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Charette, rien ne se perd jamais : l’art de tenir la ligne de crête

Par Jessy LEMESLE Bon 9 juin 2026 
Avec Charette, rien ne se perd jamais, la bande dessinée remonte le fil d’une vie prise dans le tourbillon révolutionnaire et redonne chair à l’une des grandes figures de la guerre de Vendée. Entre ferveur politique, fidélité monarchique et destin foudroyé, l’album compose le portrait d’un homme traqué, chef de guerre malgré lui, dont l’ombre continue d’habiter la mémoire vendéenne.

Il est des destins que l’Histoire ne se contente pas de traverser : elle les éprouve, les fracture, puis les grave dans la mémoire des vaincus comme dans celle des vainqueurs. François-Athanase Charette de La Contrie appartient à cette catégorie de personnages dont la trajectoire semble faite pour la légende autant que pour le récit historique.

Charette, rien ne se perd jamais : l'art de tenir la ligne de crête
Charette, rien ne se perd jamais - Planche, Ed. Plein Vent - Coline Dupuy & Angelo Bussacchini

Un marin devenu symbole de la résistance

Ancien officier de marine, revenu de la guerre d’indépendance américaine, il se retire à Nantes au début de la Révolution avant de se retrouver, presque à son corps défendant, propulsé à la tête d’un soulèvement paysan (vendéen) en mars 1793. Après quelques débuts difficiles, il s’impose comme chef de guerre, installe son quartier général à Legé et mène pendant près de trois ans une guérilla redoutable contre les troupes de la Convention. Celui qu’on surnommera bientôt le « roi de la Vendée », insaisissable et indomptable, défie un à un les généraux envoyés par la Convention, dans une audacieuse guérilla de chemins creux, échappant autant de fois à la mort que l’on change de chemise...

Le titre de l’album, Rien ne se perd jamais, dit déjà cette étrange persistance des hommes que le temps n’efface pas : chez Charette, rien ne disparaît, ni l’ardeur, ni la fidélité, ni la part de mystère qui enveloppe les grands réfractaires.

L’album semble choisir de raconter moins un chef militaire qu’une manière d’habiter le conflit. Charette n’est pas seulement un stratège ; il est une présence. Audacieux, charismatique, parfois insaisissable, il s’impose comme un point de ralliement pour des milliers d’hommes décidés à défendre « la foi et le roi ». La guerre de Vendée devient alors, sous ce regard, une guerre de reliefs : chemins creux, lieux de passage, retraites et embuscades, autant d’espaces où la résistance prend la forme d’une guérilla inventive. À travers cette figure, la BD donne à voir une guerre de l’ombre contre la lumière brutale de la République naissante.

Charette, rien ne se perd jamais - Planche, Ed. Plein Vent - Coline Dupuy & Angelo Bussacchini

Une épopée au ras du sol

Ce qui frappe dans cette évocation, c’est la volonté de tenir ensemble l’épopée et l’humain. Charette n’est pas présenté comme un héros marmoréen, mais comme un homme pris dans les contradictions de son temps : marin, mari, émigré furtif, chef improvisé, puis traqué jusqu’à l’arrestation. Loin d’un simple récit glorificateur, l’album semble préférer les nuances du terrain à la pose héroïque. Le jeune officier de trente ans à peine, appelé par les paysans de Fonteclose, devient en quelques mois l’un des visages majeurs de la rébellion vendéenne. Ses succès, ses revers, ses humiliations et ses coups d’éclat composent une fresque où la grandeur naît moins de la victoire que de l’obstination.

Le dernier cri attribué à Charette, « Je meurs pour Dieu et pour le Roi ! », parachève cette construction mémorielle. Il ne s’agit pas seulement d’une phrase finale, mais d’un sceau. Une formule qui ferme le récit tout en l’ouvrant à la postérité, puisque l’homme disparaît en 1796. Mais son nom continue de circuler comme une balise dans l’histoire vendéenne. La bande dessinée semble ainsi travailler une matière où le politique, le religieux et le romanesque s’entremêlent sans se confondre. C’est là sa force : restituer la tension d’un monde où l’on combat autant pour une idée que pour une terre, pour une fidélité que pour une appartenance.

Charette, rien ne se perd jamais - Planche, Ed. Plein Vent - Coline Dupuy & Angelo Bussacchini

Le choix de Coline Dupuy au scénario et d’Angelo Bussacchini au dessin n’est pas anodin. La première a déjà exploré des figures historiques et spirituelles, ce qui laisse attendre une écriture soucieuse de transmission autant que de densité narrative. Le second, habitué aux peintures en trompe-l’œil et aux références classiques des XVIIe et XVIIIe siècles, paraît particulièrement bien armé pour faire surgir un XVIIIe siècle vivant, sans le durcir en vitrine muséale. L’ensemble promet ainsi une BD d’histoire qui ne se contente pas d’aligner des dates : elle cherche à redonner du souffle à une mémoire conflictuelle, en rappelant qu’un héros n’est jamais entièrement réductible à son camp. Toutefois, on remarquera, de temps à autre, un scénario décousu où certaines cases manquent à l’appel pour le bon déroulement scénaristique.

Ici, la formule « rien ne se perd jamais » prend alors tout son sens. Les combats, les fidélités, les fractures, les morts elles-mêmes : tout revient, tout se transmet, tout se recompose dans le récit. Et Charette, figure de braise plus que de statue, y apparaît comme l’un de ces hommes que la défaite n’efface pas, mais que la mémoire transforme en étendard.

Charette, rien ne se perd jamais - Planche, Ed. Plein Vent - Coline Dupuy & Angelo Bussacchini

Par Jessy LEMESLE

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Code EAN : 9782492547942

Charette, rien ne se perd jamais - Par Coline Dupuy et Angelo Bussacchini - Editions Plein Vent, 15,90 €

Plein Vent ✍ Coline Dupuy ✏️ Angelo Bussacchini Aventure Histoire Récits de guerre Biographie France
 
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