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19 février 2026
Dernier jour de l’Heyannir, fin de l’été, sur l’île de Thorgal
Jolan souffre d’un maléfice : en portant autour du cou un collier d’Ambre que Thorgal a reçu d’une inconnue sauvée des griffes de trois pillards, il s’endort et ne parvient plus à être réveillé. Son esprit est captif au loin, dans un endroit étrange ; quelque part là où le soleil se lève.
Thorgal doit alors quitter les siens sans attendre pour sauver son fils.
Mais alors qu’il pensait avoir réussi à le rejoindre, il atteindra un village où tous les habitants mâles sont eux aussi figés dans une léthargie identique à celle de Jolan. Quelle est cette sorcellerie ?
Et qu’est-ce que ces maudites libellules géantes dont Aaricia doit protéger le corps inanimé de son fils de leurs agressions incessantes, au péril de sa propre vie ?
Valérie Mangin, que l’on connaît pour Le Fléau des Dieux, Le Dernier Troyen ou encore ses reprises d’Alix et Jhen, signe ici un scénario qui coche absolument toutes les cases d’un grand Thorgal : aventure, odyssée, quête, dieux capricieux, malédictions et créatures légendaires.
Admiratrice de la série depuis sa découverte de l’album Au-delà des ombres (Grand Prix Saint-Michel 1983), elle a été sollicitée par son vieil ami Christophe Bec pour coécrire cet album avec lui, ce qui donne au projet un parfum de rencontre au sommet autant qu’un retour aux sources.
On ressent très nettement ce retour à l’essence même de Thorgal.
Non seulement parce que l’intrigue se situe entre La Chute de Brek Zarith et Alinoë, mais surtout par les valeurs humaines qui irriguent le récit : Thorgal y retrouve sa tolérance, son respect absolu de la vie d’autrui et son désir obstiné d’une existence familiale paisible.
Bien sûr, le destin se charge de contrarier ses projets, mais il revient sans cesse à ses fondamentaux.
Aaricia, elle aussi, est replacée au cœur de ce socle : mère protectrice, épouse aimante, bien loin de l’image plus contestable qu’on lui a parfois donnée ces dernières années.
L’album, pensé comme un one-shot dense, s’insère entre deux piliers de la série mère et enrichit une période charnière sans jamais trahir la continuité.
Le choix d’un simple collier d’ambre comme élément déclencheur renoue aussi avec cette façon très « vanhammienne » de faire surgir le fantastique au cœur du quotidien : un objet banal devient la porte d’entrée vers la cruauté des dieux ou des forces surnaturelles.
D’autre part, l’emploi d’Huldra, figure tirée du folklore scandinave, s’intègre parfaitement au terreau mythologique de Thorgal, tout en injectant une tonalité plus féminine, à la fois séduisante, troublante et inquiétante.
Le petit élément scénaristique qui nous a fait lever un sourcil circonspect ? Le motif pour lequel la déesse « choisit » le fils de Thorgal – simplement parce qu’il l’a émue – paraît un peu court comme justification à un événement aussi déterminant.
Au dessin, on retrouve donc Christophe Bec, que l’on pensait rangé des pinceaux après « Inexistences » et qui revient plus notre plus grand bonheur avec ce copieux tome (100 pages pile).
Les raisons de ce retour aux crayons feront notamment l’objet d’une interview à découvrir dans les prochains jours, mais une chose est sûre : dès les premières planches, sa patte visuelle est immédiatement reconnaissable : ombres portées d’un noir de jais sur les visages, grandes cases panoramiques, doubles pages spectaculaires, décors d’une rugosité presque minérale : tout concourt à installer une ambiance forte, bruissante de vent, de pierre et de feu.
On sent que les auteurs ont voulu offrir un album généreux en décors et en scènes épiques, même si Bec semble parfois moins à l’aise sur les traits d’Aaricia ou certains plans de Jolan.
Enfin, le public ne s’y trompe pas : une semaine après sa sortie, l’album caracole en tête des ventes, se hissant notamment à la troisième place des meilleures ventes de nouveautés selon Datalib au 14/02/2026.
L’éditeur, lui aussi, a flairé le potentiel du projet : quand le tome 43 de la série classique bénéficie d’un tirage de 75 000 exemplaires, ce spin-off affiche déjà un tirage initial de 55 000 exemplaires... Ceux qui pensaient que la BD de genre était terminée en seront pour leurs frais !
Nos deux auteurs (et leurs prédécesseurs) ont donc placé la barre très haute pour leurs successeurs, Sébastien Vastra et Eric Hérenguel qui travaillent actuellement sur le prochain volume intitulé « Le grand Bargha » (début 2027). On a déjà hâte…
Par Milan MORALES
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