Cyril Pedrosa Grand Prix Victor Rossel 2025,« Foudroyants » de Mathieu Burniat et Kerascoët, Prix du meilleur album

Par Milan MORALES 14 novembre 2025 
Bruxelles, 19h00 les locaux du quotidien belge « Le Soir ». Remise des Prix littéraires Victor Rossel (du nom du fondateur du journal) qui comporte depuis 2019 d'un jury indépendant qui récompense des auteur de bande dessinée. Difficile d’ignorer la tension qui flotte dans l’air. La salle bruisse de conversations, badines de prime abord : scénaristes, dessinateurs, jeunes talents, vieilles gloires, tous venus respirer un peu du parfum de consécration (et déguster les petits fours !). Retour sur cette soirée de cérémonie !

Depuis 2019, les Prix Victor Rossel de la BD, se destinent à donner du lustre au 9e Art « belgo-belge ».
Tout le monde s’observe, tout le monde espère ; le tapis se déroule, les flashs crépitent, mais derrière la façade, il y a une certaine fébrilité contagieuse que seuls les vrais rendez-vous savent distiller. Certains, cependant, savent...

Deux critères ont principalement guidé le jury sur les 20 ouvrages présélectionnés : la profondeur des histoires et l’exercice esthétique proposé. Les organisateurs l’ont martelé sans fioriture : à l’heure des LLM [1], il est essentiel de revenir à l’imaginaire, à la créativité, à partager l’attrait de la Lecture et de son écriture, pour se reconnecter réellement à l’Autre.

Bernard Hislaire, maître conteur devant l’éternel

La tradition de l’Académie Victor Rossel pour la BD -toujours menée par Bernard Hislaire qui a succédé à Jean Dufaux, son fondateur- dispense ses honneurs avec la chaleur et la simplicité belge. Mais attention : ici, on ne félicite pas à la légère, les honneurs se méritent !

Le palmarès tombe :

Cyril Pedrosa emporte le Grand Prix Victor Rossel 2025 (à presque l’unanimité du jury) pour l’ensemble de son oeuvre. Pourquoi lui, pourquoi maintenant ? La salle ne pose pas la question, elle la vit.
Le lauréat nous confie qu’il travaille actuellement sur un nouvel ouvrage avec rien moins que Taiyō Matsumoto, un mangaka rencontré au... festival d’Angoulême, « à l’époque où ce festival permettait encore aux jeunes auteurs de rencontrer leurs pairs. »

Né en 1972 à Poitiers, il est l’un des auteurs les plus sensibles et inventifs de la bande dessinée contemporaine. Passé par les studios parisiens de Disney (Le Bossu de Notre-Dame, Hercule...), il troqua l’animation pour la BD, où il réussit à imposer son trait fluide et ses récits profonds.

Avec "Trois Ombres" (Delcourt, Prix Essentiel à Angoulême) et surtout "Portugal" (Dupuis, couronné par de nombreux prix, dont le Prix Le Point de la BD et le Prix FNAC), Pedrosa explore l’identité, la mémoire et les racines avec une poésie rare.

Son diptyque L’Âge d’Or, co-signé avec Roxanne Moreil, confirme son talent de conteur épique et visionnaire (l’intégrale vient d’ailleurs de sortir chez Dupuis)

Aujourd’hui, Cyril Pedrosa brille comme l’une des grandes voix européennes de la BD, capable de mêler l’intime et le politique, l’humour et la tendresse, dans des albums qui touchent le cœur autant que l’œil.
Sa carrière ressemble un peu à la soirée : sinueuse, intense, imprévisible. Il rejoint une lignée certes, mais ce soir, c’est lui que la foule célèbre, lui qu’on acclame et qu’on jalouse dans le même souffle.

Le Prix du meilleur album ? « Foudroyants » de Mathieu Burniat et Kerascoët.

Une BD "jeunesse", prévue en six tomes (chez Dargaud)... Voici un choix du Jury osé tant ce segment de la littérature est souvent laissée pour compte...

Voici comment Kelian Nguyen, qui qualifiat l’album de « coup de tonnerre », le résumait dans nos pages : « Icare vit sur l’ile de l’Atlantide. La mythique cité et ses habitants ont été rayés de la carte, non pas après avoir été engloutis, mais après avoir perdu la capacité de se déplacer. En avance sur leur temps, les véhicules atlantes étaient actionnés par l’« élektricité ». C’est une énergie magique émanant d’une poignée d’Atlantes surnommés « élus ». Cette catégorie de la population s’est éteinte après les assauts à répétitions de la mystérieuse armée de Neptune sortie des eaux, faisant s’effondrer avec elle toute possibilité de connecter l’ile au reste de la Grèce antique. »

La soirée file, ponctuée d’hommages : deux ombres planent sur cette soirée. Celle tout d’abord de Pierre Mertens, (Prix Victor Rossel en 1969 et surtout président permanent du Jury littéraire), décédé cette année.
Le Festival d’Angoulême ensuite où, dixit Yslaire, « certains ont perdu de vue l’objectif premier de ce qui fut un grand festival. »

Les deux lauréats du jour se saluent autour d’un verre... On quitte la cérémonie dans la nuit frisquette, les tympans vibrant encore de conversations inachevées, d’éclats, de promesses. Les locaux du Soir s’éteignent lentement, mais dans les rues, on devine encore la BD, vivante, rebelle — et pour un soir... foudroyante.

Par Milan MORALES

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[1] "Large Language Model", une "intelligence artificielle" spécialisée dans le traitement du langage naturel. NDLR

✍ Kerascoët ✏️ Mathieu Burniat ✏️ Cyril Pedrosa Bruxelles Poitiers Prix 🏆 Prix Rossel
 
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