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Pour cette exposition, Irène Le Roy Ladurie (chercheuse et spécialiste de l’intimité et de la sexualité dans la BD, co-dirigeante de la revue Neuvième Art) et Jean-Paul Jennequin (historien de la BD, traducteur et LE spécialiste de la BD LGBT en France), prennent la casquette de commissaires pour offrir un large panorama de l’histoire de la bande dessinée Queer. Ils ont fait le choix de ne pas exposer des planches véhiculant des propos homophobes, préférant mettre en avant le travail des auteurs et autrices qui ont contribué à l’histoire et à la visibilité de la communauté LGBTQIA+ : « On ne voulait pas montrer ce genre de choses, on voulait strictement montrer le positif et ça voulait dire essentiellement le moment où les personnes LGBT commencent à se représenter elles-mêmes. » confie Jean-Paul Jennequin pour notre podcast.
Débutant par un parcours chronologique, celui-ci se divise en six grandes salles, avec des périodes du temps précises. Ces salles sont chacune placées sous l’une des couleurs du drapeau arc-en-ciel, avec un carton explicatif sur la place de la bande dessinée LGBT.
La toute première salle, placée sous la couleur rouge du drapeau, se concentre sur la période 1900-1950, une période de censure pour toutes représentations Queer mais qui laissent apparaître des figures auxquelles les lecteurs peuvent se rattacher. Ainsi, sont présentées des planches de Krazy Kat, personnage à l’identité de genre ambiguë ou encore l’œuvre de Jacques Martin, Alix, dont le héros éponyme partage des aventures avec son « ami » Enak.
La prochaine période est celle des années 1960 à 1970, décennies marquées par la libération sexuelle. Apparaissent donc les premières publications ouvertement assumées, notamment le travail d’Al Shapiro, premier auteur de BD ouvertement gay, connu pour sa revue Drum et le personnage d’Harry Chess.
Dans cette nouvelle salle portée par la couleur orange du drapeau, une particularité de la scénographie apparaît pour la première fois et vous la retrouverez le long du parcours : des rideaux rouges sur certaines œuvres. Ces rideaux ont été installés sur les planches au contenu explicite, aussi bien sur le plan sexuel que sur celui de la nudité : « On n’interdit pas du tout le fait qu’on les voie » précise Vincent Esches, directeur de la CIBDI.
Cette salle regroupe également des artistes internationaux, représentatifs de la libération de la parole sur le sujet : les mangakas Kazuo Kamimura et Moto Hagio sont de la partie, le premier a l’origine de la première scène de coming-out d’un enfant, la seconde dont les œuvres ont fortement contribué au genre du Boy’s Love. L’artiste catalan Nazario et. également présent dans l’exposition avec Anacorma, son personnage de détective transgenre. Cette salle se conclut sur de la presse engagée, avec une affiche de Copi, appelant à voter pour Jean Le Bitoux (journaliste, historien, cofondateur du journal Le Gai Pied et figure du militantisme homosexuelle) lors des élections législatives de 1978.
En suivant la ligne orange qui traverse la salle, vous passez à la prochaine couleur, le jaune, et donc à la suite de l’exposition : la période 1980-1990. Ces décennies se caractérisent par l’émergence des premiers collectifs et de l’iconique Gay Comix, journal paru de 1980 à 1988 composé d’auteurs, certains devenus incontournables aujourd’hui, comme par exemple Alison Bechdel (qui a réalisé l’affiche de l’exposition). Cette période marque aussi les débuts de Ralf König, auteur allemand homosexuel fortement engagé dans la communauté, notamment avec ses planches parlant ouvertement du Sida, un sujet alors novateur pour l’époque, et des doujinshis (hommages, parfois tendancieux, à la culture pop japonaise).
Après avoir terminé la visite de cette salle, vous vous trouvez dans la salle « verte » où sont présentés des œuvres d’Alison Bechdel, de Fabrice Neaud, Lisa Mandel ou encore Mariko Tamaki. Cette période se caractérise par l’émergence des récits autobiographiques et d’Internet.
La dernière salle, dans laquelle le carton explicatif est placé sur une bande bleue, expose des parutions contemporaines (des années 2020). Jul’ Maroh, auteurice de l’album Le Bleu est une couleur chaude, bénéficie d’une belle mise en scène pour la présentation de ses planches originales. Vous pourrez même lire des extrais de webtoons dans un photomaton.
Si le parcours chronologique se termine, ce n’est pas le cas de l’exposition qui entame une approche thématique (au couleur du violet, dernière couleur présente sur le drapeau des fiertés) afin de témoigner des divers chemins possibles dans la création de la bande dessinée LGBT.
Alors que vous arpentez le dernier couloir qui retrace les années 2010-2020, une grande salle s’offre à vous. Sur ses murs, des planches divers et variées ainsi qu’une bibliothèque présentant, sous verre, des albums contemporains, tandis qu’en plein milieu de la salle se trouve l’une des toiles de Nino Bulling, toile déjà présente lors de l’exposition Quel.le.x.s Combles ! de Lausanne.
En face de la toile, une nouvelle salle apparaît, abordant la première thématique : la sexualité. Pour les plus sensibles, ne tournez pas de l’œil tout de suite. La salle est accessible derrière des grands rideaux rouges, le contenu non visible si vous ne les franchissez pas. Des affiches sur les murs avertissent également que le contenu à l’intérieur est des plus explicites. Les connaisseurs retrouveront la plume de Gengoroh Tagame, d’Oliver Frey et de Margot Sournack.
Après avoir fait le tour de cette salle aux murs roses, le parcours se poursuit sur d’autres thématiques : le corps, les super-héros et le coming-out.
Enfin, l’aventure se termine par une allée aux couleurs du drapeau arc-en-ciel LGBT, avec, sur les murs, des planches de neuf artistes internationaux et intergénérationnels, qui ont exploré le thème des premiers émois amoureux. Les artistes qui se sont prêtés au jeu sont les américains Roberta Gregory et Justin Hall, Obom du Québec, le canadien Michael DeForge, le français Quentin Zuttion, David Shenton pour le Royaume-Uni, l’auteur libanais Joseph Kai, l’australien Tommi Parrish et enfin Nygel Panasco, franco-camerounaise.
Une dernière surprise vous attend ! Une représentation en 3D du plan de l’exposition qui cache un secret. En effet, vous ne vous êtes pas rendu compte mais vous avez physiquement traversé le mot « LOVE » (amour en anglais). Saurez-vous le retrouvez à partir de cette photo ?
Cette exposition, aux lumières tamisées et dans un espace maintenu à 20 degrés pour conserver les planches, est un projet d’envergure, qui s’attache à vous faire découvrir la bande dessinée LGBTQIA+ sous tous ses angles. Si vous n’avez pas l’occasion d’aller la voir d’ici le 21 mars 2027, rassurez-vous. La Contemporaine, partenaire de l’exposition, récupèrera l’exposition de novembre 2027 à avril 2028.
Si vous souhaitez prolonger votre découverte de la bande dessinée LGBT, Jean-Paul Jennequin nous a donné sa liste des auteurs et autrices incontournables, classiques comme contemporains. Dans les classiques, il vous recommande Fun Home d’Alison Bechdel, Super-paradise de Ralf König, les œuvres de Fabrice Neaud, la série de manga Le Mari de mon frère de Gengoroh Tagame et enfin la bibliographie du regretté Howard Cruse. Du côté des auteurs contemporains, Maia Kobabe, Quentin Zuitton, Sebas Martin, Carole Maurel et Anneli Furmark constituent des pistes de lecture témoignant de la diversité et de la richesse actuelle de la bande dessinée LGBT.
Par Lyne GEYNET
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