Très bon
6 septembre 2025
Elisabeth Chenet, régénératrice de bien-être corporel et son mari Denis, préparateur psychique ont la joie de vous annoncer la naissance prochaine de…
En fait, non. Il leur manque le « permis bébé ».
Certes, ils disposent déjà des permis Immobilier (niveau 2), Cuisine (niveau 3), Couple et quelques autres qui attestent qu’ils disposent des qualités nécessaires et qu’ils les méritent. Ils sont donc aptes au bonheur et parfaitement bien intégrés à la société. Mais le bébé ? Vous l’aurez compris, Le Permis est une BD dystopique.
Particulièrement drôle dans la première partie, l’album de Joseph Delhomme et Océane Jeanty opte ensuite pour une rupture de récit et des changements de registre émotionnels. Pourtant cela aurait été très plaisant (osons même jouissif) d’en rester à cet incipit : une bonne tranche de rigolade, par les temps qui courent (trop ou pas assez vite), ça ne se refuserait pas... Les situations loufoques s’enchaînent en effet avec Papy et Mamie, couple de « formateurs » qui jouent le rôle du futur bébé : repas, courses en tricycle, bain, fausse agression. L’humour s’autorise même de devenir noir lorsque, par exemple, les morts permettent de faire pousser un très bel arbre. L’humour absurde est également présent avec un membre du jury qui dort et ronfle et avec un personnage obèse qui joue le rôle du bébé.
La caricature d’une société où la méditation se pratique en toute occasion et où chacun doit contrôler ses émotions négatives dérange tant elle sonne juste, invitant à la réflexion sur les excès des cheminements réflexifs contemporains. Tronchet, il y a quelques années, avait commis Houppeland où le rire obligatoire s’avérait cauchemardesque. On pourra aussi se souvenir du premier tome de SOS Bonheur de Jean Van Hamme et Griffo (Dupuis) décrivant un bonheur officiel et programmé (et obligatoire).
La société idéale du Permis se situe entre les deux. Il aborde les thématiques de la parentalité -comment être un bon père, une bonne mère ? qu’est-ce que de bons parents ? -, du mérite, des libertés individuelles, de la pression sociale et du contrôle, de la propagande contre ceux habitant hors de la ville et présentés comme des sauvages.
Et pourtant si Liz s’interroge et remet en cause les règles, Denis, lui est heureux (et sympathique au lecteur car sincère, empathique, avec un désir joyeux de paternité). Ce qui pose une question majeure et inconfortable : si certains trouvent le bonheur dans l’acceptation voire la soumission, quelle place pour les autres, ceux qui veulent préserver leurs choix de vie et comment concilier les uns avec les autres ?
L’album présente quelques très bonnes idées graphiques. C’est le cas de l’intervention « policière » menée par des hommes en costume-cravate portant un masque vert au visage toujours souriant, ce qui crée un contraste percutant entre l’image et l’action. Idem avec les maisons toutes identiques et alignées qui montre avec simplicité que le conformisme aboutit à supprimer toute diversité. Autre bonne idée visuelle : un dessin en rondeur et des couleurs majoritairement claires pour cette société idéale.
Découvrez cette BD étonnante, ses personnages attachants et complexes et souriez avant qu’il ne soit trop tard !
Voir en ligne : Site d’Océane Jeanty, dessinatrice du Permis
Par Christian GRANGE
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Le Permis pour des parents bien élevés – Par Joseph Delhomme & Océane Jeanty - La Boîte à Bulles
144 pages - 24 €
Disponible depuis le 27 août 2025
Dates de dédicaces disponible sur le site de l’éditeur : Librairie Momie le 30 août à Saint-Malo / librairie Le Détour le 13 septembre à Granville / BDWest à Saint-Brieuc le 27 septembre / La Cédille le 4 octobre à Lamballe.