Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html

Le Prince des oiseaux de haut vol, ou comment un Québécois a inspiré le Petit Prince

Par Akira OIKAWA Excellent 4 juin 2026 
Deuxième ouvrage le plus traduit dans le monde après la Bible, unanimement reconnu comme l’un des livres les plus influents de l’histoire, Le Petit Prince a fait rêver des générations entières d’enfants qui ont tous tenté, un jour, de dessiner un mouton dans une boîte. Avec Le Prince des oiseaux de haut vol, le québécois Philippe Girard revient sur la vie de son auteur Antoine de Saint-Exupéry, alors exilé en Amérique du Nord. Alors que le Canada entre en guerre contre l’Allemagne (et par extension, la France occupée), l’auteur se retrouve bloqué à Québec, où il va rencontrer un allumeur de réverbères, une petite fille qui dessine des poissons dans des aquariums, ou un chef mohawk qui lui donnera un titre bien particulier...

Antoine de Saint-Exupéry déprime. Ce qui devait être une simple tournée pour lui remonter le moral, promouvoir ses livres et encourager les différents gouvernements à entrer en guerre contre l’Allemagne devient une corvée qu’il a du mal à supporter. L’ancien aviateur ne veut qu’une chose, remonter dans un avion et faire pleuvoir les bombes sur les nazis, mais il est exilé en Amérique du Nord, et son visa du régime de Vichy le fait passer pour un opportuniste, tantôt résistant, tantôt collabo. L’aviateur est vieux, chroniquement malade, et de plus en plus ronchon, ce qui ne s’arrange pas lorsque la guerre bloque son visa, le bloquant au Québec. Sans plus de liberté, il se met alors à explorer la ville, à rencontrer ses habitants, et à regretter son épouse Consuelo. Un voyage spirituel qui va inspirer, à terme, l’un des plus grands romans de la littérature française.

Le Prince des oiseaux de haut vol, ou comment un Québécois a inspiré le Petit Prince
Antoine de Saint-Exupéry est à Québec pour une tournée
© Philippe Girard - La Pastèque

Lorsque Philippe Girard raconte la vie d’Antoine de Saint-Exupéry, il cherche à parler de cette période moins connue, ce séjour que l’auteur a vécu en 1942 entre Montréal et Québec. Pour le bédéiste, l’histoire de Saint-Exupéry lui est particulièrement chère. Lorsqu’il était étudiant, il a d’ailleurs croisé Thomas De Koninck, l’homme qui, enfant, aurait inspiré le personnage du Petit Prince. Finalement, Philippe Girard prend donc le crayon pour coucher sur papier ses mois de recherche sur le séjour de Saint-Exupéry dans la Belle Province. Il y explore la psyché de l’aviateur, coincé sur terre comme un certain albatros baudelairien, ainsi que sa relation complexe avec son épouse.

Antoine de Saint-Exupéry a une relation compliquée avec la France de Vichy
© Philippe Girard - La Pastèque

Le point fort de l’album, c’est son approche de la réalité d’une manière qui est propre à la bande dessinée. La vie de Saint-Exupéry a été particulièrement riche et extraordinaire, au point qu’il répète régulièrement tout au long de l’album : « Avec moi, tout prend des allures de légende ». La BD prend ces éléments de vie extraordinaires et les aligne dans un scénario qui est raconté à la fois par le texte et par l’image. On n’est ni dans une biographie scientifique bardée d’explications ni dans une histoire qui se contente d’aligner des événements sans chercher à les relier. Philippe Girard a trouvé un bon filon, en adaptant de manière très terre-à-terre la vie extraordinaire d’un homme qui ne cherche qu’à s’envoler. Le Prince des oiseaux de haut vol ne pouvait être qu’une bande dessinée, et non un roman ou un essai. Dans ce sens, le livre est une BD parfaite, et est parfaitement une BD.

Le jeune Thomas pose beaucoup de questions...
© Philippe Girard - La Pastèque

On atteint un niveau où il est difficile de parler de personnes ou de personnages, tellement les deux sont entremêlés dans ce récit. Philippe Girard met dans la bouche de Saint-Exupéry, de son épouse Consuelo, de ses amis, des mots qui n’ont sûrement jamais été prononcés, mais il le fait si brillamment qu’on y croit. Il est certain que l’auteur a fait bon usage de sa bibliographie ! On apprécie également la façon dont Philippe Girard explore la relation complexe entre Antoine de Saint-Exupéry et Consuelo. L’auteur et sa femme sont un couple qui serait décrit aujourd’hui comme toxique, mais en même temps très fusionnel (elle a directement inspiré la rose du Petit Prince, après tout).

Consuelo, la rose de Saint-Exupéry
© Philippe Girard - La Pastèque

On comprend qu’ils ne sont pas forcément ensemble parce qu’ils ressentent un amour passionnel et romantique l’un pour l’autre, mais parce qu’ils sont les seuls capables de vraiment se comprendre mutuellement. On est un peu dans le cliché du « Je ne l’ai pas épousé.e parce que je l’aimais, mais parce que (insérer excuse ici) », mais ça marche quand même. Antoine et Consuelo s’aiment, mais cet amour est exprimé d’une façon très particulière, au point qu’elle déclare dans la BD : « Chez les écrivains, il y a autant de façons d’aimer que de se laisser mourir. »

Consuelo répond aux détracteurs de son mari
© Philippe Girard - La Pastèque

Le seul point regrettable de la BD est qu’elle ne montre pas vraiment le bonheur qu’apprend à ressentir Saint-Exupéry. Dans une interview accordée à Radio-Canada en 2024, Philippe Girard déclare penser que Saint-Exupéry, un homme profondément déprimé et malheureux à ce moment-là, a vécu ses derniers moments de bonheur au Québec, avant qu’il ne se réengage dans l’aviation et ne soit abattu le 31 juillet 1944. C’est une belle histoire, d’imaginer la Belle Province rendre un peu de bonheur à cet aviateur malade, mais c’est peut-être l’aspect qui transparaît le moins dans la BD. L’auteur est en admiration devant les rites mohawks, en plein délire lorsqu’il rencontre le jeune Thomas De Koninck, ou déterminé à convaincre les politiques d’entrer en guerre, mais il est rarement heureux. On verra tout de même quelques instants de bonheur à la fin, surtout lorsque Consuelo est présente, mais ces rares moments sont liés à sa femme, plus qu’au Québec réellement.

Une rencontre avec les Mohawks qui va ouvrir de nouveaux horizons à l’aviateur
© Philippe Girard - La Pastèque

Le Prince des oiseaux de haut vol est ainsi un excellent album pour qui veut découvrir la période québécoise d’un auteur iconique. On revit aux côtés de l’aviateur l’année 1942, où il a fait nombre de rencontres qui ont changé sa vie. Pour qui voulait en apprendre plus sur la genèse du Petit Prince, l’album est une chaude recommandation. Après, à 25 euros, il n’est pas donné. Le livre est en grand format, en couleurs, et est un bel objet, mais ne vous attendez donc pas à le glisser dans votre poche de veste ou votre sac à main pour une lecture dans le bus !

Par Akira OIKAWA

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Acheter


Code EAN : 9782897771829

Le Prince des oiseaux de haut vol, par Philippe Girard, éditions de La Pastèque. Parution le 17 janvier 2025 (France), octobre 2024 (Québec). 25,00 €.

La Pastèque ✏️ Philippe Girard Aventure Biopic Adaptation littéraire Québec (Canada) Montréal Québec
 
CONTENUS SPONSORISÉS  
PAR Akira OIKAWA  
A LIRE AUSSI  
Romans Graphiques