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Très bon
8 novembre 2024
Dans Marsupilami, des histoires courtes par… (Dupuis, 2018), Pau avait imaginé La Conquista del paraiso. huit pages dans lesquelles le marsu protègent les soldats égarés dans la jungle de Palombie avant de les laisser à leur sort. C’était l’une des plus réussies de ces cartes blanches et hommages (voir l’article de Charles-Louis Detournay sur la série et en fin d’article sur ces histoires courtes).
Après Horrifikland (Glénat, 2019) et Terror island (Glénat, 2022) dans l’univers Disney, Alexis Neume et Lewis Trondheim s’emparent de la création d’André Franquin dans El Diablo et en proposent une vision personnelle.
Lewis Trondheim avait déjà exploré l’univers de Spirou et Fantasio avec Panique en Atlantique (dessins de Fabrice Parme, Dupuis, 2010).
El diablo débute sur un galion. Le capitaine appelle les trois mousses sur le pont. Voilà dix jours que les réserves sont terminées. Après quelques constats et explications sur les tempêtes, les vents contraires et les épreuves que Dieu envoie, le capitaine espagnol Santora fait tirer à la courte paille qui sera cuisiné.
José se rebelle et finit à fond de cale. Heureusement, une terre inconnue apparaît. Le jeune mousse est invité à prendre la tête du cortège au cas où des bêtes sauvages ou des flèches attaqueraient la troupe.
Et justement un étrange animal, jaune à taches noires, avec une longue queue apparait. Il est blessé par l’un des soldats pour être mangé. José est chargé d’aller récupérer la dépouille en haut d’un arbre.
Après une chute dans l’eau, le mousse se réveille chez les indiens Chahutas, réducteurs de têtes, et découvre qu’il est lié au Marsupilami, l’« esprit de la forêt ».
José, jeune garçon à l’esprit affûté aura fort à faire entre la soif de l’or du capitaine, la volonté du chef de la tribu de le marier avec sa fille, les dangers de la jungle et son caractère affirmé qui lui attire des ennuis.
Le dessin d’Alexis Nesme, en couleurs directes, est mis en valeur par le grand format de l’album et des cases pleine page (voire double page). La variété des décors (le bateau et la mer, la jungle luxuriante, le temple, …), des personnages (la tronche caricaturale du capitaine, les animaux que le Marsupilami épouille, le prêtre, les indiens,…) et des ambiances (jour, nuit) participent au plaisir que procure cette BD.
L’humour est présent dans les dialogues et les situations.
« Capitaine Santoro, ne serait-ce pas plus malin de sacrifier quelqu’un de plus gros, voire même le plus gros de tous ?... Les hommes seront rassasiés plus longtemps. » constate José lorsque le capitaine au ventre bien arrondi décide qu’un mousse sera mangé.
Ce décalage entre le personnage et ses paroles se retrouvent chez les indiens :
« - Quoi n’est pas la bonne réponse. Épouser la fille de notre chef Telplubo est un honneur.
– Mais ? ...
– Mais est une mauvaise réponse aussi. »
Bref, une BD réussie.
Par Christian GRANGE
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