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Bon
27 novembre 2024
Lorsqu’Alain Bujak et Laurent Bonneau sont missionnés pour partir explorer la vallée de la Roya, le projet initial était de documenter l’impact de la catastrophe sur la vie des habitants, des commerces, des attractions touristiques. Mais c’est tout autre chose qui sera publié chez Futuropolis en 2024. En effet, les deux artistes ont entendu une autre voix depuis les entrailles de cette vallée meurtrie. Dans Le Bruit de l’Eau, ils donnent un puissant message écologique et étrangement optimiste. Certes, la tragédie a frappé et les dégâts qu’elle a causés sont irréparables, mais la nature continue de vivre. Tout ne s’est pas effondré, et il existe encore quelques personnes qui sont prêtes à tout rebâtir.
Il n’y a pas vraiment de récit. Les personnages servent de point d’ancrage à nos yeux humains, mais sans plus. Ils servent à présenter l’histoire du lieu, de la tempête Alex, les réactions des politiques et les témoignages des habitants. Mais c’est le paysage qui parle le plus. Le Bruit de l’Eau est plus un collage d’images contemplatives qu’un récit traditionnel, et il invite le lecteur à simplement admirer les pages qui défilent sous ses doigts.
C’est vraiment du côté graphique que Le Bruit de l’Eau tire son originalité. En effet, Alain Bujak est à l’origine photographe. Certaines cases semblent ainsi des photographies auxquelles on aurait appliqué un filtre. Mais ce choix n’enlève rien à la qualité du dessin de Laurent Bonneau. Il applique ici son style très particulier aux tons d’aquarelle, comme on a pu le voir par exemple dans L’Étreinte. Les cases sont d’une très grande variété visuelle, passant du crayonné de croquis à la saturation psychédélique.
L’illustrateur déploie ici l’ensemble de sa palette graphique, n’hésitant pas à changer radicalement de style d’une scène à l’autre pour accentuer le ressenti émotionnel de la scène. On pensera par exemple à la recréation des inondations, où l’eau boueuse se transforme en rivière de lave avalant tout sur son passage.
Le Bruit de l’Eau n’est pas un livre qui doit être lu comme une BD traditionnelle. À l’image de la nature elle-même, sans début ni fin, il invite à admirer et réfléchir. C’est presque un livre de poésie visuelle, avec quelques phrases ponctuant les pensées illustrées de l’artiste. Bien sûr, il y a une forme de narration, sans quoi Le Bruit de l’Eau ne serait qu’un livre d’images semblable à un album photo. Mais elle est secondaire par rapport au ressenti. Que ce soit à travers les témoignages des habitants, les photographies documentaires ou les dessins de Laurent Bonneau, le livre cherche à faire émerger les émotions. Comme le dit l’essayiste Camille de Toledo dans l’épilogue, « ces voix de non-humains, nous allons les construire ». Ici, c’est la vallée de Roya qui parle à travers les deux artistes. Mais quelles autres pensées la nature va-t-elle nous faire entendre ?
Le Bruit de l’Eau est une œuvre d’auteur. Son rythme très lent, son absence de récit, son style parfois psychédélique dérouteront certains lecteurs. Cependant, c’est un livre contemplatif rapportant l’histoire d’une vallée meurtrie en pleine guérison, et il saura trouver son public.
Par Akira OIKAWA
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Laurent Bonneau est né en 1988 à Bordeaux. Il suit un cursus artistique dès le lycée avant de rejoindre l’école Estienne à Paris. Il signe alors avec son frère chez Dargaud pour la trilogie Metropolitan lors de sa deuxième année, avant d’entrer en 2008 à l’École National Supérieure des Arts Décoratifs de Paris en section Photo-vidéo. Auteur de BD, peintre, vidéaste, il est installé dans les Pyrénées-Orientales.
Alain Bujak est né en 1965. Photographe, il est proche de Didier Lefèvre et Emmanuel Guibert. Il aime passer du temps avec les gens. L’écoute et l’investigation sont un préalable immuable. Après, il peut écrire et photographier des histoires simples, sans grand décors, ni exotisme. Donner au quotidien de chacun sa richesse. Des rencontres pour faire des livres et des expositions.