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Favori de la rédaction
21 février 2026
En 1971, Mandryka introduit F’murrr dans le journal Pilote. L’auteur y invente sa série majeure, Le Génie des Alpages. Naphtalène apparaît alors brièvement dans cet univers montagnard, bucolique et loufoque. On la retrouve ensuite dans des récits compilés dans cette anthologie, dont Naphtalène et l’enclumier, La Guerre du feuheuhh, Inversion des facteurs, La 47e vue du mont Fuji, et Mort ou vivant c’est la même chose.
Ces histoires courtes se déploient dans les galeries et espaces attenants du Jardin des Plantes de Paris. Tel le prophète biblique Jonas, Naphtalène vit dans le squelette d’une baleine. Engoncée dans son pull informe, fumeuse patentée, elle dissimule une multitude de cigares dans des animaux empaillés de la collection du musée.
D’une farouche liberté, flegmatique, Naphtalène déambule dans ce monde de merveilles insoupçonnées. Contemplative d’esprit, elle apprécie les petits plaisirs modestes, s’amuse de situation rocambolesques et aime taquiner ses proches. Sa simplicité contraste à la fois avec l’univers dans lequel elle évolue et la fascination qu’elle suscite à la lecture.
Autour d’elle s’anime toute une galerie de personnages souvent fantasques et délicieusement absurdes : Marconi, un morse capable de cracher du feu ; l’ecclésiastique enclumier ; le dernier poinçonneur du métro parisien, enchaîné ; Judah Stradivarius, le facteur ; l’homme préhistorique qui cherche à créer le feu ; les deux samouraïs qui s’entretuent à longueur de planche ; Maître Kin Shikabane - dispensant ses perles de sagesse telle « La vie est un kimono auquel il manque les manches » - et sa nièce Tora, du jardin japonais, ou encore le fantôme de Jussieu.
A l’énoncé de cet entourage bigarré, on imagine aisément que le cartésianisme n’est pas la première vertu des aventures de cette anti-héroïne fmurienne. Ce qui ne fait que renforcer la jubilation que l’on ressent à la lecture lorsqu’un personnage estime être face à un monde de fous, Naphtalène la première.
Et pour cause, F’murrr n’aime pas tant un récit que lorsqu’il manque de réalisme et favorise diverses interprétations. Pour cela, l’auteur apprécie d’associer son univers abracadabrantesque à un empilement géologique de références culturelles, tant populaires que savantes. Ces strates engagent ainsi le lecteur sur plusieurs chemins de compréhension. La certitude de pouvoir lire et relire F’murrr en dégageant de nouvelles perspectives.
Quand on parcourt ces récits, on pense immanquablement à un grand nom de la bande dessinée franco-belge : Fred. Tous deux ont en commun une finesse d’écriture - la narration comme les dialogues -, une poésie de l’absurde, un humour pince-sans-rire, une esthétique cousine, une inventivité foisonnante, ainsi que des personnages immédiatement pleins d’une épaisseur narrative et d’une force graphique mémorables. A contrario, là où la spleen poétique peut hanter les pages de Fred, F’murrr est l’orfèvre d’un humour omniprésent et subtil qui se glisse dans toutes les interstices de sa bande dessinée.
F’murrr estimait que la bande dessinée était un espace de liberté absolue et que la logique n’avait pas vocation à brider son imagination. Un principe qu’il ne manqua pas d’appliquer à son autre héroïne, Jehanne d’Arque, une paillarde éprise d’un extraterrestre et amie d’Atilla le Hun. Un récit que les éditions 2042 republieront d’ici fin 2027. Dans l’attente, nous vous conseillons vivement de (re)découvrir dès maintenant son héroïne Naphtalène, un condensé d’humour et de fantaisie poétique, servi par un dessin plein de charme et d’inventivité.
Voir en ligne : Compte Instagram de F’murrr au futur (Fonds de dotation)
Par Romain GARNIER
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Naphtalène et Cie - Par F’murrr - Éd. 2042 - 21 novembre 2025 - 80 pages - Dimensions : 25 x 1.5 x 33 cm - 28 euros.