Très bon
26 août 2024
Lorsque Tomas, Lamia, Ephraïm et Iris entendent le mot « héros », ce sont les contes de bardes et les récits merveilleux qui leur viennent d’abord en tête. Entraînés par les Preux du royaume de Pesh, ils rêvent du jour où ils pourront quitter leur village pour un plus grand destin. Dans leurs rêves, ils ne sont que chevaliers en armure scintillante, mages pliant les éléments à leur volonté, princes et princesses en tenue de parade… et bien oubliez tout ça.
Car Olivier Gay (scénario) et Olivier Boiscommun (dessin) ont pris le parti de faire vivre à leur bande de bras cassés des aventures plus comiques qu’épiques. Les Apprentis, publié par Drakoo en 2024, adopte un ton présent dans des œuvres comme Lanfeust de Troy de Christophe Arleston et Didier Tarqui, celui du médiéval fantastique comique. Dans cet univers, la magie, les chevaliers et le merveilleux sont bien présents, mais ne sont pas admirés ou glorifiés à la manière d’un Seigneur des Anneaux. Même les plus prestigieux personnages sont présentés de manière comique, voire ridicule. Les Apprentis est une parodie assumée d’aventures héroïques. Telle une partie de Donjons & Dragons, l’aventure commence par un monde glorieux et épique, mais les actions des personnages peuvent échouer à tout moment.
Le récit est très classique, mais efficace et concentre l’essentiel en un seul tome (ce qui sera apprécié par ceux qui ont du mal avec les longues sagas en cinquante volumes). Le lecteur comprend très rapidement qu’il s’agira d’un récit d’apprentissage, où les personnages encore jeunes et inexpérimentés doivent faire face à un monde inconnu. Leur amitié reste le maillon infaillible de leur histoire… du moins quand ils ne sont pas occupés à se taper dessus.
Car les personnages sont sans doute la grande force de l’ouvrage. Bien qu’ils correspondent à des archétypes bien connus (le guerrier qui sait à peine tenir son épée, la magicienne qui connaît trois sorts…), ils restent extrêmement attachants et clairement identifiés. On salue l’exploit d’Olivier Gay qui réussit à rendre quatre personnages aussi concrets et bien définis en quelques pages, surtout lorsque l’on s’attend d’abord à suivre leurs mentors. Autre bon point, les personnages restent fidèles à eux-mêmes tout au long du récit, sans pour autant refuser d’évoluer. On sent l’expérience d’Olivier Gay, qui a plus de cent romans et adaptations sous licence dans son portfolio.
En lisant Les Apprentis, le lecteur se surprend régulièrement à sourire. Malgré son totale absence de talent, on souhaite voir gagner et évoluer la petite équipe. On l’encourage à se débrouiller comme elle peut dans un monde bien trop grand et dangereux auquel elle n’est pas préparée. La bande dessinée réussit à toucher son public cible, les adolescents et jeunes adultes de plus de 15 ans. À l’âge de nos héros, il est facile de se sentir perdu. Pourtant, Tomas, Lamia, Ephraïm et Iris font de leur mieux, et leurs efforts finiront par payer. Car l’avantage de n’avoir que quelques outils à sa disposition, c’est qu’on est forcé de se montrer créatif ! Ceux qui auront lu Les Apprentis apprendront ainsi les multiples usages d’un grimoire, ou même tout ce qu’on peut faire avec un peu de miel et des cailloux…
Cependant, d’autres personnages secondaires sont tout aussi attachants. Les quatre mentors, puissants mais usés par le temps, ou les ennemis, dangereux mais ridicules, sont facilement reconnaissables au premier coup d’œil. On apprécie le travail qu’a accompli Olivier Boiscommun sur les dessins, parvenant à individualiser chaque personnage. Dans un esprit proche du cartoon, les silhouettes des personnages suffisent à les identifier. Les cheveux en bataille de Tomas, le menton fier de Lamia, la bouille arrondie d’Iris, ou la silhouette allongée d’Ephraïm sont autant d’éléments qui distinguent chaque personnage.
Lecteurs qui vous attendez à voir une épopée chevaleresque, passez votre chemin ! Ici, on est là pour rire devant les mésaventures des personnages. Les amateurs d’heroic fantasy humoristique apprécieront l’ouvrage, qui fera partie de ceux que l’on ressort de temps à autre de la bibliothèque pour rire un bon coup.
Par Akira OIKAWA
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Les apprentis - Du miel et des cailloux - Par Olivier Boiscommun (Dessin) et Olivier Gay (Scénario) - Éd. DRAKOO