Bon
31 janvier 2026
On parle souvent d’hommes, mais rarement des hommes en tant que groupe social. Certes, celui-ci est loin d’être homogène mais, précisément, on a tendance à davantage leur attribuer cette évidence, là où il existerait plus volontiers une supposée « nature » féminine. L’autrice, Daisy Letourneur part de ce constat : on reconnaît souvent aux hommes leurs particularités. Mise en scène dans les premières pages, on la voit subir un interrogatoire policier, au cours duquel on lui reproche de vouloir encore parler des hommes. Il faut dire que, depuis 2017, elle est l’autrice est du blog La Mecxpliqueuse, au sein duquel, de sa position de femme blanche, trans et lesbienne, qu’elle revendique afin que l’on comprenne d’où elle parle,elle expose que masculin est le sujet, tandis que le féminin n’en serait qu’une déclinaison. En somme, une forme inachevée ou incomplète d’un masculin érigé en référence.
Une écriture offensive questionne les stéréotypes associés aux masculinités, les diverses formes de domination qu’ils exercent et reproduisent (souvent à leur insu, tant les attentes qu’ils portent sont ancrées), et ce qu’elles produisent en société. Le tout est accompagné de chiffres et d’exemples illustrés par des personnages de la culture pop, qui ne sont pas imperméables aux phénomènes évoqués. Les hommes ont beau avoir le « beau rôle », cela ne leur rend pas toujours service : proportionnellement, le taux de suicide est considérablement plus élevé chez eux, en partie parce que leur éducation les pousse à ne pas extérioriser leurs sentiments et leurs fragilités, qui s’effacent alors d’une manière radicale. 9 chapitres s’achèvent par quelques références littéraires pour celles et ceux qui souhaitent aller plus loin.
L’essai de Daisy Letourneur, On ne naît pas mec. Petit traité féministe sur les masculinités, publié en 2022 chez Zones, a rencontré un franc succès.Ce livre est la première publication d’une association entre Steinkis et La Découverte – Zones. Le principe est simple : adapter en bande dessinée des ouvrages du catalogue Zone, orienté vers la vulgarisation des sciences humaines et sociales, avec une dimension militante et critique assumée. Il faut dire que les catalogues de ces maisons d’édition résonnent bien souvent : au coeur de l’actualité, traitement les événements sur le temps long en en dévoilant la genèse historique et ses usages contemporains, en cherchant à présenter à un public élargi des thématiques complexes.
Deux autres publications sont d’ores et déjà prévues : la première, durant ce mois de février, est Sex Friends, de Richard Mèmeteau et Colin Athar. Il y sera question des promesses et des mirages des sites et applications de rencontre, qui contribuent à redéfinir les relations de couple. La seconde verra le jour en septembre 2026, dans Propagenda, adaptation d’un livre de 1928 signé Edward Bernays, Françoise Ruscak et Maxime Belloche aborderont ce qu’on nomme la « fabrique du consentement » à travers les méthodes d’influences des populations au sein des démocraties. De quoi offrir de précieuses grilles de lectures sur notre monde.
Par Damien BOONE
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