Qui a dit que la bande dessinée belge ne se renouvelait pas ? Elle a toujours été le fait d’artisans opiniâtres qui ont mis quelquefois des années pour y arriver.
C’est un peu le cas du scénariste Vincent Lodewijck, alias Dugomier, qui doit son pseudo à un personnage de Tardi. Il connaît de beaux débuts puisqu’en 1993, il co-scénarise avec Thierry Culliford le Benoît Brisefer de Peyo, et en 2001, quatre Marsupilami pour Batem. Il s’inscrit donc bien dans la filiation de l’École belge.
Mais sa vraie et grande rencontre, il la fait avec le tout jeune Benoît Ers. Benoît et lui ont débuté ensemble, il y a 34 ans. Ils ne se sont jamais lâchés depuis, alignant quatre séries : Muriel et Boulon (1995), Les Démons d’Alexia (2004), Hell School (2023) et Les Enfants de la Résistance (2015).
Cette dernière série, débutée il y a dix ans, en est à son 9e volume paru en septembre 2024. Elle vient de passer le cap des deux millions d’exemplaires vendus, un score qui surprend les deux auteurs au port plutôt modeste, venant chercher ses récompenses à Angoulême en chandail. Ce qui tranche avec les looks élégants et branchés des habituels récipiendaires angoumoisins.
Pourtant, Dugomier l’a découvert en travaillant avec Peyo, le succès n’est jamais que la dividende du travail. Celui des Enfants de la Résistance tient à deux qualités essentielles : d’abord le dessin de Benoît, beau lisible, aéré, fourmillant de détails signifiants sans que jamais il ne soit fait la lourde démonstration d’une documentation ostentatoire ; le scénario de Dugomier ensuite, qui raconte la guerre à hauteur d’enfants capables de s’indigner de l’injustice de la guerre alors que leurs aînés sont empêtrés dans la dure nécessité de vivre au quotidien.
Voici une BD qui montre bien comment se construit l’esprit de résistance, sur des valeurs simples, avec des actes significatifs. Ce « Club des cinq » de la résistance parcourt toutes les étapes d’une action concrète et efficace, avec ses dangers, ses nécessaires protocoles de prudence, ses victoires et ses revers.
Au fil des années, les auteurs ont rencontré les vrais héros de la Seconde Guerre mondiale. Ils ont pu confronter leur fiction aux acteurs-même de cette histoire tragique. Et ils en ont tenus compte, s’inspirant de leurs exploits pour écrire le récit de leurs personnages.
Cette authenticité leur a valu la fidélité des lecteurs qui les suivent depuis dix ans, mais aussi le renouvèlement constant de lecteurs qui découvrent la réalité de la guerre dont on leur parle dans les cours d’histoire, ainsi que dans l’actualité (en Ukraine, par exemple). Une guerre dont les témoins disparaissent inéluctablement et dont cette bande dessinée, parmi d’autres, devient le dépositaire de la mémoire.
Nous avons rencontré pour vous le scénariste de cette série, Vincent Dugomier dans ce podcast.
Par Didier PASAMONIK
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Participez à la discussion