Bon
24 mars 2026
Aux États-Unis, en Géorgie dans les années 1920. Sous un soleil écrasant, au cœur de la Bible Belt - cette région du sud du pays où règne un protestantisme rigoureux -, les États sécessionnistes vivent encore dans l’ombre de leur défaite face aux Nordistes et de l’abolition de l’esclavage. Plus d’esclaves donc, mais une telle misère que le statut des petites gens, qu’ils soient noirs ou blancs, n’a guère évolué. Dans cette région où le racisme reste omniprésent, le pasteur Leer tient la ville de Savannah d’une main de fer. Il baptise ses fidèles dans la rivière tout en prêchant la haine et en veillant à ce que les Blancs ne se mélangent jamais avec aux Noirs. Mais certains refusent de plier, comme Zacharie Daniel, un jeune métis fier et frondeur. Lorsqu’un nouveau lynchage fait couler le sang, Jonathan David, agent du Bureau of Investigation (l’ancêtre du FBI), vient enquêter sur place.
Indifférent aux menaces et aux pressions, il éclaircit peu à peu les circonstances de la mort suspecte de l’ouvrier Malcom. Après avoir protégé Zacharie d’un lynchage en règle, il bénéficie de son aide pour découvrir que Malcom a bel et bien été assassiné. Alors que Jonathan découvre une région à l’agonie, rongée par les ressentiments, la misère, la peur et l’ignorance, un fugitif légendaire s’évade du pénitencier : Travis Hart. Mauvaise nouvelle pour le pasteur Leer : ce détenu dangereux et déterminé n’a qu’un but, revenir à Savannah pour régler ses comptes. Tous les personnages sont en place pour un final digne d’un western crépusculaire : le pasteur Leer, menacé par un lourd secret, Victoria, la fille du planteur et amoureuse tragique du métis Zacharie, Travis Hart, le prisonnier vengeur et le Ku Klux Klan, qui fourbit ses armes…
Le prolifique scénariste Philippe Pelaez livre avec cet album une intrigue bien ficelée, aux nombreux sous-récits en parallèle de l’histoire principale. Entre polar historique et tragédie intime, Au Sud, l’Agonie n’est pas seulement une enquête criminelle : c’est aussi une fresque sociale sans concession sur la condition pitoyable de Blancs sans espoir, qui n’ont pour seule dignité que de se croire supérieurs aux anciens esclaves noirs, devenus comme eux des travailleurs pauvres.
Côté graphisme, Hugues Labiano propose un dessin expressif, ponctué d’aplats noirs qui restitue efficacement la moiteur du Sud, les regards fuyants et les silences lourds des protagonistes. Les couleurs de Jérôme Maffre, dans des teintes cuivrées, contribuent également à restituer l’ambiance poisseuse de ce récit. Un seul bémol : ce choix chromatique rend parfois difficile l’identification de différentes populations impliquées dans l’histoire. C’est dommage, car tout repose ici sur l’opposition entre Blancs, Noirs et Métis. Cet album, qui comprend un dossier intéressant de Philippe Pelaez contextualisant la situation du Sud dans les années 1920, est le deuxième volet d’une trilogie intitulée Trois Touches de Noir, inauguré avec le one-shot Quelque chose de froid.
Par Dominique ERNST
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Au Sud, l’agonie – Pelaez & Labiano – Glénat