aide de la résistance intérieure et des troupes de la France Libre, il arrive à mettre en place une administration dans les territoires libérés. Il obtient aussi à ce que les Français soient les premiers à entrer dans Paris où la population lui fait un triomphe, au grand dam de la résistance communiste qui aurait préféré garder la main.
Le récit de Vivier et Denoël est dans la ligne classique du roman national. Il a le mérite de rappeler les principaux faits et d’évoquer quelques figures qui ont contribué à la libération de la capitale française sans trop de dégâts. Il a l’intérêt, par son approche historiographique, proprement saint-sulpicienne qui mérite la nuance, de mettre en avant les grands hommes, d’éveiller, façon « Oncle Paul », le jeune lecteur à l’Histoire et de le pousser à creuser un peu plus loin. Ce n’est déjà pas si mal.
La voix du témoin
On ne peut passer à côté de ce qui constitue à la fois un témoignage et un document, l’album Madeleine résistante T. 3 de Madeleine Riffaud, Jean-David Morvan & Dominique Bertail. Nous l’avions annoncé voici quelques jours déjà (cf. Une rentrée résistante pour Jean-David Morvan).
C’est un témoignage exceptionnel car c’est une grand résistante d’obédience communiste, Madeleine Riffaud, qui vient de fêter ses cent ans en est la coautrice. Évidemment qu’à son âge, ce n’est pas elle qui tient la plume. Jean-David Morvan, qui campe littéralement chez elle depuis de nombreux mois, a recueilli son témoignage, a eu accès à de nombreux documents et photos de ses archives. Et mieux encore : comme Madeleine, poétesse, écrivaine, et journaliste de grand talent, a une mémoire précise, elle sait comment raconter l’histoire, jour après jour, pas à pas. Le jour de Libération de Paris, elle était là, les armes à la main. Torturée par la gestapo quelques temps plus tôt, elle a néanmoins réussi à s’arracher des griffes de ses tortionnaires.
Sa mémoire est précise, vive, passionnée. Morvan et Bertail concrétisent ses souvenirs, enquêtant, recoupant, quelquefois sur place, car Paris a changé en 80 ans, pour livrer non pas un documentaire, mais un document. C’est magnifiquement dessiné (ah ! ces camaïeux de bleu !), superbement raconté. Un sommet du genre, une référence, un album marquant, une sorte de « Paris brûle-t-il ? » de papier.
Par Didier PASAMONIK
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