Très bon
19 février 2026
Au cœur d’un pays lointain, une Reine immortelle règne par la terreur, son secret de jouvence lié à une vérité tragique. Billy Oldman, illusionniste accusé de trahison, s’évade de prison grâce à ses tours de passe-passe, libérant au passage Rebecca, une générale déchue et amputée de ses quatre membres, que l’excentrique anatomiste Wilson restaure avec ses prothèses mécaniques.
Ce trio improbable se fond dans l’ombre des théâtres urbains, exerçant des numéros pour masquer leur quête de vengeance contre la couronne, dans une atmosphère victorienne mâtinée de surréalisme et de magie noire.
Ce premier tome d’Oldman captive d’entrée par son premier chapitre magistral, qui pose des protagonistes charismatiques – un Oldman au charisme de Sean Connery (inspiration avouée de l’auteur), une Rebecca fatale et sensuelle malgré son handicap, un Wilson comique mais génial – et une antagoniste reine glaçante évoquant par instants Cate Blanchett en Élisabeth.
Malgré une petite cassure de rythme et d’ambiance entre cette ouverture explosive et les neuf chapitres suivants, la mise en scène reste au cordeau, dans un thriller d’époque qui accélère en mêlant mystères, magie et automates en un écrin visuel suggestif et immersif. Son histoire de revanche intrigue profondément, portée par des personnages fouillés et une narration bien ficelée, qui promet une suite explosive malgré quelques dialogues un brin redondants.
Le trait épais et anguleux de Chang Sheng imprègne l’ensemble, avec des regards perçants conférant une expressivité saisissante aux figures – souvent inspirées de stars hollywoodiennes sur les doubles pages d’ouverture réalistes –, des décors et costumes élisabéthains foisonnants qui entretiennent l’atmosphère victorienne-surréaliste, et des scènes d’action certes académiques mais limpides et dynamiques.
Comparé à la première édition Kotoji de 2016 – un tome 1 court de 200 pages en format poche (13×18 cm), couvrant une partie de l’intrigue taïwanaise avec tirage limité –, cette version Glénat (360 pages, 14,5×21 cm, 15,95 €) modernise la mise en page et ajoute une colorisation sélective inédite, magnifiant le graphisme pour une expérience plus fluide en diptyque, le tome 2 étant attendu au printemps 2026.
Par Milan MORALES
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