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AMR : OPA

Par Sévan DUDOGNON Très bon 17 septembre 2026 
Le Label 619 n’a jamais fini de nous surprendre. L’écurie s’agrandit de nouveaux talents. Une pépinière d’artistes qui sont bien décidé à secouer les codes de la BD traditionnelle. Au programme de la rentrée, une double sortie : le très attendu Les Enfants perdus de Neyef, et ce petit bijou de AMR ciselé à même le marbre de la culture japonaise. De Gunmm à Akira, il n’y a qu’un pas que Simon Hutt se délecte de franchir avec panache.

Dès qu’on ouvre l’album, un sentiment nous assaille, celui d’une immersion immédiate, suivie d’une impression de largeur. Ce monde est vaste, bien plus vaste que ne permettent de le saisir les planches. Tout bourdonne dans ce décor en ruine, à la fois hybride et organique. L’intensité graphique est palpable. Rien n’est laissé au hasard. Même à l’apparition de nos deux héros, on se surprend à reconnaître un trait hérité des programmes Cartoon Network. D’emblée, les énergies des inspirations entrent en collision et frétillent entre nos mains.

Créer du neuf à partir d’un imaginaire déjà abondamment représenté n’est jamais une mission simple. Pour tirer son épingle du jeu, il faut faire preuve d’intelligence, digérer ses influences, bien doser. Un vrai travail de petit chimiste que Simon Hutt relève haut la main. Une impression permanente de hors-champ nous aspire. Ce qu’on semble voir n’est finalement qu’une infime partie d’un univers plus large, la pointe immergée de l’iceberg disloqué.

De ce point de départ, on aura le droit de visiter du pays, faire plus ample connaissance avec cet univers : du petit mécano sans histoire aux hautes instances d’un royaume déchu, qui cherche à maintenir son indépendance face à une puissance destructrice zyeutant sur l’acquisition de leur système. Parce que oui, dans un futur lointain, les planètes peuvent se truster comme une compagnie.

© Label 619

Aussi, il n’est pas étonnant d’embrasser un récit prenant la parure d’un grand voyage semé d’embûches et de rencontres. Un aspect traditionnel, certes, mais permettant à l’auteur de se focaliser tout entier sur l’exposition de son monde et l’émotion des personnages qui l’habitent.

Dès lors, c’est un destin épique qui choie entre les mains de Amer et Dario. Si le premier est un as de la bricole, l’autre est ceinture noir de karaté. Ensemble, ils forment un tandem attachant auquel vient s’adjoindre Servo, un robot défectible abandonné et source d’humour bienvenue. En fouillant dans les caves de son oncle, Amer déniche un artefact séculaire, lequel va se clipser sans son consentement sur sa tête, l’ornant d’un pouvoir ravageur.

Serpentant des rues malfamées aux sous-sols tentaculaires à la hauteur de Blame jusqu’au siège abandonné du Mont Serveur, notre trio relève un à un les défis. La verticalité de la mise en page cohabite avec le vertige de cette quête. Pour appuyer nos dires, et prolonger le corps de l’ouvrage, on peut compter sur l’adresse graphique de Simon Hutt : grandes cases spectaculaires, panorama généreux, découpage maîtrisé proposant une pulsion de lecture prégnante… Une harmonie vectrice d’un sacré plaisir de lecture.

© Label 619

Néanmoins, on pourrait probablement bouder son plaisir dans la propension qu’à l’auteur à se rabattre bien trop souvent sur des lignes de dialogues explicatives, griffant par instant la splendeur des cases sous une pluie de mots. En découle une générosité qui déborde légèrement sur la maîtrise graphique.

Dans ce futur, l’effondrement des civilisations voit renaitre des contes et des légendes. Du moins, c’est sous ce prisme que les protagonistes content le narratif « officiel » que le Royaume a récupéré. Les vainqueurs écrivent l’histoire, dit-on. En cela, les codes de la SF se superposent impeccablement à ceux de la Fantasy. Sur le modèle de son décor, l’intrigue épouse l’hybridité du projet.

Et à l’instar de cette mixité, le scénario s’essaie de refuser toute forme de manichéisme, bien qu’on pourrait lui reprocher de policer le propos politique qui sous-tend le script, à savoir celle d’une OPA galactique hostile, sinon génocidaire. Ainsi, le rapport de pouvoir se cantonne à un affrontement plutôt binaire, lequel cependant reste brandit par des personnages hauts en couleur et aux designs remarquables. Mention spéciale à celui du Contrôleur.

© Label 619

Sous le vernis de cette guerre s’ourle finalement une bien belle histoire d’amitié qui offre une épaisseur et une mélancolie diffuse. Si l’on devait donner à l’album un équivalent musical, il serait amusant de parier que l’élaboration du projet a bénéficié de l’écoute de quelques albums de Gorillaz. Une même approche hétérogène de l’art, réussissant à mêler de concert des thématiques radioactives à une grammaire plus pop.

L’un dans l’autre, cela résumerait le travail que s’échine à nous léguer le Label 619 depuis plus d’une décennie. Des projets ambitieux qui n’oublient jamais la part de divertissement, le côté mauvais genre, leur héritage turbulent et l’avenir que les auteurs du groupe s’évertuent à graffer sur toutes les étagères de librairie.

© Label 619

Au bout du compte, la plus belle réussite de l’album tient sans doute dans l’impression d’avoir seulement effleuré la surface de cette planète. De nous donner envie d’en savoir plus. De continuer à tourner les pages longtemps après avoir reposé le livre. Or, si l’on en croit sa conclusion, l’ouverture à une suite n’est pas interdite. De quoi faire fantasmer les plus curieux.

Par Sévan DUDOGNON

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Code EAN : 9782810208357

AMR - Par Simon Hutt - Ed. Rue de Sèvres/Label 619

Rue de Sèvres Label 619 ✏️ Simon Hutt Aventure Science-fiction Action France
 
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PAR Sévan DUDOGNON  
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