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La 5e édition du Pop Women Festival ou la joie de l’art et de la réflexion

Par Romain GARNIER 24 mars 2026 
Le dimanche 8 mars 2026, journée internationale des droits des femmes, Céline Bagot et ses équipes, notamment portées par Kathy Degreef et Naïs Lanfranchi (coordinatrice générale), ont pu relâcher la pression. Les cinq ans du Pop Women Festival ont été célébrés comme il se doit, trois jours durant, avec un succès public qui ne se dément pas, année après année. Si la manifestation n’est pas explicitement dédiée à la bande dessinée, et que les tables rondes et réflexions autour de sujets de société féministes constituent le cœur du festival, il n’en demeure pas moins que le 9e art y est un medium incontournable. Pour preuve, la venue d’Alison Bechdel (Fun Home, Lessivée…), autrice de référence de l’underground américain, et d'Elizabeth Pich (Fun Girl, War and Peas…), autrice allemande, passée par les États-Unis, aux créations hilarantes. Retour sur ces trois journées de festivités rémoises.

Depuis une dizaine d’années, portée par Culottées de Pénélope Bagieu, la BD féministe et documentaire connaît de nombreux succès de librairies. Elle trouve dans le Pop Women Festival une issue naturelle et répond à une véritable demande sociale. Pour les festivalières et les festivaliers, le retour le plus fréquent consiste à dire que chacun et chacune a pu trouver dans la manifestation un espace de débat sain et une joie militante, comme un écho au manifeste de l’illustratrice Blanche Sabbah, intitulé Bataille culturelle (Casterman).

Le Pop Women Festival : un succès mérité

Victime de son succès, et ne possédant pas des murs indéfiniment extensibles, la billetterie du festival fut contrainte de fermer ses portes dès le premier jour. Quelques protestations et déceptions furent de rigueur et illustrèrent la ferveur montante autour de ces festivités initiées en 2022 par Céline Bagot, ancienne responsable de la communication du Festival d’Angoulême.

Dès lors, chaque année, une étrange alchimie opère, de sorte que l’on entre dans une bulle de joie pour trois jours de festivités. Et c’est précisément sous ce vocable, cette thématique de la « joie », que Céline Bagot a placé la cinquième édition du Pop Women Festival. Non pas comme une volonté de se soustraire aux souffrances du monde, mais comme une urgence à pouvoir réfléchir, collectivement, sur celles-ci dans des espaces qui favorisent la réflexion.

Annick Cojean, grand reporter au journal Le Monde, a elle aussi exprimé sa reconnaissance vis-à-vis de l’événement. Résolument optimiste, son discours improvisé à l’inauguration fut un vibrant hommage au féminisme et à chaque droit que les femmes ont dû arracher à la société ces deux derniers siècles, avec l’espoir d’obtenir un jour une égalité réelle entre les femmes et les hommes. Les menaces du masculinisme et des extrémismes furent aussi évoquées.

© Annick Cojean, Sophie Couturier & Emma Ère / Albin Michel (2026)

Un festival joyeusement féministe

En créant ce festival, Céline Bagot souhaitait mettre en avant la création féminine. Si bien qu’elle s’astreint généralement à inverser les pratiques des programmations culturelles qui invitent, en moyenne, à 80 % des hommes et à seulement 20 % des femmes, bien loin de la réalité de la création.

Cette année, les sujets brassés sont très nombreux allant du fantasme au syndrome de l’imposteur en passant par la ménopause, la place des héroïnes dans le western, la figure de la sorcière, la tradwife, l’homosexualité, l’histoire des femmes, ou encore l’éducation féministe des garçons. La liste complète serait longue et reflète les questionnements de la création actuelle puisque la plupart des ouvrages retenus dans la programmation a été soit publiée dans l’année précédant le festival, soit le mois du festival.

En cinq années, le festival a invité de nombreuses grandes voix féministes et fait participer les grandes autrices de bande dessinée de notre époque (Liv Strömquist, Pénélope Bagieu, Catel Muller, Mirion Malle, Elene Usdin, Anne Simon, Bernadette Desprès, Florence Dupré La Tour, Lisa Mandel), mais aussi la génération montante (Blanche Sabbah, Sixtine Dano, Lou Lubie, Chloé Wary, Alix Garin…). Le Pop Women Festival est donc un lieu idéal lorsqu’on souhaite rencontrer ces autrices grâce à un festival à taille humaine.

Une programmation ouverte aux scolaires

Le jeudi est devenu un rendez-vous annuel pour les scolaires qui viennent découvrir diverses thématiques féministes à travers des œuvres mises en lumière lors des tables rondes. Cette année, des groupes de collégiens de 4e ont ainsi pu entendre parler de l’histoire de la conquête de plusieurs droits pour les femmes, ainsi que de grandes femmes qui ont marqué l’histoire de France, et ce grâce à la bande dessinée La marche des femmes d’Annick Cojean, Sophie Couturier et Emma Ère (Albin Michel). Le matin même, les deux scénaristes étaient intervenues au lycée Jean Jaurès afin de s’exprimer sur le sujet avec des classes de Première et Terminale.

D’autres élèves ont également pu découvrir Une Bouteille à la mer de Zelba (Mes mauvaises filles, Le Grand Incident…) et Isabelle Autissier, la célèbre navigatrice française. Un moment de sensibilisation aux enjeux écologiques, géopolitiques et économiques des océans.

Alison Bechdel, autrice étasunienne et son éditeur français de Denoël Graphic, Jean-Luc Fromental.

Alison Bechdel, artiste underground en tournée rémoise

Pour les 20 ans de Fun Home (Denoël Graphic, 2006), l’autrice réalise une tournée en France. Ce roman graphique incontournable raconte l’enfance d’Alison Bechdel, ainsi que la découverte de son homosexualité et de celle de son père. C’est toi ma maman ? et (2012) et Le Secret de la force surhumaine (2021) sont les deux autres ouvrages de sa célèbre trilogie autobiographique.

Sa présence au Pop Women Festival était donc naturelle, d’autant plus qu’elle a publié en octobre dernier, dans notre pays, sa dernière bande dessinée mêlant autobiographie et autofiction, avec un humour ravageur rappelant Gouines à suivre : Lessivée (Denoël Graphic). Elle s’y met en scène avec sa compagne Holly, dans le Vermont, où toutes deux entretiennent un refuge pour chèvres naines du Pérou. Alison essaye également de poursuivre sa carrière de cartoonist.

Alison Bechdel, autrice étasunienne et Marguerite Demoëte, commissaire de l’exposition

Pour l’occasion, et afin de rendre hommage à l’autrice, la médiathèque Jean Falala, qui siège en face de la cathédrale de Reims, accueillait une exposition intitulée On s’est bien amusés malgré tout. Le vendredi, Marguerite Demoëte, commissaire de l’exposition, a mené une visite guidée en compagnie d’Alison Bechdel. À la suite de quoi, un échange a eu lieu avec l’autrice devant plus de 300 personnes conquises avec la baie vitrée dans le dos et Notre-Dame de Reims.

Durant cet échange, l’universitaire Iris Brey s’est exprimée sur l’œuvre d’Alison Bechdel et l’influence mondiale du test qu’elle a élaboré dans une planche de bande dessinée, intitulée The Rule (La Règle), en 1985. Un propos en lien avec l’essai qu’Iris Brey a publié, intitulé La Véritable Histoire du test de Bechdel, sur une idée de Didier Pasamonik.

Public nombreux pour assister à une table ronde avec Alison Bechdel. Elle a lieu à la médiathèque Jean Falala.

« POP WOMEN SÉLECTION » : Un nouveau label en librairie

Rappelons-le, pour Céline Bagot, fondatrice du festival, il était important de trouver un moyen de promouvoir les œuvres féminines qui, chaque année, lui tenaient le plus à cœur par leur qualité et leur propos. Elle ne souhaitait cependant pas mettre les femmes en concurrence pour obtenir un prix. Un autre chemin a dès lors été emprunté. Un macaron national a été créé afin d’être accolé sur les ouvrages en question avec la mention « Pop Women Sélection », tandis que le festival, par le biais de ses réseaux de communication, et grâce à ses partenaires, en fait la promotion tout au long de l’année. Une visibilité accrue pour des œuvres qui méritent véritablement le détour.

En 2025, le Pop Women Festival retenait les bandes dessinées suivantes :

– Sibylline, de Sixtine Dano (Glénat)
– Les Yeux d’Alex, de Claire Fauvel (Glénat)
– Éduquons nos fils !, d’Aurélia Blanc, Maelline et Anjuna Boutan (Marabulles)

Pour 2026, il vous est donc vivement conseillé de découvrir les ouvrages suivants :

– La Dialectique du calbute sale, d’Ovidie et Audrey Lainé (Marabulles)
– Lou Andreas-Salomé, si tu veux une vie, vole-la !, de Séverine Vidal et Olivia Sautreuil (Bayard Graphic)
– La Marche des femmes, de Michelle Perrot, Annick Cojean, Sophie Couturier et Emma Ère (Albin Michel)
– Le Syndrome de l’imposteurE, d’Éric Giacometti, Céline Bracq et Fanny Briant (Marabulles)
– Chaudes, la folle histoire de la ménopause, d’Élise Thiébaud et Elléa Bird (Le Lombard)
– Un été loin des hommes, de Fabienne Blanchut, Catherine Locandro et Thomas Campi (Dargaud)

Extrait de "Cécile la Shérif" de Victor Coutard & Walter Guissard aux éditions Casterman

Le Pop Women Festival toute l’année

À noter, pour celles et ceux qui seraient intéressé(e)s, qu’il existe une newsletter à laquelle il est possible de vous inscrire afin de recevoir dans votre boîte mail toutes les recommandations du Festival, mais également les podcasts des tables rondes et rencontres que vous auriez pu manquer. Pour cela, il suffit de vous rendre sur la page du site.

Pour sa 6ème édition, le Pop Women Festival vous donne d’ores et déjà rendez-vous pour le 4, 5 et 6 mars 2027.

Par Romain GARNIER

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Code EAN : 9782207188996
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