Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html

2025 : L’année des Donjon Parade

Par Romain GARNIER 25 juillet 2025 
Créée par Lewis Trondheim et Joann Sfar en 1998, la série Donjon a été ressuscitée en 2020 après une longue pause amorcée en 2009 – entrecoupée par deux albums. En seulement 4 ans et demi, 24 albums ont été publiés – auxquels on peut ajouter 3 Donjon Bonus – et pas moins de 4 autres titres sont déjà annoncés pour 2026. L’année 2025 a été dédiée à la série Donjon Parade avec la publication de 6 albums pour les six premiers mois de l’année. Le dessin a été assuré successivement par Tebo, Erwann Surcouf, Delaf, Willy Ohm, Thibaut Soulcié et Mathieu Burniat. Cette production stakhanoviste ne risque-t-elle pas de nuire à la qualité des scenarii et de lasser les lecteurs et lectrices dans un contexte de surproduction ? Notre avis sur la question.

La sous-série Donjon Parade est dédiée à des récits humoristiques se déroulant chronologiquement entre les albums 1 et 2 de la sous-série principale Donjon Zénith. On y suit généralement Herbert qui commet soit une bourde monumentale qu’il doit réparer, soit qui subit malencontreusement un événement dont il doit se départir afin de faire survivre lui, ou bien le Donjon. Afin d’être aidé dans sa quête, Herbert fait généralement appel à son ami Marvin, un draconide, notamment lorsqu’il s’agit de tuer, une activité que ce dernier apprécie grandement. Par conséquent, cette sous-série est constituée d’une succession d’histoires complètes que l’on peut lire indépendamment les unes des autres.

Parmi ces six nouveaux albums, le brillant cartooniste Tebo (Qui est-ce Schtroumpf ?, La jeunesse de Mickey, Captain Biceps, Alice au pays des Singes, Raowl...) a ouvert le bal avec la publication de Le sirop des costauds. Dans cet album, des aventuriers qui tentent de s’emparer des trésors du Donjon usent d’une étrange potion afin de casser la tête à tous les monstres qu’ils rencontrent. Marvin, habituellement si puissant, est vexé d’être vaincu par des demi-portions. Herbert et Marvin entament alors une enquête afin de dénicher ce créateur du sirop des costauds, une référence transparente à la potion magique d’Astérix, qui met à mal le commerce du Gardien. Dans cet album réussi et drôle, Tebo excelle avec son dessin tout en rondeur, pétri de gags graphiques.

2025 : L'année des <i>Donjon Parade</i>
© Delaf, Joann Sfar, Lewis Trondheim & Walter / Delcourt (2025)

Erwann Surcouf réussit également à donner une âme graphique à nos héros avec un scénario intitulé L’hostellerie des impôts. Un récit où le Gardien reçoit un trio d’inspecteurs des impôts qui réclament la comptabilité du Donjon, alors même que celle-ci vient d’être volée. Le Gardien s’investit dans la quête aux côtés d’Herbert alors que le Donjon est menacé d’être rasé et que Marvin est parti célébrer une fête draconique.

Dans Nécromancien pour de faux a lieu le 28ᵉ congrès des nécromanciens. Horus, nécromancien du Donjon, est menacé de se voir retirer sa licence dans le cas où, une fois encore, il ne s’y présenterait pas. Jugé trop important pour la bonne tenue du Donjon, le Gardien décide d’envoyer Herbert se faire passer pour Horus. Il affirme au congrès qu’on lui a lancé un sortilège lui conférant cette tête de canard.

Évidemment, avec Herbert les choses dégénèrent rapidement au point qu’un nécromancien le défie et qu’une menace interdimensionnelle s’abat sur le congrès. Un titre où Delaf – dessinateur canadien ayant repris le dessin de Gaston Lagaffe – excelle dans le dessin de Marvin et qui nous a ravis à la lecture par la galerie de trognes anthropomorphiques qui parsèment les planches.

© Delaf, Lewis Trondheim et Joann Sfar / éditions Delcourt (2025)

Mathieu Burniat réussit lui aussi son pari graphique dans Chaos crescendo. Comme à l’accoutumée, le récit s’enclenche sur une banalité qui déclenche à son tour un tombereau de catastrophes auquel le Donjon doit faire face. Ici, Herbert a égaré l’unique plan existant du Donjon. Le Gardien est furieux. Et encore, il ignore qu’une communauté de moines culturistes puissants a obtenu ce plan et qu’ils le recopient sans cesse, tandis que des marchands de Palatoka, capitale de la littérature de Terre Amata, en vendent des exemplaires à qui en voudra.

Le récit Éternel repos (dessiné par Willy Ohm) met en scène une nouvelle activité commerciale du Donjon, le pèlerinage, qui dégénère avec une secte et son gourou qui envahissent les lieux. Enfin, dans Micro-héros (dessiné par Thibaut Soulcié), Marvin et Herbert ont été réduits à une taille minuscule, tandis qu’un dragon menace le Donjon d’être rasé si on ne lui amène pas, séance tenante, un mage draconiste capable de le faire maigrir.

Ces nouveaux albums illustrent le plaisir que Lewis Trondheim et Joann Sfar continuent d’avoir en faisant vivre l’univers de Terra Amata. Un plaisir que nous avons partagé à la lecture de chaque album, bien que nous trouvions les deux derniers albums cités ci-dessus scénaristiquement en dessous des autres. Enfin, on notera le très bon travail de coloriste de Walter sur trois de ces six nouveaux albums. Un travail d’importance qui participe activement à la réussite graphique de l’ensemble.

© Delaf, Lewis Trondheim et Joann Sfar / éditions Delcourt (2025)

Donjon demeure une expérience sans équivalent dans le monde de la bande dessinée mondiale. Si certains albums peuvent se révéler moins réussis que d’autres, la qualité est très régulière et nous ravit. D’autant que la diversité des dessinateurs selon les sous-séries permet une émotion de lecture toujours renouvelée grâce à des mondes graphiques forts.

Parmi les très bons albums de ces dernières années, et que l’on vous conseille vivement, on retiendra Garderie pour petiots (album hilarant avec un excellent dessin d’Alexis Nesme), Réveille-toi et meurs (avec David B. au dessin), Un héritage trompeur (grande force graphique assurée par Bertrand Gatignol), Noces de fleurs (Aude Picault parvient très bien à rendre l’atmosphère et la vieillesse d’Herbert) et Quelque part ailleurs (Guy Delisle signe le dessin avec une histoire portée par le personnage très intéressant d’Andrée).

© Willy Ohm, Joann Sfar, Lewis Trondheim & Walter / Delcourt (2025)
© Willy Ohm, Lewis Trondheim et Joann Sfar / éditions Delcourt (2025)
© Willy Ohm, Lewis Trondheim et Joann Sfar / éditions Delcourt (2025)

Certains et certaines critiquent ces séries interminables et cette organisation en plusieurs sous-séries (Donjon Zénith, Donjon Parade, Donjon Crépuscule, Donjon Antipodes -, Donjon Antipodes +, Donjon Monsters, Donjon Potron-Minet) où l’on peine à saisir dans quel ordre lire quel album. Une situation à laquelle les éditions Delcourt ont tenté de remédier avec la publication de deux pages au début de chaque titre.

La première comprend la liste des différentes sous-séries qui composent l’univers de Donjon et détaille en quelques mots l’idée principale qui les incarne. Une seconde page liste la totalité des albums publiés qui précisent à la fois l’ordre de publication des albums, l’ordre de lecture chronologique des récits, ainsi que l’appartenance de chaque titre à telle ou telle sous-série. Un guide bien utile.

Néanmoins, Tebo nous avait confié son inquiétude à ce sujet. Des lecteurs et lectrices en séance de dédicaces lui avaient fait part de leur absence d’envie de s’attaquer à la totalité des albums pour lire le sien, ou encore qu’ils ne comprenaient rien à la cohérence de la série. Il ne cessait alors de leur répéter qu’il suffisait de lire les trois premiers albums de Donjon Zénith pour lire n’importe quel autre album de Donjon Parade et qu’il espérait que les éditions Delcourt communiqueraient à ce sujet.

© Tebo, Joann Sfar, Lewis Trondheim & Walter / Delcourt (2025)
© Tebo, Lewis Trondheim et Joann Sfar / éditions Delcourt (2025)
© Tebo, Lewis Trondheim et Joann Sfar / éditions Delcourt (2025)

Nous ne possédons pas les derniers chiffres de ventes de la série Donjon. En 2020, année de sa renaissance, les éditions Delcourt annoncent 1,5 million d’albums vendus depuis 1998. Soit une moyenne de 30 à 40 000 bandes dessinées par titre.

Des résultats qui témoignent d’un intérêt du public sur le long terme et qui feraient pâlir de jalousie bien des confrères de Joann Sfar et Lewis Trondheim. Surtout quand on sait qu’aujourd’hui un chiffre de vente de 10 000 albums peut être considéré par bon nombre d’éditeurs comme un succès éditorial. Une série amirale donc pour les éditions Delcourt qui, sans être une poule aux œufs d’or, représente des ventes régulières.

D’autant que le prix de 11,50 euros peut paraître plus accessible au grand public que bien d’autres titres de la bande dessinée franco-belge, où le prix moyen se situe davantage entre 18 et 20 euros. À noter toutefois que chaque récit ne comprend généralement que 32 pages.

© Mathieu Burniat, Joann Sfar, Lewis Trondheim & Walter / Delcourt (2025)

En définitive, nous soutenons Lewis Trondheim et Joann Sfar dans leur envie de continuer à s’amuser et à nous amuser avec Herbert, Marvin et le Gardien, ainsi que les nombreux autres personnages qui peuplent l’univers de Terra Amata. On se délecte chaque année à l’idée de retrouver des albums de Donjon, nous demandant quelles nouvelles aventures les auteurs ont-ils pu imaginer, que cela soit dans le passé, le présent ou le futur du Donjon dirigé par le Gardien.

On ne s’en lasse pas et on en redemande parce que l’on est attaché aux héros et que la qualité de la série est maintenue. On peut tout à fait comprendre que certains et certaines souhaitent passer leur chemin, jugeant que la série ne mérite pas de nouveaux albums. En revanche, pour les admirateurs et admiratrices du travail de Lewis Trondheim et Joann Sfar, pour l’intérêt qu’ils ou elles portent à l’univers, aux personnages, à cette fresque épique de parodie de Donjons et Dragons, ne boudez pas votre plaisir et procurez-vous ces nouveaux albums, avec une préférence pour Le sirop des costauds, L’hostellerie des impôts et Nécromancien pour de faux.

© Thibaut Soulcié, Joann Sfar, Lewis Trondheim & Walter / Delcourt (2025)

Par Romain GARNIER

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Acheter


Code EAN : 9782413084969

– Donjon Parade T12 - Chaos crescendo - Mathieu Burniat, Joann Sfar, Lewis Trondheim - Éd. Delcourt (2025) - 22.6 x 29.9 x 1 cm - 32 pages - 11,50 euros - 11 Juin 2025.

- Donjon Parade T11 - Éternel repos - Thibaut Soulcié, Joann Sfar, Lewis Trondheim & Walter - Éd. Delcourt (2025) - 22.7 x 29.9 x 1 cm - 32 pages - 11,50 euros - 11 Juin 2025.

– Donjon Parade T10 - Micro-héros - Willy Ohm, Joann Sfar, Lewis Trondheim & Walter - Éd. Delcourt (2025) - 22.6 x 29.9 x 1 cm - 32 pages - 11,50 euros - 16 avril 2025.

– Donjon Parade T09 - Nécromancien pour de faux - Delaf, Joann Sfar, Lewis Trondheim & Walter - Éd. Delcourt (2025) - 22.6 x 29.9 x 1 cm - 32 pages - 11,50 euros - 16 avril 2025.

– Donjon Parade T08 - L’Hostellerie des impôts - Erwann Surcouf, Joann Sfar, Lewis Trondheim - Éd. Delcourt (2025) - 22.7 x 29.9 x 1 cm - 32 pages - 11,50 euros - 15 janvier 2025.

– Donjon Parade T07 - Le Sirop des costauds - Tebo, Joann Sfar, Lewis Trondheim - Éd. Delcourt (2025) - 22.6 x 29.9 x 1 cm - 32 pages - 11,50 euros - 15 janvier 2025.

Donjon Delcourt ✍ Joann Sfar ✍ Lewis Trondheim ✏️ Marc Delaf ✏️ Tebo ✏️ Mathieu Burniat ✏️ Soulcié ✏️ Erwann Surcouf ✏️ Willy Ohm 🎨 Walter Aventure Humour France
 
Participez à la discussion
13 Messages :
  • 2025 : L’année des Donjon Parade
    25 juillet 2025 10:45

    Quelle barbe… tant d’albums bâclés sur le plan du scénario et si peu de grands dessinateurs impliqués… et quasiment aucune dessinatrice d’ailleurs.

    Répondre à ce message

  • 2025 : L’année des Donjon Parade
    25 juillet 2025 11:05, par Erwann Surcouf

    Hello, merci pour l’article
    _Juste pour corriger que Walter n’a pas participé à tous ces albums, en tout cas j’ai fait mes propres couleurs sur le mien

    Répondre à ce message

    • Répondu par Romain GARNIER le 25 juillet 2025 à  19:38 :

      Bonjour,

      Merci de votre retour et toutes mes excuses. Cela a été corrigé. J’avais effectivement mal lu la fiche des albums. Tebo et Mathieu Burniat ont également réalisé leurs couleurs.

      Cordialement,
      RG

      Répondre à ce message

  • 2025 : L’année des Donjon Parade
    25 juillet 2025 11:55, par Reiji Yūrei

    "[Tebo] ne cessait alors de leur répéter qu’il suffisait de lire les trois premiers albums de Donjon Zénith pour lire n’importe quel autre album de Donjon Parade et qu’il espérait que les éditions Delcourt communiqueraient à ce sujet."

    Ou alors, il faut ressortir les trois premiers Donjon Zénith en triple album, sous le titre "Donjon Parade tome 0".

    Répondre à ce message

    • Répondu par Romain GARNIER le 25 juillet 2025 à  19:39 :

      Une bonne suggestion à faire aux éditions Delcourt !

      Répondre à ce message

    • Répondu par Gina Vanilla le 25 juillet 2025 à  19:47 :

      Donjon Zénith, oui, c’était excellent au début !
      L’humour de Lewis, plus la profondeur de Sfar !
      Après, il ya eu trop de séries dérivées, j’aime bien cet univers, mais je ne peux acheter et lire tous ces bouquins (manque de place et de temps, sans compter l’argent).
      Sans compter qu’il faut refléchir avant de lire chaque album, pour le resituer dans le contexte de la série. Nan, trop compliqué pour moi !

      Répondre à ce message

  • 2025 : L’année des Donjon Parade
    26 juillet 2025 07:53, par arnaud9408

    Fan de donjon dés le début , j’ai essayé ces albums , grande déception , les scénarios sont vraiment faible , loin des standard de la série . du coup , je ne les achète plus .

    Répondre à ce message

    • Répondu par Sandra Screenscream le 2 août 2025 à  21:46 :

      Les meilleurs filons ne sont pas inépuisables, et l’imagination des auteurs diminue avec l’age, ce qui avait commencé par une excellente plaisanterie sur le jeux "Donjons et dragons" devient une série envahissante et difficile à lire de par la complexité de ses univers et de ses époques. Mais cela permet à beaucoup d’amis de Trondheim et Sfar, moins chanceux au box-office, de publier un album dans une série déjà connue.

      Répondre à ce message

  • 2025 : L’année des Donjon Parade
    11 août 2025 18:10, par Mûron Dopant

    Je ne comprends pas pourquoi on parle des 3 premiers volumes de Zénith. Les Donjon Parade se situent entre le tome 1 et le 2 de Zénith, donc il suffit d’avoir lu le 1er pour aborder n’importe quel Parade, non ?

    Répondre à ce message

  • 2025 : L’année des Donjon Parade
    26 octobre 2025 10:33, par DadaetKarin

    Salut
    pour ma part, fidèle de Donjon depuis le tout début, aucun album ne me manque mais 2025 marquera malgré tout la fin de ma collection.
    pour le coup l’idée des multiples série m’a plus des le début et j’admire Teondheim et Sfar, mais désormais des albums de 32 pages, trop d’albums impression d’être pris pour un jambon, qualité parfois discutable…
    Bref j’arrête à la fin d’année.
    bonne chance pour ceux qui continuent.
    cordialement

    Répondre à ce message

    • Répondu le 26 octobre 2025 à  13:27 :

      Il ne suffit pas d’arrêter, il faut encore se débarrasser des albums.

      Répondre à ce message

    • Répondu par Gina Vanilla le 26 octobre 2025 à  17:15 :

      Vous avez raison, moi-même, j’ai adoré les premiers Donjon de Sfar et Trondheim, puis ceux de Blain ! et quelques autres par des invités !
      Maintenant, c’est devenu trop complexe !

      Répondre à ce message

  • 2025 : L’année des Donjon Parade
    18 décembre 2025 10:06, par pkrs

    Fan de la première heure, j’ai parfois eu quelques réticences face aux albums de ce nouveau cycle. Or, à présent qu’il atteint sa vitesse de croisière, je dois avouer que j’adore. On peut reprocher certains albums inférieurs. Une narration souvent moins dense que le précédent cycle. Mais dans l’ensemble, ca reste un vrai bonheur. J’avais des craintes, mais les 6 parades m’ont vraiment plus (avec tout de même deux moins bons). Je crois que la difficulté est de s’y retrouver. Et pour quelqu’un qui n’est pas fan de l’univers, ca doit être compliqué. D’autant plus dans cette période actuelle où les albums sont vite lus. Les nouveaux albums intègrent de nouveaux enjeux dont je suis l’évolution avec plaisir. Je crois que Donjon n’est vraiment pas une série faite pour tout le monde, mais si on se prend au jeu, c’est un pur bonheur (mention spéciale pour l’album de Aude Picault qui est un chef d’oeuvre). Espérons que cela dure encore longtemps.

    Répondre à ce message

CONTENUS SPONSORISÉS  
PAR Romain GARNIER  
A LIRE AUSSI  
Albums