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Très bon
26 novembre 2024
Un dôme d’été étouffe le village de Montcoeur d’une chaleur insupportable. Les mouches ont pied dans l’étang de la Gibelette ; du jamais-vu. À La Chope, les spécialistes de la levée du coude tirent la langue sur le comptoir. Rien qui ne saurait décourager Sophie de rendre hommage à sa grand-mère, Lucette, en célébrant les soixante ans du Loup en slip. Un petit théâtre itinérant de marionnettes qu’elle a repris quelques années auparavant et qui a connu un véritable succès des années durant.
« Mimille, je vais pas te faire la liste de tout ce qui peut déconner dans la tuyauterie d’un vieil anar tabagique qui a en moyenne dix-sept coups de sang par jour ». (extrait de l’album Les vieux fourneaux (T8))
Pour l’occasion, Pierrot s’en vient de Paris. Quand il descend de son bus, les buveurs de la Chope l’interpellent, en vain. Aperçu dans l’Église en train de prier, il est pris à rendre hommage à ses parents au cimetière. Qu’arrive-t-il à ce vieil anarchiste ? « C’est l’attitude d’un mec qui va caner, enfin ! C’est classique chez les athées en fin de parcours ! », pense savoir le tenancier du bar. Pendant ce temps, Antoine se remémore son premier baiser avec Lucette, et Émile tâte du ballon ovale le temps d’une photo dans un stade. Un festival d’ennuis se prépare pour ces célébrations qui appâtent tout Montcoeur et ses environs.
Disons-le d’entrée, ce tome est réussi. Pour le lecteur que nous sommes, il est toujours plaisant de retrouver ces Grands Ducs de papier à la verve inaltérable et aux bévues hilarantes. Le rythme du récit ne souffre d’aucune fausse note et Wilfrid Lupano démontre une fois encore ses talents de scénariste.
De la même manière que le village de Midsomer connaît un nombre de meurtres invraisemblable afin de donner suffisamment de travail à l’inspecteur Barnaby, Montcoeur renferme une myriade de non-dits, de secrets ensevelis qui déflagrent au visage des habitants, tome après tome.
« J’rembourserai peau d’zob ! Les curés sont des vampires ! Merde à Saint Pierre, merde au Pape et vive l’anarchie ! » (extrait de l’album Les vieux fourneaux (T8))
Au contraire de certains tomes, et à l’image de l’opus précédent, les questions politiques et sociales sont traitées en filigrane, tout au long de l’album. Que ce soient les questions climatiques, les violences structurelles envers les femmes - évoquées ici à travers l’exemple du clergé catholique -, les rapports de pouvoir ou la robotisation des échanges entre humains. Néanmoins, la densité de ces questionnements, que l’on a pu connaître dans d’autre tomes, est moins importante au profit d’une exploration des relations humaines.
Un des héros du récit demeure Pierrot, probablement un des meilleurs personnages de la bande dessinée franco-belge de ces vingt dernières années. Qu’il s’énerve, qu’il se lance dans de grandes tirades politiques, qu’il ironise, qu’il ait peur, qu’il regrette, qu’il nous regarde en fumant sa clope avec le mépris du silence, qu’il soit triste, qu’il crie vengeance contre le capitalisme avec son collectif « Ni Yeux Ni Maître » ou emmerde son monde en fomentant un complot de vieux, que l’émission Groland ne renierait pas, on rit à gorge déployée ou l’on est ému. Et tenez-vous bien ! Un nouveau personnage fait irruption avec succès dans l’univers de Lupano et Cauuet, dont on espère qu’il sera réemployé dans le(s) tome(s) à venir.
« Je vais te dire une chose, ma Berthe. Où que tu ailles sur cette planète, quoi que tu fasses, quel que soit l’amour que tu as en toi, pour ce que tu fais et pour les gens qui t’entourent, tu n’es jamais déçue que par une chose. Les hommes. » (extrait de l’album Les vieux fourneaux (T8))
Que peut-on espérer pour un nouvel album ? Davantage de politique, de Pierrot anarchiste en colère et de son collectif « Ni Yeux Ni Maître », de vieux fourneaux en dehors de Montcoeur - alors que le récit s’y est concentré deux albums de suite -, encore davantage de tirades cultes et des nouveautés qui étofferont l’univers.
Toujours est-il que l’on peut saluer le talent des deux auteurs pour avoir globalement maintenu la qualité de la série, mais aussi renouvelé et approfondi leur univers, qui rencontre un joli succès populaire. Une réussite à laquelle le dessin de Paul Cauuet, fin et expressif, doit beaucoup. Un graphisme tout en lisibilité, des trognes impayables par dizaines, le tout mis en valeur par des couleurs toujours lumineuses. Pierrot, Antoine et Émile vous donnent rendez-vous en librairie pour découvrir leurs truculentes nouvelles aventures. Vive les vieux !
« Je rêve. Et c’est tout ? On reste sur un vol et une exécution ? Ou vous avez d’autres trucs à confesser ? » (extrait de l’album Les vieux fourneaux (T8))
Par Romain GARNIER
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Les Vieux Fourneaux : Graines de voyous (T8) - Par Wilfrid Lupano & Paul Cauuet - Éd. Dargaud
Paru le 08-11-2024 - Format 22.7 x 1 x 29.8 cm
56 pages - 15 €
D’autres chroniques des albums des Vieux Fourneaux :
– Les Vieux Fourneaux T1 – Par P. Cauuet & W. Lupano – Dargaud, de Morgan Di Salvia
– Les Vieux Fourneaux, tome 3 : Celui qui part - Par W. Lupano et P. Cauuet - Dargaud, de Tristan Martine
– Les Vieux Fourneaux tournent au ralenti, de Tristan Martine
– Les Vieux Fourneaux, toujours au cœur de l’actualité, de Romain Garnier
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