Les débuts de la carrière d’André Juillard, on le sait, passent par la presse jeunesse catholique avant que le jeune éditeur Jacques Glénat ne le prenne en mains par le truchement d’une collaboration fructueuse avec Cothias. Son dessin, d’abord sage et appliqué, visant avant tout à la lisibilité, prend alors de l’assurance.
En quelques années, Juillard s’impose comme l’un des dessinateurs réalistes les plus doués de son temps. Sa ligne claire s’inscrit dans le sillage des classiques de l’Ecole belge, qu’il mêle habilement à un dessin académique classique dont la sensualité descend en droite ligne d’Ingres ou de Chassériau.
En quarante ans, entre 1983 et 2024, Juillard produit un corpus de quelque 350 œuvres (planches, couvertures, illustrations originales...) constituant un ensemble unique de planches en noir et blanc ou en couleurs directes dont les titres déjà font rêver : Les 7 Vies de l’Épervier, Plume aux vents, Le Cahier bleu, Après la Pluie, Arno, Double 7, Masquerouge, Mezek, Léna et Blake et Mortimer d’après E.P. Jacobs, dont l’exposition donne à montrer pour la première fois les planches de son tout dernier album : Signé Olrik.
À cela s’ajoute un choix de dessins d’atelier comprenant des nus féminins, des portraits de ses célèbres héroïnes (Ariane, Louise, Ève, Léna), des paysages et des études préparatoires. En quelque sorte, la « substantifique moëlle » de son art.
Tout est là : ses diverses époques, ses différentes séries qu’elles soient historiques ou contemporaines. Chaque page, chaque suite d’images, chaque case, chaque dessin libre, chaque travail d’encrage ou de couleur est une démonstration de sa maîtrise.
Juillard, ce n’est rien de le dire, est un classique, vraiment, souvent plus sensuel et plus élégant que ses modèles de l’Ecole belge. Dépassant l’exercice d’admiration qu’il voue à ses maîtres (dans son atelier, il y a sous ses yeux des dessins originaux de George McManus ou de Moebius…), Juillard déroule son propre style avec simplicité et assurance.
Quand il reprend Blake et Mortimer à la suite de Jacobs, de Bob De Moor et de Ted Benoît, c’est à la fois dans le parfait respect de l’œuvre originale sans jamais que cela tombe dans le pastiche ou dans le manière servile. Le geste théâtral de Jacobs reprend avec lui un peu de naturel. S’il laisse les couleurs des aventures des deux Britanniques à Madeleine De Mille, également coloriste de Ted Benoît, c’est pour mieux s’attarder sur les modelés des planches dont il réalise lui-même les couleurs directes.
Son dessin est solidement construit, sans l’ombre d’une faute de proportion ou de perspective, éminemment élégant, et d’une lumineuse acuité. Quelque chose d’une perfection classique vouée à l’éternité
Par Didier PASAMONIK
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Participez à la discussion