Bon
24 août 2024
Miwa Kubota enchaîne les petits boulots. Le dernier en date aurait pourtant dû être le bon : un vidéo-club. Pour une cinéphile comme notre héroïne, c’est une véritable aubaine. Pourtant, sa trop grande connaissance du 7e art couplée à sa réserve générale ont eu raison de cet énième emploi... Manipulée par ses collègues jouant sur sa timidité pour qu’elle les remplace dans leurs tâches quotidiennes, et la stupeur des gens alentours quand elle entre, comme en transe, dans un monologue cinématographique, ça n’aide pas forcément à créer des liens professionnels durables.
Plus encore, Uhei Aoki dépeint son héroïne comme une geek indécrottable, passant son temps libre à regarder en moyenne quatre films par jour en prenant des notes à chaque visionnage. Tant et si bien qu’elle est capable de vous dire à quel moment précis, tel acteur apparaît pour la première fois et dans combien de séquences ce dernier se montre devant la caméra. Une capacité à la fois effrayante et époustouflante !
Mais alors que le sort semble s’acharner à l’aube de ses 30 ans, une offre d’emploi se présente à elle : son idole depuis toujours, un acteur auquel elle voue un amour presque toxique, recherche une nouvelle femme de ménage... Mais pas n’importe laquelle : une femme instruite, parlant couramment l’anglais et surtout : pas de fan ! L’histoire aurait ainsi pu tourner court si Miwa n’avait pas décidé d’aller voir sur place à quoi pouvait bien ressembler une telle perle rare.
L’auteur joue alors sur la (mal)chance et le hasard pour élaborer son récit. La candidate au poste se fait renverser à l’approche du portail de la villa de l’acteur, sous les yeux de notre héroïne qui ne manquera pas d’aller lui porter les premiers secours et appeler une ambulance. Toujours sous le choc des événements, elle est encore devant l’entrée quand une employée vient l’accueillir, pensant qu’il s’agit de Sakura Miwa, la nouvelle femme d’ouvrage. Une homonymie qui finira d’effacer les derniers scrupules de la jeune femme qui va accepter de jouer le jeu. Un crime, soit dit en passant, qu’elle sentira peser au-dessus d’elle comme une épée de Damoclès.
Une incursion dans le monde du cinéma sous toutes ses formes, avec ses avantages et ses travers, comme cet amour presque nocif d’une fan envers une idole qu’elle ne connaît que par son jeu d’acteur et les informations glanées dans les médias. Un quotidien bien réel que Uhei Aoki aborde en jonglant habillement sur le fil étroit entre passion et obsession. Avec un graphisme classique, très détaillé et expressif, l’auteur nous plonge dans cette relation qui débute sur beaucoup de faux-semblants qui ne manqueront pas d’attirer un public plutôt large, entre romance et trahison, sur fond de cinéma omniprésent.
Également disponible en animé, réalisé par le mangaka en personne !
Par Marc VANDERMEER
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Dans la peau de Miwa T.1. Auteur : Uhei Aoki. Editeur : Kurokawa. 192 pages. Sortie : le 13 juin 2024. Prix : 7,95 euros.