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Lili Sohn et l’épilation, les diktats de beauté à la loupe

Par Anthea MARIANI Très bon 15 mars 2025 
Avec la parution de « Nos Poils » aux éditions Casterman le 5 mars dernier, Lili Sohn reprend le stylo et la plume pour livrer son vécu d'un an sans épilation. Petite enquête sociologique débordante d'humour et de bienveillance, Lili Sohn se livre sur les dessous de cette démarche plus ardue qu'il n'y parait à ceux qui n'ont jamais connu la brûlure de la cire arrachée et de la peau glabre... mais à vif !

Qu’est-ce qui a motivé le lancement de cette « expérience » ?

Lili : C’est une accumulation de nombreux événements et de réflexions qui ont fini par faire déborder le vase. Il y a dix ans à peu près, j’ai subi une chimio et je me souviens très bien d’avoir été soulagée de ne plus avoir de poils. Et tout le monde voyait dans cette expérience là quelque chose de positif, le fait de ne plus avoir de poils. Ça m’avait marquée.

Et puis j’ai aussi eu toutes ces réflexions sur le coût, le temps, la douleur et j’ai découvert à ce moment deux mouvements : MaiPoils et January. L’un est québécois et l’autre, anglo-saxon. Ces deux mouvements sur les réseaux sociaux proposent aux femmes de laisser pousser leurs poils pendant un mois pour observer. Ça m’a intriguée et ça m’a permis de me poser plein de questions : Depuis quand je m’épile ? Combien ça me coûte ? Pourquoi m’infliger cette douleur ?

Après cette année sans vous épiler, avez-vous recommencé ?

Lili : Je dois avouer que pendant une année entière, je n’ai pas réussi à tout laisser pousser, ça reste une expérience que j’ai trouvé assez intense à assumer. Et j’ai surtout essayé de changer mon propre regard sur le poil féminin, ce qui n’a pas été très évident. Mais aujourd’hui je suis arrivée à être totalement détendue par rapport à mon poil, mais pas encore tout à fait détachée.

Après des ouvrages sur votre cancer, votre maternité, vous revenez avec un nouveau projet pour lequel vous vous servez de vous-même comme biais pour entrer dans le sujet. Diraiez-vous que vous avez besoin d’avoir vécu quelques chose pour vous sentir légitime d’en parler ?

Lili : Quand quelqu’un dit « on » dans une BD, pour moi c’est tout le monde, c’est personne. J’aime beaucoup les récits incarnés et je trouve que lorsque je lis quelque chose d’intime, quand quelqu’un se dévoile, ça permet une promiscuité et un échange qui est beaucoup plus fort.

Je parle beaucoup de ma méconnaissance, de ma mésinformation, de choses qu’on n’ose pas forcément avouer et je pense que de dire « on ne sait pas », c’est trop vague, là où « je ne sais pas » ça permet aussi de dire que ce n’est pas grave de ne pas savoir. Il y a plein de choses très personnelles que l’on est au fond toutes ravies de voir que quelqu’un d’autre les partage. Ça fait du bien !

À l’avenir, comptez-vous garder cette approche assez personnelle de la mise en situation de soi-même ?

Lili : Alors, Sultana déroge à cette règle mais même si c’est une fiction, ça reste des sujets que j’expérimente et qui, pour moi ,sont importants pour maîtriser le récit. J’aime bien l’aventure mais j’écris aussi des fictions. En tout cas, pour moi c’est important de parler à la première personne et c’est aussi tout simplement parce que j’aime ces récits-là ! On y trouve une véracité, un partage d’expérience qui est très important à mon sens.

Comment ont réagi vos proches pendant cette année sans épilation ?

Lili : Je suis entourée par des gens qui me ressemblent donc je n’avais pas une très grande diversité d’avis. La plupart des gens s’en foutaient, tout simplement. Ça se jouait aussi avec mon conjoint parce que c’était important pour moi d’être dans un lieu où je me sens en sécurité. Et il faut avouer qu’au début, sous couvert de blague, je me suis pris pas mal de réflexions. Même quand c’est drôle, ça peut être blessant. Au fond, ce sujet même s’il peut paraître anodin, il cache en réalité beaucoup de choses par rapport aux diktats et au patriarcat.

Et même, en tant que maman, le fait de me laisser pousser les poils, ça a changé le regard de mes deux garçons. C’est sûrement pas la même chose que pour une petite fille, mais je trouve que l’exemple vaut tout à fait pour un petit garçon aussi.

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Par Anthea MARIANI

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Code EAN : 9782203299795

Nos Poils - Lili Sohn - éditions Casterman
Parution : 5 mars 2025
Nombre de pages : 250
Prix : 14, 99 €

En médaillon : Lili Sohn par Morgane Renou - Ed. Casterman

Casterman ✏️ Lili Sohn à partir de 10 ans Humour Autofiction Vie quotidienne nonfiction Feelgood France
 
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