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Excellent
6 juin 2026
Le Mystère de l’Appartement 13, paru aux éditions On ne compte pas pour du beurre en mai de cette année, est au premier abord un album assez étrange. Relevant à la fois des Escape Book et des Livres dont vous êtes le héros, l’album ne se lit pas de façon linéaire, mais plutôt en sautant de page en page. À la fin de chaque page, le lecteur a le choix de poursuivre son aventure de la manière qu’il préfère. Mais son originalité réside dans le fait qu’il ne s’agit pas d’un simple livre illustré à embranchements, mais d’une bande dessinée qui sait utiliser les codes du 9e art pour appuyer sa narration non linéaire.
Comme tout Escape Book qui se respecte, l’histoire du Mystère de l’Appartement 13 est avant tout un prétexte. Les deux protagonistes, Youssra et Adel, doivent retrouver leur amie Selma, qui a disparu quelque part dans l’immeuble, et elles n’ont que quelques heures pour la retrouver ! En réalité, ce point de départ sert surtout à faire explorer l’immeuble à Youssra et Adel, à leur faire rencontrer des voisins hauts en couleur et à révéler progressivement l’histoire si particulière du bâtiment.
Lorsqu’on est aux commandes, que les indices apparaissent au fur et à mesure et que l’on comprend finalement où s’emboîte chaque pièce du puzzle, le sentiment de satisfaction est immense. Anecdote véridique : lorsque votre serviteur a passé dix pages à examiner les photos, à déchiffrer des codes secrets et à tester tous les choix de dialogue jusqu’à ce que le déclic se produise, il a poussé un grand cri de victoire. On se sent véritablement immergé dans l’enquête et l’on note tout ce que l’on trouve. Attention donc à bien préparer un carnet ou quelques feuilles de brouillon afin de consigner les indices au fil de la lecture !
Une autre originalité du livre réside dans la possibilité de choisir le point de vue que l’on préfère. Youssra, plus extravertie, trouvera des indices en parlant aux voisins, en leur rendant service et en accomplissant des quêtes plus sociales, tandis qu’Adel, plus timide, s’appuiera davantage sur l’observation et l’exploration de recoins dissimulés dans l’immeuble pour trouver la solution. On a ainsi accès à deux styles de jeu radicalement différents, avec des options propres à chacun. On a réellement l’impression de pouvoir choisir sa manière d’enquêter.
De plus, cette double narration offre une grande rejouabilité. Lorsqu’on commence l’enquête, chaque personnage dispose d’un temps limité pour trouver la solution, représenté par une grille dont les cases se cochent au fur et à mesure de la progression. Si cette grille se remplit entièrement, les protagonistes échouent à retrouver Selma et le lecteur n’a plus qu’à recommencer. Il peut toutefois conserver ses notes et les indices récoltés lors des précédentes parties, et parvenir ainsi naturellement à la conclusion de l’histoire. Pour nous, le parcours de Youssra s’est avéré un peu plus simple et a nécessité moins de tentatives. Encore une fois, un carnet de notes sera votre meilleur allié !
Petite déception cependant : les deux enquêtes sont totalement séparées. On aurait aimé découvrir quelques scènes où les deux personnages se retrouvent au fil de leurs explorations respectives. Mais il faut aussi reconnaître qu’intégrer un tel dispositif aurait ajouté une difficulté supplémentaire à un livre déjà très ambitieux.
Par ailleurs, le lecteur peut parfois avoir l’impression de tourner en rond, car il doit refaire les mêmes embranchements à plusieurs reprises pour découvrir un nouvel indice. Le lecteur novice aurait peut-être apprécié davantage d’indices sous forme de choix conditionnels pour l’orienter. Par exemple, si le personnage se retrouvait devant une porte fermée, un message du type « Si tu as trouvé la clé dans la cour, va à la page XX ; sinon, retourne à la page XX. Peut-être que la dame du deuxième étage pourra t’aider ? » aurait pu l’aiguiller.
Bien sûr, il faut trouver un équilibre entre la liberté laissée au lecteur et l’accompagnement nécessaire pour éviter toute frustration. Une page d’indices facultatifs placée en annexe aurait également pu constituer une solution intéressante. Ainsi, les lecteurs bloqués pourraient toujours s’y référer pour poursuivre leur progression.
Précisons toutefois que le livre est parfaitement réalisable dans sa forme actuelle. Il trouve un équilibre convaincant entre clarté des indices et mystère. Mais nous pensons aux lecteurs davantage habitués aux récits linéaires, qui risquent d’être un peu désorientés en ouvrant Le Mystère de l’Appartement 13 pour la première fois.
Il y a cependant un point essentiel que nous avons évoqué en introduction : Le Mystère de l’Appartement 13 est une bande dessinée, et non un simple roman à choix, et utilise donc les codes du 9e art à son avantage. En effet, Inès El Boufi (découpage, décors, couleurs) et Aurel Obelleiro (dialogues, storyboard, personnages) ont dissimulé une multitude de détails dans chaque page. Ceux-ci ne constituent pas forcément des indices, mais participent à enrichir l’univers fantastique du livre.
Les auteurs cachent dans les vieilles photographies, les bibelots et les bulles de dialogue quantité de petits détails qui révèlent progressivement les secrets de l’immeuble. Et lorsque tout est révélé à la fin de l’enquête, lorsque chaque élément trouve sa place, on se surprend à s’exclamer : « Aaaah, mais c’est pour ça ! » L’enquête passe autant par le texte que par l’image, et le pari est pleinement réussi.
Le Mystère de l’Appartement 13 est ainsi un excellent livre-jeu, une aventure dont vous êtes le héros qui apporte plusieurs idées originales, notamment grâce à sa double narration. En s’appropriant le format de la bande dessinée pour entraîner le lecteur dans une enquête fantastique, le duo Inès El Boufi – Aurel Obelleiro signe un superbe album accessible à tous les âges. Les jeunes lecteurs seront également sensibles aux messages d’amour, d’acceptation et d’identité qui traversent le récit. Une lecture que l’on recommande chaleureusement.
Par Akira OIKAWA
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Le Mystère de l’Appartement 13, par Inès El Boufi et Aurel Obelleiro, éditions On ne compte pas pour du beurre. Parution le 12 mai 2026. 18 €.