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La sous-série Donjon Parade est dédiée à des récits humoristiques se déroulant chronologiquement entre les albums 1 et 2 de la sous-série principale Donjon Zénith. On y suit généralement Herbert qui commet soit une bourde monumentale qu’il doit réparer, soit qui subit malencontreusement un événement dont il doit se départir afin de faire survivre lui, ou bien le Donjon. Afin d’être aidé dans sa quête, Herbert fait généralement appel à son ami Marvin, un draconide, notamment lorsqu’il s’agit de tuer, une activité que ce dernier apprécie grandement. Par conséquent, cette sous-série est constituée d’une succession d’histoires complètes que l’on peut lire indépendamment les unes des autres.
Parmi ces six nouveaux albums, le brillant cartooniste Tebo (Qui est-ce Schtroumpf ?, La jeunesse de Mickey, Captain Biceps, Alice au pays des Singes, Raowl...) a ouvert le bal avec la publication de Le sirop des costauds. Dans cet album, des aventuriers qui tentent de s’emparer des trésors du Donjon usent d’une étrange potion afin de casser la tête à tous les monstres qu’ils rencontrent. Marvin, habituellement si puissant, est vexé d’être vaincu par des demi-portions. Herbert et Marvin entament alors une enquête afin de dénicher ce créateur du sirop des costauds, une référence transparente à la potion magique d’Astérix, qui met à mal le commerce du Gardien. Dans cet album réussi et drôle, Tebo excelle avec son dessin tout en rondeur, pétri de gags graphiques.
Erwann Surcouf réussit également à donner une âme graphique à nos héros avec un scénario intitulé L’hostellerie des impôts. Un récit où le Gardien reçoit un trio d’inspecteurs des impôts qui réclament la comptabilité du Donjon, alors même que celle-ci vient d’être volée. Le Gardien s’investit dans la quête aux côtés d’Herbert alors que le Donjon est menacé d’être rasé et que Marvin est parti célébrer une fête draconique.
Dans Nécromancien pour de faux a lieu le 28ᵉ congrès des nécromanciens. Horus, nécromancien du Donjon, est menacé de se voir retirer sa licence dans le cas où, une fois encore, il ne s’y présenterait pas. Jugé trop important pour la bonne tenue du Donjon, le Gardien décide d’envoyer Herbert se faire passer pour Horus. Il affirme au congrès qu’on lui a lancé un sortilège lui conférant cette tête de canard.
Évidemment, avec Herbert les choses dégénèrent rapidement au point qu’un nécromancien le défie et qu’une menace interdimensionnelle s’abat sur le congrès. Un titre où Delaf – dessinateur canadien ayant repris le dessin de Gaston Lagaffe – excelle dans le dessin de Marvin et qui nous a ravis à la lecture par la galerie de trognes anthropomorphiques qui parsèment les planches.
Mathieu Burniat réussit lui aussi son pari graphique dans Chaos crescendo. Comme à l’accoutumée, le récit s’enclenche sur une banalité qui déclenche à son tour un tombereau de catastrophes auquel le Donjon doit faire face. Ici, Herbert a égaré l’unique plan existant du Donjon. Le Gardien est furieux. Et encore, il ignore qu’une communauté de moines culturistes puissants a obtenu ce plan et qu’ils le recopient sans cesse, tandis que des marchands de Palatoka, capitale de la littérature de Terre Amata, en vendent des exemplaires à qui en voudra.
Le récit Éternel repos (dessiné par Willy Ohm) met en scène une nouvelle activité commerciale du Donjon, le pèlerinage, qui dégénère avec une secte et son gourou qui envahissent les lieux. Enfin, dans Micro-héros (dessiné par Thibaut Soulcié), Marvin et Herbert ont été réduits à une taille minuscule, tandis qu’un dragon menace le Donjon d’être rasé si on ne lui amène pas, séance tenante, un mage draconiste capable de le faire maigrir.
Ces nouveaux albums illustrent le plaisir que Lewis Trondheim et Joann Sfar continuent d’avoir en faisant vivre l’univers de Terra Amata. Un plaisir que nous avons partagé à la lecture de chaque album, bien que nous trouvions les deux derniers albums cités ci-dessus scénaristiquement en dessous des autres. Enfin, on notera le très bon travail de coloriste de Walter sur trois de ces six nouveaux albums. Un travail d’importance qui participe activement à la réussite graphique de l’ensemble.
Donjon demeure une expérience sans équivalent dans le monde de la bande dessinée mondiale. Si certains albums peuvent se révéler moins réussis que d’autres, la qualité est très régulière et nous ravit. D’autant que la diversité des dessinateurs selon les sous-séries permet une émotion de lecture toujours renouvelée grâce à des mondes graphiques forts.
Parmi les très bons albums de ces dernières années, et que l’on vous conseille vivement, on retiendra Garderie pour petiots (album hilarant avec un excellent dessin d’Alexis Nesme), Réveille-toi et meurs (avec David B. au dessin), Un héritage trompeur (grande force graphique assurée par Bertrand Gatignol), Noces de fleurs (Aude Picault parvient très bien à rendre l’atmosphère et la vieillesse d’Herbert) et Quelque part ailleurs (Guy Delisle signe le dessin avec une histoire portée par le personnage très intéressant d’Andrée).
Certains et certaines critiquent ces séries interminables et cette organisation en plusieurs sous-séries (Donjon Zénith, Donjon Parade, Donjon Crépuscule, Donjon Antipodes -, Donjon Antipodes +, Donjon Monsters, Donjon Potron-Minet) où l’on peine à saisir dans quel ordre lire quel album. Une situation à laquelle les éditions Delcourt ont tenté de remédier avec la publication de deux pages au début de chaque titre.
La première comprend la liste des différentes sous-séries qui composent l’univers de Donjon et détaille en quelques mots l’idée principale qui les incarne. Une seconde page liste la totalité des albums publiés qui précisent à la fois l’ordre de publication des albums, l’ordre de lecture chronologique des récits, ainsi que l’appartenance de chaque titre à telle ou telle sous-série. Un guide bien utile.
Néanmoins, Tebo nous avait confié son inquiétude à ce sujet. Des lecteurs et lectrices en séance de dédicaces lui avaient fait part de leur absence d’envie de s’attaquer à la totalité des albums pour lire le sien, ou encore qu’ils ne comprenaient rien à la cohérence de la série. Il ne cessait alors de leur répéter qu’il suffisait de lire les trois premiers albums de Donjon Zénith pour lire n’importe quel autre album de Donjon Parade et qu’il espérait que les éditions Delcourt communiqueraient à ce sujet.
Nous ne possédons pas les derniers chiffres de ventes de la série Donjon. En 2020, année de sa renaissance, les éditions Delcourt annoncent 1,5 million d’albums vendus depuis 1998. Soit une moyenne de 30 à 40 000 bandes dessinées par titre.
Des résultats qui témoignent d’un intérêt du public sur le long terme et qui feraient pâlir de jalousie bien des confrères de Joann Sfar et Lewis Trondheim. Surtout quand on sait qu’aujourd’hui un chiffre de vente de 10 000 albums peut être considéré par bon nombre d’éditeurs comme un succès éditorial. Une série amirale donc pour les éditions Delcourt qui, sans être une poule aux œufs d’or, représente des ventes régulières.
D’autant que le prix de 11,50 euros peut paraître plus accessible au grand public que bien d’autres titres de la bande dessinée franco-belge, où le prix moyen se situe davantage entre 18 et 20 euros. À noter toutefois que chaque récit ne comprend généralement que 32 pages.
En définitive, nous soutenons Lewis Trondheim et Joann Sfar dans leur envie de continuer à s’amuser et à nous amuser avec Herbert, Marvin et le Gardien, ainsi que les nombreux autres personnages qui peuplent l’univers de Terra Amata. On se délecte chaque année à l’idée de retrouver des albums de Donjon, nous demandant quelles nouvelles aventures les auteurs ont-ils pu imaginer, que cela soit dans le passé, le présent ou le futur du Donjon dirigé par le Gardien.
On ne s’en lasse pas et on en redemande parce que l’on est attaché aux héros et que la qualité de la série est maintenue. On peut tout à fait comprendre que certains et certaines souhaitent passer leur chemin, jugeant que la série ne mérite pas de nouveaux albums. En revanche, pour les admirateurs et admiratrices du travail de Lewis Trondheim et Joann Sfar, pour l’intérêt qu’ils ou elles portent à l’univers, aux personnages, à cette fresque épique de parodie de Donjons et Dragons, ne boudez pas votre plaisir et procurez-vous ces nouveaux albums, avec une préférence pour Le sirop des costauds, L’hostellerie des impôts et Nécromancien pour de faux.
Par Romain GARNIER
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– Donjon Parade T12 - Chaos crescendo - Mathieu Burniat, Joann Sfar, Lewis Trondheim - Éd. Delcourt (2025) - 22.6 x 29.9 x 1 cm - 32 pages - 11,50 euros - 11 Juin 2025.
- Donjon Parade T11 - Éternel repos - Thibaut Soulcié, Joann Sfar, Lewis Trondheim & Walter - Éd. Delcourt (2025) - 22.7 x 29.9 x 1 cm - 32 pages - 11,50 euros - 11 Juin 2025.
– Donjon Parade T10 - Micro-héros - Willy Ohm, Joann Sfar, Lewis Trondheim & Walter - Éd. Delcourt (2025) - 22.6 x 29.9 x 1 cm - 32 pages - 11,50 euros - 16 avril 2025.
– Donjon Parade T09 - Nécromancien pour de faux - Delaf, Joann Sfar, Lewis Trondheim & Walter - Éd. Delcourt (2025) - 22.6 x 29.9 x 1 cm - 32 pages - 11,50 euros - 16 avril 2025.
– Donjon Parade T08 - L’Hostellerie des impôts - Erwann Surcouf, Joann Sfar, Lewis Trondheim - Éd. Delcourt (2025) - 22.7 x 29.9 x 1 cm - 32 pages - 11,50 euros - 15 janvier 2025.
– Donjon Parade T07 - Le Sirop des costauds - Tebo, Joann Sfar, Lewis Trondheim - Éd. Delcourt (2025) - 22.6 x 29.9 x 1 cm - 32 pages - 11,50 euros - 15 janvier 2025.
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