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Partager sa passion de la bande dessinée aujourd’hui

Par Didier PASAMONIK 14 janvier 2026 
On peut aborder la bande dessinée de nos jours par différents angles : il y a celui de l’amour, « Le Dictionnaire amoureux de la bande dessinée » de Benoît Peeters (Plon) est là pour cela ; il y a l’angle de la connaissance, de l’initiation, comme cette « Histoire de la bande dessinée en France » de Benjamin Caraco (Ed. La Découverte) et puis celui de la curiosité comme ces Cahiers de la bande dessinée dont le travail éditorial frise la perfection. Les trois se conjuguent…

Le Dictionnaire amoureux de la bande dessinée par Benoît Peeters aux éditions Plon est en quelque sorte une somme amusée sur la connaissance actuelle de la bande dessinée de ces 50 dernières années.

C’est d’abord le livre d’un passionné – mais pas de fan !- qui a vécu son enfance dans les années 1960 jusque dans les années 1980. Or, ces années-là sont particulièrement importantes parce que c’est le moment où vont naître les grandes revues pour adultes -on pense à Charlie Mensuel, à l’Écho des savanes, à Métal Hurlant, à (A Suivre) et à toute une nouvelle création qui a une qualité qui est importante pour Benoît Peeters : la dimension littéraire.

Parce que c’est un auteur qui vient de la littérature : il a fait des études de lettres et son directeur de thèse est rien moins que Roland Barthes, le « pape de la sémiologie ». Le premier sujet que Benoît Peeters va traiter dans sa thèse, eh bien, c’est une bande dessinée signée Hergé : Tintin. Et en particulier l’album peut-être le plus conceptuel de toute son œuvre : Les Bijoux de la Castafiore.

C’est une rencontre qui va bien au-delà du simple parcours de lecteur d’une forme d’art qui jusqu’à présent était méprisée et qui, dans les années qui vont suivre va véritablement prendre le chemin de la légitimation, depuis les premiers festivals que ce soit Lucca en 1964 ou Angoulême à partir de 1974, jusqu’à l’Académie française aujourd’hui..

Un œil d’expert

Parallèlement Peeters fait une carrière de scénariste de bande dessinée et il le fait précisément dans (A Suivre) qui se piquait d’être une espèce de tête de pont littéraire dans le médium, Casterman se désignant comme « le Gallimard de la bande dessinée ».

Ce qui est certain c’est que cette pratique de la bande dessinée faite par Benoît Peeters lui donne une légitimité supplémentaire. La plupart des commentateurs et des experts des critiques de la bande dessinée n’en font pas. Cette carrière accompagne celle d’un très grand dessinateur qui est François Schuiten, leur masterpiece étant Les Cités obscures.

C’est donc ce double regard d’un amoureux de la bande dessinée et d’un lecteur qui la pratique qui va parcourir le travail de toute une série d’auteurs qui vont de Georges Collomb alias Christophe, l’auteur de La Famille Fenouillard au 19e siècle, jusqu’à Will Eisner qui est un petit peu l’initiateur du roman graphique aux États-Unis jusqu’à Hergé bien sûr en passant par Crepax et même Nadar. On a également des éléments un peu plus conceptuels sur la matérialité de la page, sur la notion de roman graphique, sur la ligne claire… Nous avons là un parcours intellectuel léger et amusant, une conversation amicale, de la part d’une connaissance qui vous expliquerait ce qu’il aime dans la bande dessinée. C’est particulièrement enrichissant.

Abrégé d’Histoire

Régulièrement, le monde du livre produit ce genre de petit opuscule qui fait la synthèse des connaissances du moment sur un sujet donné. C’est bien utile. C’est au tour des éditions de La Découverte d’y contribuer avec cette « Histoire de la bande dessinée en France » signée Benjamin Caraco. On pense immédiatement au Que Sais-je ? d’Annie Baron-Carvais qui n’est plus là pour le remettre au goût du jour ou aux nombreux ouvrages théoriques de Thierry Groensteen qui a fini par entrer dans la célèbre collection des Presses Universitaires de France grâce un opuscule sur Hergé.

Ce petit essai de Benjamin Caraco se veut historique et synthétise peu ou prou les travaux récents des spécialistes du 9e Art. L’auteur les a scrupuleusement et honnêtement lus, mais sans exercer vraiment d’esprit critique, ni corriger le principal défaut du corpus actuel, celui d’ignorer le contexte sociologique, politique, commercial et technique de la production de cet art : quels sont les principaux vecteurs de ses innovations ? Quelle est l’étendue de sa diffusion et la pertinence de ses supports ? Pourquoi tel ou tel genre de bande dessinée tient-il le haut du pavé sur un marché à un moment donné ? Enfin, quels sont les grands courants artistiques qui traversent les frontières et les époques et pourquoi ?

Ces interrogations permettraient de sortir des lieux communs de la recherche, souvent liés à des directeurs de thèse dont la compétence sur la bande dessinée est très souvent superficielle. Ce petit ouvrage a donc la vertu de proposer une synthèse plutôt bien renseignée sur la connaissance de l’histoire de la bande dessinée, mais il ne faut le prendre que comme une introduction à un continent bien plus large que le bout de terre qui pointe à l’horizon.

Les Cahiers de la curiosité

Une revue comme Les Cahiers de la bande dessinée qui en est à son numéro 33 de sa nouvelle formule ressuscitée par Vincent Bernière est davantage stimulante pour les esprits curieux.

D’abord parce qu’elle aborde tous les types de bande dessinée, comme la bande dessinée patrimoniale avec Spirou, la production de Gotlib, de Floc’h ou de Régis Loisel. On s’arrête sur le cahier monographique central qui s’intéresse au fondateur de Fluide Glacial, interrogeant la pertinence de son humour aujourd’hui tandis que l’on se penche sur la dernière intégrale de Spirou pour examiner le remarquable travail de restauration des premières œuvres de Franquin, tant sur le trait, à partir des originaux, mais également sur les couleurs recomposées à partir des indications du maître belge, jusqu’au lettrage rendu mieux dessiné et plus lisible. Les Cahiers de la bande dessinée ont raison de parler de cure de jouvence pour ce classique.

Toujours dans le domaine du patrimonial, on est content de voir évoqués Chevalier Ardent de François Craenhals, le souvenir de Keleck ou celui de Gilbert Shelton sans oublier l’actualité de Largo Winch ou une proposition ébouriffante de relecture jouissive de l’œuvre de Jean Giraud par Dominique Bertail en complicité avec Nicolas Tellop.

On peut créditer au timonier du journal, Vincent Bernière, son intégrité et son à-propos. Notamment en rappelant, lui qui est par ailleurs, avec Charlotte, l’éditeur du ô combien controversé Bastien Vivès, que la révolution féministe ne date pas des luttes récentes qui ont fait chuter le Festival d’Angoulême.
Dans un article intitulé : « Elles ne colorient pas, elles ne dessinent pas, elles flinguent… », le féminisme étasunien des années 1970 est décrypté et étonne par son intrépidité : « Hors de question d’édulcorer l’acte sexuel. Les sexes sont dressés, velus, et les organes génitaux sont parfois même vus en coupes anatomiques…  » Bigre de bigre ! On relis notamment des pages de Ah ! Nana qui démontre toute la pertinence politique de ces premières militantes de la cause des femmes dans le 9e Art.
Un numéro copieux qui passionne, c’est ce que vous attendiez, non ?

Par Didier PASAMONIK

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Code EAN : 9782259320818
La Découverte Plon Vagator Lucca
 
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1 Message :
  • Images du livre
    14 janvier 19:46, par chereau

    J’aimerais bien acheter ce livre : dommage qu’il est impossible d’avoir des images pour savoir si vais aimer…

    Répondre à ce message

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